Publié le 31 Mars 2018

Michel-Ange et Jules II

Michel-Ange et Jules II

Pape sous le nom de Jules II, Giuliano Della Rovere entame son ascension à la cour pontificale grâce au soutien de son oncle Francesco Della Rovere, pape en 1471 sous le nom de Sixte IV.

Il ne dédaigne pas les plaisirs profanes comme l'atteste la naissance de plusieurs bâtards. Mais assez peu attiré par le luxe pour lui-même, il dénonce le népotisme d'Alexandre VI Borgia, ce qui lui vaut d'attendre sa mort pour revenir à Rome et préparer sa propre élection. Celle-ci intervient le 1er novembre 1503 après le bref pontificat de Pie III (25 jours).

C'est que Jules II, assez peu intéressé au dogme et à la réforme de l'Église, use des richesses du Saint Siège au bénéfice des humanistes et des artistes.

Il passe d'importantes commandes aux principaux génies de son temps, Michel-Ange, Raphaël ou encore Bramante. Il ouvre de nouvelles artères à Rome, dont la via Giulia. Il entreprend aussi en 1506 la reconstruction de la basilique Saint-Pierre de Rome, un chantier de vingt ans et plus, sous la conduite de Bramante.

À Michel-Ange, il confie, outre la décoration de la Sixtine, la réalisation de son propre tombeau dans l'église Saint-Pierre-aux-Liens.

Ces chantiers ainsi que le mécénat et les dépenses militaires assèchent les revenus du Saint Siège. Pour y remédier, Jules II multiplie les ventes de bénéfices ecclésiastiques, de dispenses et d'indulgences (une réduction du temps de purgatoire promise aux généreux fidèles après leur mort).

Ces mesures poursuivies par son successeur Léon X (Jean de Médicis) vont scandaliser les fidèles, notamment en Allemagne, et contribuer à la Réforme luthérienne (ou protestante).

Raphaël - Jules II

Vernet - Jules II examinant les plans de la Basilique Saint-Pierre

Vernet - Jules II examinant les plans de la Basilique Saint-Pierre

Jules II

Jules II

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Publié le 30 Mars 2018

Ise - Photos: Lankaart (c)
Ise - Photos: Lankaart (c)
Ise - Photos: Lankaart (c)
Ise - Photos: Lankaart (c)

Ise - Photos: Lankaart (c)

Le centre ville d'Ise à proximité du sanctuaire shintoïste rassemble de nombreuses maisons traditionnelles qui accueillent les nombreux pèlerins japonais qui viennent se recueillir. 

Ise - Photos: Lankaart (c)
Ise - Photos: Lankaart (c)
Ise - Photos: Lankaart (c)

Ise - Photos: Lankaart (c)

Ise - Photos: Lankaart (c)
Ise - Photos: Lankaart (c)
Ise - Photos: Lankaart (c)
Ise - Photos: Lankaart (c)
Ise - Photos: Lankaart (c)

Ise - Photos: Lankaart (c)

Ise - Photos: Lankaart (c)
Ise - Photos: Lankaart (c)

Ise - Photos: Lankaart (c)

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Rédigé par rafael

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Publié le 29 Mars 2018

Ise - Sanctuaire Shinto - Japon - Photos: Lankaart (c)
Ise - Sanctuaire Shinto - Japon - Photos: Lankaart (c)
Ise - Sanctuaire Shinto - Japon - Photos: Lankaart (c)
Ise - Sanctuaire Shinto - Japon - Photos: Lankaart (c)

Ise - Sanctuaire Shinto - Japon - Photos: Lankaart (c)

Le grand sanctuaire d'Ise (Ise daijingū), dédié à la divinité solaire Amaterasu ō-mikami en sa qualité d'ancêtre de la dynastie impériale japonaise, se trouve près de l'actuelle ville d'Uji-Yamada, sur le cours supérieur de la rivière Isuzu, dans la province d'Ise (aujourd'hui département de Mie). Le culte de la déesse souveraine, d'abord célébré dans le palais même, s'il faut en croire le Nihon-shoki, aurait été transféré à Ise sous le règne du onzième « empereur humain », Suinin-tennō, en l'an ~ 4 (date légendaire ; en fait, l'événement est à situer au moins deux, peut-être même quatre siècles plus tard), et la première prêtresse en aurait été la princesse Yamato-hime, fille de ce souverain. Jusqu'en 1334, des princesses du sang se succédèrent dans cette fonction de prêtresse (saigū). La tradition voulait, d'autre part, que les deux bâtiments principaux, le sanctuaire intérieur (naikū, où est conservé le miroir sacré) et le sanctuaire extérieur (gekū), fussent reconstruits à neuf tous les vingt ans, selon un plan rigoureusement identique ; cette dernière règle semble avoir été effectivement respectée, car les bâtiments actuels appartiennent bien à un type d'architecture archaïque sur pilotis, caractérisée par deux poutres obliques entrecroisées prolongeant sur le pignon la pente du toit (chigi). La première, par contre, subit de notables entorses, dues en particulier à l'indigence dans laquelle était tombée la maison régnante à la fin du Moyen Âge : il n'y eut aucune reconstruction du sanctuaire intérieur de 1462 à 1585, ni du sanctaire extérieur de 1443 à 1563.

Étroitement associé à la dynastie, Ise fut pendant plus d'un millénaire le lieu d'un culte officiel certes, mais qui n'intéressait guère les gens du peuple. Il en fut tout autrement à partir de la fin du XVIe siècle, avec la constitution des « confréries d'Ise » (Ise-kō) qui popularisèrent les pèlerinages. Ces derniers devaient déplacer des foules nombreuses, plusieurs millions de personnes certaines années, au XVIIIe et au XIXe siècle. Avec la restauration impériale de 1868, Ise devient le premier sanctuaire du pouvoir impérial.

Universalis

Ise - Sanctuaire Shinto - Japon - Photos: Lankaart (c)
Ise - Sanctuaire Shinto - Japon - Photos: Lankaart (c)
Ise - Sanctuaire Shinto - Japon - Photos: Lankaart (c)
Ise - Sanctuaire Shinto - Japon - Photos: Lankaart (c)
Ise - Sanctuaire Shinto - Japon - Photos: Lankaart (c)
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Publié le 28 Mars 2018

Dali -  Soft Self-Portrait with Grilled Bacon. Autoportrait mou avec du lard grillé

Dali - Soft Self-Portrait with Grilled Bacon. Autoportrait mou avec du lard grillé

Spectre plein d’ironie, dans lequel apparaît un visage amorphe, mou, appuyé sur des béquilles, que Dalí considère comme un autoportrait, avec un piédestal qui porte l’inscription du titre de l’œuvre, et, par-dessus, un morceau de bacon frit, symbole de la matière organique et du quotidien de ses petits-déjeuners à l’hôtel Saint Regis de New York. Dalí rappelait toujours le morceau de peau pendante par lequel Michel-Ange se représenta lui-même dans la chapelle Sixtine du Vatican et il défendait que l’élément le plus consistant dans notre représentation n’est ni l’esprit ni la vitalité, mais notre propre peau.

Théâtre-Musée Dalí

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Rédigé par rafael

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Publié le 27 Mars 2018

Dali - Poésie d'Amérique

Dali - Poésie d'Amérique

Dalí peint cette huile à Monterrey, en Californie, en 1943. Le paysage est un mélange de la plaine de l’Ampourdan, du Cap de Creus et des grands déserts américains. La peau de l’Afrique apparaît au fond, sur la tour du temps, avec l’horloge qui marque l’heure et les athlètes — joueurs de football américain — , sur fond de symbolisme vertical de la bouteille de Coca-Cola entre les deux et le téléphone noir, enkysté dans la bouteille, dont s’échappe une grande tache noire tombant sur une toile blanche que tiennent les athlètes. La tache noire a fait l’objet de différentes interprétations. L’une d’elles est qu’il s’agirait d’une représentation du problème racial américain. Cette œuvre, réalisée pendant l’étape américaine, est une anticipation des nouvelles attitudes culturelles du XXe siècle, du Pop Art en particulier.

Théâtre-Musée Dalí

Les joueurs de football américain — , sur fond de symbolisme vertical de la bouteille de Coca-Cola entre les deux et le téléphone noir, enkysté dans la bouteille, dont s’échappe une grande tache noire tombant sur une toile blanche que tiennent les athlètes.

 

 

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Publié le 26 Mars 2018

Géricault - Le radeau de la Méduse

Géricault - Le radeau de la Méduse

" On a déjà nommé l’épouvantable sinistre de la frégate la Méduse. Pendant de longs mois, ce naufrage, dont deux des survivans, Corréard et Savigny, avaient publié l’émouvante relation, fut la conversation de tout Paris. Géricault, qui, on l’a vu, se laissait imposer ses sujets par l’impression du moment, conçut l’idée de son tableau sous le coup de l’émotion universelle. Il lut tout ce que livres et journaux publiaient sur ce désastre, il se lia avec Corréard, avec Savigny, avec tous les naufragés qui avaient échappé à la mort ; puis, bien pénétré de son sujet, il chercha dans une vingtaine d’esquisses son expression suprême. Il songea d’abord à représenter l’épisode des matelots des canots coupant les ancres qui retenaient leurs embarcations au radeau et l’abandonnant ainsi à la solitude sinistre de la mer. Il voulut aussi peindre la révolte des matelots contre les officiers. L’esquisse est connue : composition dramatique et mouvementée, mais un peu confuse. Dans un autre croquis, on voit la délivrance des naufragés par les matelots du brick l’Argus qui les recueillent dans leur canot. Mais toutes ces scènes étaient des épisodes qui appartenaient exclusivement au naufrage de la Méduse. Or le génie de Géricault le poussait, peut-être à son insu, à généraliser plutôt qu’à particulariser. Le peintre chercha encore jusqu’à ce qu’il eut trouvé l’admirable composition qui résume tout le drame. C’est le douzième jour du naufrage. Le radeau flotte sur les vagues perdu dans l’immensité de l’Océan ; la mer est livide et agitée, le ciel couvert des nuages noirs de l’orage. Des cent cinquante naufragés qui se sont réfugiés sur le radeau, il en reste quinze vivans. Les autres ont été tués ou sont morts de faim. A l’horizon embrumé, on aperçoit les voilés du brick l’Argus. Ranimés par l’espérance, ces mourans se traînent à l’avant du radeau pour faire des signaux et aussi pour voir, pour se montrer ce navire qui va peut-être les rendre à la vie. Un matelot monté sur un tonneau agite un bout de voile ; un autre indique de la main à Corréard et à Savigny, qui sont appuyés contre le mât, la marche du navire. Au second plan, des naufragés, groupés dans les vraies attitudes de la souffrance et de l’épuisement, font de suprêmes efforts pour s’approcher du bord de l’embarcation d’où l’Argus est visible. Seul un vieillard, tenant sur ses genoux le cadavre de son fils, semble indifférent au sentiment d’espoir qui transporte chacun. Il est là, les yeux creux, les traits tirés, la tête appuyée dans sa main, résolument perdu dans une douleur farouche. Ce radeau informe jonché de cadavres et ces hommes demi-nus, isolés au milieu des grandes vagues de l’Océan, n’appartiennent à aucune époque. Ce n’est pas plus le naufrage de la Méduse que tout autre naufrage réel ou imaginaire. C’est le naufrage même, dans sa hideur, dans son désespoir et dans sa pathétique épouvante.

... Et d’ailleurs cette scène moderne, le Radeau de la Méduse, le génie objectif de Géricault en fit une scène épique. Parce qu’on fait vibrer la vie sur la toile, parce qu’on porte à leur dernière puissance l’expression et le mouvement, parce qu’on rend le relief dans son effet et dans sa saisissante impression, on n’est pas pour cela un réaliste. Non, il n’est pas un réaliste celui qui, au lieu d’imiter servilement la nature, l’exprime avec liberté et la transfigure...

Quand on connaît l’accueil qui fut fait à la Méduse, on est confondu et indigné. Cette composition si originale, si savante et d’un si grand effet, ce dessin magistral, ce puissant modelé des torses nus où se joue la lumière accusant des musculatures à la Michel-Ange, ces audacieux raccourcis, cette touche ferme et large précisant et enveloppant les formes, cette science du clair-obscur, cette vigoureuse couleur volontairement tenue, à cause du sujet auquel elle s’approprie si bien, dans l’austère harmonie des gammes sombres, ne trouvèrent que l’indifférence et la réprobation. Le public ne comprit rien à ce chef-d’œuvre ; la critique le traita avec un dédain ironique. « Il me presse, dit Kératry dans son Salon de 1819, d’être débarrassé de ce grand tableau qui m’offusque quand j’entre au Salon. » Ce tableau qui offusque Kératry, c’est la Méduse ! Et cette ridicule parole n’était pas seulement l’expression d’une opinion personnelle. Le critique se faisait ici l’écho de l’opinion unanime des amateurs, du public et même de la plupart des artistes.   "

Henry Houssaye , 1879

 

" Dès que la frégate fut échouée, on amena les voiles avec précipitation, on dépassa les mâts de perroquet, on recala ceux de hune, et l’on disposa tous les objets nécessaires pour la retirer de dessus le banc ; mais, comme il arrive dans toutes les circonstances critiques, on ne sut prendre aucune résolution. Le défaut de confiance dans les chefs amena l’indiscipline, et l’on perdit toute la journée du 2. Après de nombreux mais inutiles travaux, la nuit étant survenue, on les suspendit pour donner quelques instans de repos à l’équipage, qui avait déployé une activité extrême. Le lendemain 3 on dépassa les mâts de hune, on amena les vergues et l’on vira au cabestan sur une ancre qui, la veille au soir, très-tard, avait été mouillée à une encablure dans le derrière de la frégate. Cette opération fut infructueuse, parce que cette ancre, qui était très-faible, ne put opposer assez de

résistance, et céda. On en mouilla alors une de bossoir, qui, après des peines infinie, fut cependant portée assez loin, dans un endroit où il n’y avait pas  plus de 5 mètres 60 centimètres d’eau. Pour la porter jusque-là, on la mit en cravatte derrière une chaloupe sous laquelle on avait placé un chapelet de barriques vides, cette embarcation n’étant pas susceptible de porter un poids aussi considérable [5]. La mer était d’ailleurs assez grosse, et le courant extrêmement fort.

Cette chaloupe, rendue sur le lieu où elle devait mouiller son ancre, ne put lui donner une position convenable pour faire engager ses pattes dans le sable ; car l’une des extrémités touchait déjà le fond, tandis que le joil, fixé sur le derrière de la chaloupe, était entièrement hors de l’eau. Ainsi, mal mouillée, cette masse ne put remplir le but qu’on se proposait ; car, lorsqu’on vira dessus, elle n’opposa que fort peu de résistance, et serait revenue jusqu’à bord si l’on eût continué de faire force au cabestan [6]. Dans la journée on défonça des pièces à eau qui étaient dans la cale ; on pompa de suite. Les mats de hune, excepté le petit, qu’on ne put dépasser, furent mis à la mer ; les vergues, la beaume et toutes les pièces de bois qui composaient la drome furent également débarquées. On conserva les deux basses vergues en place, pour servir de béquilles à la frégate et la maintenir en cas qu’elle menaçât de chavirer.

Si la perte du navire devenait certaine, il fallait assurer une retraite à l’équipage. Un conseil fut convoqué, dans lequel le gouverneur du Sénégal donna lui-même le plan d’un radeau susceptible), disait-on, de porter deux cents hommes avec des vivres . On fut obligé d’avoir recours à un moyen de cette nature, parce que les six embarcations du bord furent jugées incapables de se charger de quatre cents hommes que nous étions. Les vivres devaient être déposés sur le radeau, et aux heures des repas les équipages des canots seraient venus y prendre leurs rations. Les promesses les plus séduisantes nous furent faites, pour mieux nous cacher la profondeur de l’abîme qu’on nous présentait : on nous dit encore qu’on placerait sur le radeau les cent vingt mille francs que nous avions à bord de la frégate, et que, dans le cas où une embarcation viendrait à chavirer, le radeau servirait de refuge. Voilà quels furent les propos séduisans que nous tinrent MM. Chmaltz, Chaumareyc et presque tous les officiers du navire. Nous devions tous gagner ensemble les côtes sablonneuses du désert, et là, munis d’armes et de munitions de guerre que devaient prendre les canots avant notre départ de la frégate, former une caravanne et nous rendre à l’ile Saint-Louis. Les événemens qui eurent lieu dans la suite prouvèrent que ce plan était parfaitement conçu, et qu’il eût été couronné du succès ; par malheur ces décisions furent tracées sur un sable léger que dissipa le souffle de l’égoïsme. Le soir, vers les deux heures, une autre ancre à jet fut mouillée à une assez grande distance de la frégate. Un instant avant la pleine mer, on commença à virer au cabestan, mais toutes les manœuvres furent infructueuses. Les travaux furent remis à la marée du lendemain matin. Pendant tout ce temps, les mouillages s’exécutèrent avec les plus grandes peines ; la mer était houleuse, les vents forts et du large. Les embarcations qui voulaient aller au loin , soit pour sonder ou pour y mouiller des ancres, ne gagnaient qu’après les plus grands efforts ; des courants rapides augmentaient encore les difficultés. Si le temps ne nous eût pas si puissamment contrariés, peut-être que le lendemain le bâtiment aurait été mis à flot, car il avait été décidé qu’on élongerait de fort longues touées ; mais la force du vent et de la mer renversèrent ces dispositions qu’un calme seul eût pu favoriser. Le temps fut mauvais pendant toute la nuit. Vers les quatre ou cinq heures, à la marée du matin, tous les moyens qu’on employa pour relever la frégate furent encore inutiles ; nous commençâmes à désespérer de pouvoir jamais la retirer de ce danger. Les embarcations furent réparées , et l’on travailla avec activité à la construction du radeau.

... 

Ce fut alors que plusieurs personnes qui avaient été désignées pour les embarcations, regrettèrent vivement d’avoir préféré le radeau, parce que le devoir et l’honneur leur avaient marqué ce poste. Nous aurions à citer quelques individus. Par exemple, M. Corréard entre autres devait aller dans une des embarcations ; mais douze des ouvriers qu’il commandait avaient été désignés pour le radeau, il crut qu’en sa qualité d’ingénieur-commandant, il était de son devoir de ne point se séparer de la majeure partie de ceux qui lui avaient été confiés, et qui lui avaient promis de le suivre partout ou l’exigerait le besoin du service. Dès ce moment son sort devint inséparable du leur, et il fit auprès du gouverneur toutes les démarches possibles pour que ses ouvriers fussent embarqués sur la même chaloupe que lui ; mais voyant qu’il ne pouvait lien obtenir pour améliorer le sort de ces braves gens, il dit au gouverneur qu’il n’était pas fait pour commettre une lâcheté ; que puisqu’il ne voulait pas réunir ses ouvriers avec lui dans la même embarcation, il le priait de lui permettre d’aller avec eux sur le radeau, ce qui lui fut accordé.

Plusieurs officiers militaires suivirent cet exemple ; deux seulement de ceux qui devaient commander les troupes n’avaient pas jugé convenable de se placer sur Le radeau dont l’installation devait à la vérité inspirer peu de confiance.

L’un deux, le capitaine Beinière, se plaça dans la grande chaloupe avec 36 de ses soldats. On nous avait dit que cette troupe était chargée de surveiller la marche des autres embarcations, et de faire feu sût celles qui voudraient abandonner le radeau. Il est vrai, comme on l’a vu plus haut, que quelques braves soldats, écoutant peut-être plus alors la voix de l’humanité et de l’honneur français que les rigoureuses maximes de la discipline, auraient voulu se servir de leurs armes contre les lâches qui nous abandonnaient, mais leur volonté et leur mouvement avaient été paralysés par l’obéissance passive qu’ils devaient à leurs officiers, qui s’opposèrent à cette résolution.

L’autre, M. Danglas, lieutenant, sortant des gardes-du-corps, s’était d’abord embarqué avec nous sur le radeau, où son poste était désigné ; mais lorsqu’il vit le danger qu’il courait sur cette effrayante machine, il se hâta de la quitter, sous prétexte qu’il avait oublié quelque chose sur la frégate, et ne reparut plus. Ce fut lui que nous vîmes s’armer d’une carabine et menacer de faire feu sur le canot du gouverneur lorsqu’il commença à s’éloigner de la frégate. Ce mouvement, et quelques autres démonstrations que l’on prit pour de la folie, manquèrent de lui coûter la vie ; car pendant qu’il se livrait ainsi à une sorte d’extravagance, le capitaine prit la fuite en l’abandonnant sur la frégate, parmi les soixante-trois hommes qu’il y laissa Lorsqu’il se vit ainsi traité, M. Danglas donna décidément des marques du plus furieux désespoir. On fut obligé de l’empêcher d’attenter à ses jours ; il invoquait à grand cris la mort qu’il croyait inévitable au milieu de périls si imminens. Il est certain que si M. Espiau, qui avait déjà sa chaloupe pleine, ne fût point revenu prendre à bord de la frégate les quarante-six hommes, du nombre desquels fut M. Danglas, celui-ci eût pu avec tous ses compagnons ne pas éprouver un meilleur sort que les dix-sept qu’on laissa définitivement sur la Méduse.

Géricault - Le radeau de la Méduse

Nous étions tous partis du bord sans avoir pris aucune nourriture ; la faim commença à se faire sentir impérieusement. Nous mêlâmes notre pâte de biscuit mariné avec un peu de vin, et nous la distribuâmes ainsi préparée. Tel fut notre premier repas et le meilleur que nous fîmes pendant tout notre séjour sur le radeau.

Un ordre par numéros fut établi pour la distribution de nos misérables vivres. La ration de vin fut fixée à trois quarts par jour. Nous ne parlerons plus du biscuit ; la première distribution l’enleva entièrerement. La journée se passa assez tranquillement. Nous nous entretînmes des moyens que nous devions employer pour nous sauver ; nous en parlions comme d’une chose certaine, ce qui ranimait notre courage, et nous soutenions celui des soldats en le nourrissant de l’espoir de pouvoir sous peu nous venger sur ceux qui nous avaient si indignement abandonnés. Cet espoir de vengeance, il faut l’avouer, nous animait tous également, et nous vomissions mille imprécations contre ceux qui nous avaient laissés en proie à tant de maux et de dangers. L’officier qui commandait le radeaux ne pouvant se mouvoir, M. Savigny se chargea de faire installer la mâture. Il fit couper en deux un des mâts de flêche de la frégate ( mât de beaume ). Nous mîmes pour voile le cacatois de perruche. Le mât fut maintenu avec le cordage qui nous servait de remorque, et dont nous fîmes des étais et des haubans ; il était fixé sur le tiers antérieur du radeau. La voile orientait fort bien, mais son effet nous était de très-peu d’utilité. Elle nous servait seulement lorsque le vent venait de l’arrière ; et, pour que le radeau conservât cette allure, il fallait qu’elle fût orientée, comme si le vent nous était venu de travers. Nous croyons qu’on peut attribuer cette position en travers qu’a continuellement conservée notre radeau , aux trop longs morceaux de bois qui dépassaient de chaque côté. Le soir, nos cœurs et nos vœux, par un sentiment naturel aux infortunés, se portèrent vers Le ciel. Environnés de dangers présens et inévitables, nous élevâmes nos voix vers cette puissance invisible qui a établi et qui maintient l’ordre de l’univers. Nous l’invoquâmes avec ferveur, et nous recueillîmes de notre prière l’avantage d’espérer en notre salut. 11 faut avoir éprouvé des situations cruelles pour s’imaginer quel charme, au sein meme du malheur, peut nous offrir l’idée sublime d’un Dieu protecteur de l’infortune. Une pensée consolante berçait encore nos imaginations : nous présumions que la petite division avait fait route pour l’ile d’Arguin, et qu’après y avoir déposé une partie de son monde, elle reviendrait à notre secours. Cette pensée , que nous nous efforçâmes de faire goûter aux soldats et aux matelots , retint leurs clameurs. La nuit arriva sans que nos espérances fussent remplies ; le vent fraîchit, la mer grossit considérablement. Quelle nuit affreuse ! L’idée seule de voir les embarcations le lendemain consola un peu nos hommes qui, la plupart, n’ayant pas le pied marin, à chaque coup de mer tombaient les uns sur les autres. M. Savigny, secondé par quelques personnes qui, au milieu de ce désordre, conservaient encore leur sang-froid, plaça des filières ( cordes attachées aux pièces du radeau ). Les hommes les prirent à la main , et ayant un point d’appui ils purént mieux résister à l’effort de la lame ; quelques-uns furent obligés de s’attacher. Au milieu de la nuit, le temps fut très mauvais; des vagues extrêmement grosses déferlaient sur nous et nous renversaient quelquefois très-rudement. Les cris des hommes se mêlaient alors au bruit des flots, tandis qu’une mer terrible nous soulevait chaque instant de dessus le radeau, et menaçait de nous entraîner. Cette scène était encore rendue plus affreuse par l’horreur qu’inspirait une nuit très-obscure. Tout-à-coup nous crûmes, pendant quelques instans, découvrir des feux au large. Nous avions eu la précaution de pendre au haut du mât de la poudre à canon et des pistolets dont nous nous étions munis à bord de la frégate: nous fîmes des signaux, en brûlant une grande quantité d’amorces ; nous tirâmes même quelques coups de pistolet, mais il parait que la vue de ces feux n’était qu’une erreur de vision, ou peut-être était-ce l’effet des brisans des vagues. Nous luttâmes contre la mort pendant toute cette nuit, nous tenant fortement aux filières qui étaient solidement amarrées. Roulés par les flots de l’arrière à l’avant et de l’avant à l’arrière, et quelquefois précipités dans la mer, flottant entre la vie et la mort, gémissant sur notre infortune, certains de périr, disputant néanmoins un reste d’existence à cet élément cruel qui menaçait de nous engloutir, telle fut notre position jusqu’au jour. L’on entendait à chaque instant les cris lamentables des soldats et des matelots ; ils se préparaient à la mort; se faisaient leurs adieux en implorant la protection du ciel, et adressant de ferventes prières à Dieu. Tous lui faisaient des vœux, malgré la certitude où ils étaient de ne pouvoir jamais les accomplir. Affreuse position ! comment s’en faire une idée qui ne soit pas au-dessous de la réalité !

... Au milieu de ces horreurs, une scène attendrissante de piété filiale vint nous arracher des larmes: deux jeunes gens relèvent et reconnaissent leur père dans un infortuné sans connaissance étendu sous les pieds des hommes; ils le crurent d’abord privé de sa vie, et leur désespoir se signala par les regrets les plus touchans. On s’aperçut néanmoins que ce corps presqu’inanimé respirait encore; on lui prodigua tous les secours qui étaient en notre pouvoir. Il revint peu à peu et fut rendu à la vie et aux vœux de ses fils qui le tenaient étroitement embrassé. Tandis qu’ici les droits de la nature et le sentiment de la conservation reprenaient leur empire dans cette épisode touchante de nos tristes aventures, et qui venait de nous faire un peu de bien au cœur, nous eûmes bientôt le douloureux spectacle d’un sombre contraste. Deux jeunes mousses et un boulanger ne craignirent pas de se donner la mort, en se jetant à la mer, après avoir fait leurs adieux à leurs compagnons d’infortune. Déjà le moral de nos hommes était singulièrement altéré; les uns croyaient voir la terre, d’autres des navires qui venaient nous sauver: tous nous annonçaient par leurs cris ces visions fallacieuses.

Nous déplorâmes la perte de nos malheureux compagnons. Nous étions loin, dans ce moment, de prévoir la scène bien autrement terrible qui devait avoir lieu la nuit suivante; loin de là nous jouissions d’une certaine satisfaction, tant nous étions persuadés que les embarcations allaient venir à notre secours. Le jour fut beau, et la tranquillité la plus parfaite régna toute la journée sur notre radeau. Le soir vint et les embarcations ne parurent point. Le découragement recommença à s’emparer de tous nos hommes, et dès-lors l’esprit séditieux se manifesta par des cris de rage: la voix des chefs fut entièrement méconnue...

... Les infortunés que la mort avait épargnés dans la nuit désastreuse que nous venons de décrire se précipitèrent sur les cadavres dont le radeau était couvert, les coupèrent par tranches, et quelques-uns même les dévorèrent à l’instant. Beaucoup néanmoins ni touchèrent pas ; presque tous les officiers furent de ce nombre. Voyant que cette affreuse nourriture avait relevé les forces de ceux qui l’avaient employée, on proposa de la faire sécher pour la rendre un peu plus supportable au goût. Ceux qui eurent la force de s’en abstenir prirent une plus grande quantité de vin. Nous essayâmes de manger des baudriers de sabres et des gibernes ; nous parvînmes à en avaler quelques petits morceaux. Quelques-uns mangèrent du linge ; d’autres des cuirs de chapeaux sur lesquels il y avait un peu de graisse ou plutôt de crasse ; nous fûmes forcés d’abandonner ces derniers moyens. Un matelot tenta de manger des excréments, mais il ne put y réussir. ...

... Enfin, après des efforts inouïs, les révoltés furent encore une fois repoussés, et le calme se rétablit. Sortis de ce nouveau danger, nous cherchâmes à prendre quelques instants de repos : le jour vint enfin nous éclairer pour la cinquième fois. Nous n’étions plus que trente ; nous avions perdu quatre ou cinq de nos fidèles marins ; ceux qui survivaient étaient dans l’état le plus déplorable. L’eau de la mer avait enlevé presque entièrement l’épiderme de nos extrémités inférieures ; nous étions couverts ou de contusions ou de blessures qui, irritées par l’eau salée, nous arrachaient à chaque instant des cris perçants, de sorte que vingt tout au plus d’entre nous étaient capables de se tenir de bout et de marcher. Presque toute la provision de notre pêche était épuisée ; nous n’avions plus de vin que pour quatre jours, et il nous restait à peine une douzaine de poissons. Dans quatre jours , disions-nous , nous manquerons de tout, et la mort sera inévitable. Ainsi arriva le septième jour de notre abandon. Nous calculions que dans le cas ou les embarcations n’auraient pas échoué à la côte, il leur fallait au moins trois ou quatre fois vingt-quatre heures pour se rendre à Saint-Louis ; il fallait ensuite le temps d’expédier des navires, et à ces navires celui de nous trouver ; nous résolûmes de tenir le plus long-temps possible. Dans le courant de la journée, deux militaires s’étaient glissés derrière la seule barrique de vin qui nous restât, ils l’avaient percée , et buvaient avec un chalumeau. Nous avions tous juré que celui qui emploîrait de semblables moyens serait puni de mort. Cette loi fut à l’instant mise à exécution, et les deux infracteurs furent jetés à la mer . ...

... Trois jours se passèrent dans des angoisses inexprimables nous méprisions tellement la vie, que plusieurs d’entre nous ne craignirent pas de se baigner à la vue des requins qui entouraient notre radeau ; quelques autres se mettaient nus sur le devant de notre machine qui était alors submergée : ces moyens diminuaient un peu l’ardeur de leur soif. Une espèce de mollusques, connue à bord des vaisseaux sous le nom de galère , était quelquefois poussée sur noire radeau en très-grand nombre ; et lorsque leurs longues expansions se reposaient sur nos membres dépouillés, elles nous occasionnaient les souffrances les plus cruelles. Croirait-on qu’au milieu de ces scènes terribles, luttant contre une mort inévitable, quelques-uns de nous se soient permis des plaisanteries qui nous faisaient encore sourire, malgré l’horreur de notre situation. L’un, entre autres, dit en plaisantant : Si le brick est envoyé à notre recherche, prions Dieu qu’il ait pour nous des yeux d’Argus, faisant allusion au nom du navire que nous présumions devoir venir à notre recherche. Cette idée consolante ne nous abandonna pas d’un instant, et nous en parlions fréquemment. ...

Géricault - Le radeau de la Méduse

... Le brick l’Argus avait été expédié du Sénégal pour porter des secours aux naufragés des embarcations et chercher le radeau. Pendant plusieurs jours il longea la côte sans nous rencontrer, et donna des vivres aux naufragés des embarcations qui traversaient le désert de Sahara. Croyant que ses recherches seraient désormais inutiles pour trouver notre machine, il fit voile pour la rade d’où il avait été expédié, afin d y aller annoncer l’inutilité de ses perquisitions ; c’est quand il courait sa bordée sur le Sénégal que nous l’aperçûmes. Le matin il n’était plus qu’à quarante lieues de l’embouchure du fleuve, lorsque les vents passèrent au sud-ouest : le capitaine, comme par une espèce d’inspiration, dit qu’il fallait revirer de bord. Les vents portaient sur la frégate ; après avoir couru deux heures sur ce bord, les hommes de garde annoncèrent un navire ; quand le brick fut plus près, à l’aide de lunettes, on nous reconnut. Lorsque nous fûmes recueillis par l’Argus, notre première question fut celle-ci : Messieurs, nous cherchez-vous depuis long-temps ? « On nous répondit qu’oui ; mais que cependant le capitaine n’avait point reçu d’ordre positif à ce sujet, et que nous devions au hasard seul le bonheur d’avoir été rencontrés. Nous nous faisons un vrai plaisir de citer une phrase de M. Parnajou, adressée à l’un de nous : On m aurait donné le grade de capitaine de frégate, que j’éprouverais un plaisir moins vif que celui que j’ai ressenti en rencontrant votre radeau. ... "

 

Corréard (pp. 13-373).

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Publié le 25 Mars 2018

Gustave Dotrée - La Bible - Jacob

Gustave Dotrée - La Bible - Jacob

" Gustave Doré a trente-trois ans. C’est à cet âge qu’il a cru devoir s’attaquer au grand poème humain, à ce recueil de récits terribles ou souriants que l’on nomme la Sainte Bible. J’aurais aimé qu’il gardât cette œuvre pour dernier labeur, pour le travail grandiose qui eût consacré sa gloire. Où trouvera-t-il maintenant un sujet plus vaste, plus digne d’être étudié avec amour, un sujet qui offre plus de spectacles doux ou terrifiants à son crayon créateur ? S’il est vrai que l’artiste soit fatalement forcé de produire des œuvres de plus en plus puissantes et fortes, je tremble pour lui, qui cherchera en vain un second poème plus fécond en visions sublimes. Lorsqu’il voudra donner l’œuvre dans laquelle il mettra tout son cœur et toute sa chair, il n’aura plus les légendes rayonnantes d’Israël, et je ne sais vraiment à quelle autre épopée il pourra demander un égal horizon.

Je n’ai pas, d’ailleurs, mission d’interroger l’artiste sur son bon plaisir. L’œuvre est là, et je dois seulement l’analyser et la présenter au public.

Je me demande, avant tout, quelle a été la grande vision intérieure de l’artiste, lorsque, ayant arrêté qu’il entreprendrait le rude labeur, il a fermé les yeux pour voir se dérouler le poème en spectacles imaginaires. Étant donnée la nature merveilleuse et particulière de Gustave Doré, il est facile d’assister aux opérations qui ont dû avoir lieu dans cette intelligence : les légendes se sont succédé, les unes claires et lumineuses, toutes blanches, les autres sombres et effrayantes, rouges de sang et de flammes. Il s’est abîmé dans cette immense vision, il a monté dans le rêve, il a eu une suprême joie en sentant qu’il quittait la terre, qu’il laissait là les réalités et que son imagination allait pouvoir vagabonder à l’aise dans les cauchemars et dans les apothéoses. Toute la grande famille biblique s’est dressée devant lui ; il a vu ces personnages que les souvenirs ont grandi et ont mis hors de l’humanité ; il a aperçu cette terre d’Égypte, cette terre de Chanaan, pays merveilleux qui semblent appartenir à un autre monde ; il a vécu en intimité avec les héros des anciens contes, avec des paysages emplis de ténèbres et d’aubes miraculeuses. Puis, l’histoire de Jésus, plus adoucie, tendre et sévère, lui a ouvert des horizons recueillis, dans lesquels ses rêves se sont élargis et ont pris une sérénité profonde. C’était là le champ vaste qu’il fallait au jeune audacieux. La terre l’ennuie, la terre bête que nous foulons de nos jours, et il n’aime que les terres célestes, celles qu’il peut éclairer de lumières étranges et inconnues. Aussi a-t-il exagéré le rêve ; il a voulu écrire de son crayon une Bible féerie, une suite de scènes semblant faire partie d’un drame gigantesque qui s’est passé on sait où, dans quelque sphère lointaine."

 

" L’œuvre a deux notes, deux notes éternelles qui chantent ensemble : la blancheur des puretés premières, des cœurs tendres, et les ténèbres épaisses des premiers meurtres, des âmes noires et cruelles. Les spectacles se suivent, ils sont tout lumière ou tout ombre. L’artiste a cru devoir appuyer sur ce double caractère, et il est arrivé que son talent se prêtait singulièrement à rendre les clartés pures de l’Eden et les obscurités des champs de bataille envahis par la nuit et la mort, les blancheurs de Gabriel et de Marie dans l’éblouissement de l’Annonciation, et les horreurs livides, les éclairs sombres, l’immense pitié sinistre du Golgotha.

Je ne puis le suivre dans sa longue vision. Il n’a mis que deux ou trois ans pour rêver ce monde, et sa main a dû, au jour le jour, improviser les mille scènes diverses du drame. Chaque gravure n’est, je le répète, que le songe particulier que l’artiste a fait après avoir lu un verset de la Bible ; je ne puis appeler cela qu’un songe, parce que la gravure ne vit pas de notre vie, qu’elle est trop blanche ou trop noire, qu’elle semble être le dessin d’un décor de théâtre, pris lorsque la féerie se termine dans les gloires rayonnantes de l’apothéose. L’improvisateur a écrit sur les marges ses impressions, en dehors de toute réalité et de toute étude, et son talent merveilleux a donné, à certains dessins, une sorte d’existence étrange qui n’est point la vie, mais qui est tout au moins le mouvement."

Gustave Dorée - La Bible - David

Gustave Dorée - La Bible - David

" J’ai encore devant les yeux le dessin intitulé Achan lapidé : Achan est étendu, les bras ouverts, au fond d’un ravin, les jambes et le ventre écrasés, broyés sous d’énormes dalles, et du ciel noir, des profondeurs effrayantes de l’horizon, arrivent lentement, un à un, en une file démesurée, les oiseaux de proie qui vont se disputer les entrailles que les pierres ont fait jaillir. Tout le talent de Gustave Doré est dans cette gravure qui est un cauchemar merveilleusement traduit et mis en relief. Je citerai encore la page où l’Arche, arrêtée sur le sommet du mont Ararat, se profile sur le ciel clair en une silhouette énorme, et cette autre page qui montre la fille de Jephté au milieu de ses compagnes, pleurant, dans une aurore douce, sa jeunesse et ses belles amours qu’elle n’aura point le temps d’aimer.

Je devrais tout citer, tout analyser, pour me mieux faire entendre. L’œuvre part des douceurs de l’Eden ; son premier cri de douleur et d’effroi est le déluge, cri bientôt apaisé par la vie sereine des patriarches, dont les blanches filles s’en vont aux fontaines, dans leur sourire et leur tranquille virginité. Puis vient l’étrange terre d’Égypte, avec ses monuments et ses horizons ; l’histoire de Joseph et celle de Moïse nous sont contées avec un luxe inouï de costumes et d’architectures, avec toute la douceur du jeune enfant de Jacob, toute l’horreur des dix plaies et du passage de la mer Rouge. Alors commence l’histoire rude et poignante de cette terre de Judée, qui a bu plus de sang humain que d’eau de pluie : Samson et Dalila, David et Goliath, Judith et Holopherne, les géants bêtes et les femmes cruelles, les terreurs de la trahison et du meurtre. La légende d’Elie est le premier rayon divin et prophétique trouant cette nuit sanglante ; puis viennent les doux contes de Tobie et d’Esther et ce sanglot de douleur, ce sanglot si profondément humain dans sa désespérance, que pousse Job râclant ses plaies sur le fumier de sa misère. Les vengeurs se dressent alors, la bouche pleine de lamentations et de menaces, ces vengeurs de Dieu, Isaïe, Jérémie, Ezéchiel, Baruch, Daniel, Amos, sombres figures qui dominent Israël, maudissant l’humanité féroce, annonçant la rédemption. ..."

Gustave Dorée - La Bible - Emile Zola
Mes haines, causeries littéraires et artistiques
G. Charpentier et E. Fasquelle, éditeurs (pp. 85-96).

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Rédigé par rafael

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Publié le 24 Mars 2018

Sam Francis
Sam Francis
Sam Francis
Sam Francis

Sam Francis

« Ma peinture est venue de la maladie. J’ai quitté l’hôpital à travers ma peinture. Je souffrais dans mon corps […] et c’est parce que je fus capable de peindre que je pus me guérir"

Sam Francis

Comme la plupart des peintres des années 1950-60, Sam Francis peut être « rangé » dans divers mouvements : abstraction lyrique, expressionnisme abstrait, tachisme, action painting, colorfield painting, autant d’influences que l’on retrouve chez Sam Francis mais aucune ne peut lui être appliquée seule.

On peut, dans un premier temps, noter une influence notable de Matisse : ses innovations en matière de couleur et de bi-dimensionnalité contribuèrent à l’épuration de la forme et surtout du geste. Au-delà des considérations purement techniques, Sam Francis se sentait très proche de celui-ci car, comme lui, il avait eu à subir un alitement forcé qui le poussa vers la peinture, et car il éprouvait des sensations très semblables à celles de Matisse (ce dernier parlait notamment d’une sensation d’évasion lorsqu’il peignait, de passer du « petit espace » (la toile) à un espace « cosmique » « dans lequel on ne sentait pas les murs »).

Par rapport à la démarche même de Sam Francis, les artistes les plus proches de lui sont Jackson Pollock, Clyfford Still et Mark Rothko.

Pollock parce qu’il fut le premier à expérimenter la technique du dripping, manifestation de l’acte créateur à l’état pur, la toile devenant le témoignage et l’enregistrement du mouvement de l’artiste excluant la réflexion du processus.

Still parce qu’il fut le seul de tous les artistes que Sam Francis découvre à San Francisco à s’attaquer au fond en soi, sans passer par la figure. Il tend ainsi à simplifier ses plans et fournit un gros travail sur la couleur adoptant même le noir, considéré comme « non-couleur ».

Et Rothko car c’est lui qui poussera le plus la démarche de décomposition de la figure en initiant la technique de la dissolution, même s’il conservera le noyau des formes (un rectangle ou une bande orthogonale) alors que Sam Francis poursuivra le processus jusqu’à leur complète dissolution. On pourrait ajouter encore bien d’autres artistes à ceux cités précédemment, mais ceux-ci constituent les influences principales dont Francis s’est inspiré.

Wikipedia

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Rédigé par rafael

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Publié le 22 Mars 2018

Géricault - La course Barberi

Géricault - La course Barberi

Théodore Géricault (1791 - 1824) est l'élève de Guérin et de Gros, il rompt avec académisme en 1812 avec l'Officier des Chasseurs, en posant les jalons du romantisme naissant.  dont le véritable manifeste fut Le radeau de la Méduse peint en 1819. 

Géricault - L'Officier des chasseurs - 1812

Géricault - L'Officier des chasseurs - 1812

En 1816 et 1817 il réside à Florence puis à Rome où il travaille sur La Course des Chevaux Barbes dont il produira de nombreuses esquisses et tableaux inachevés. Ses multiples études illustrent sa passion pour les chevaux. 

Le véritable manifeste du mouvement romantique sera Le radeau de la Méduse peint en 1819 et particulièrement mail acceuillit par la critique.  

Géricault - Le radeau de la Méduse - 1819

Géricault - Le radeau de la Méduse - 1819

De dépit il part à Londres où de 1820 à 1821 il peint plusieurs scènes de courses dont le célèbre Derby d'Epson. Il poursuit son travail en faisant les portraits de folles et d'internées. Promis à un destin de meneur de la nouvelle école romantique il meurt à 32 ans. 

 

Source: DA

Géricault - Derby

Géricault - Derby

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Rédigé par rafael

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Publié le 21 Mars 2018

Dali - Métamorphose de Narciss

Dali - Métamorphose de Narciss

Dali - Le spectre du sex-appeal

Dali - Le spectre du sex-appeal

Dali (1904 - 1989) est universellement connu pour ses excentricités et ses tableaux étranges, présent dans tous les musées et dans les plus grandes collections, auteur d'ouvrage autobiographiques surprenants (La Vie secrète de Salvador Dali, Journal d'un génie ...), personnage insaisissable, Salvador Dali est, avec Picasso, l'artiste le plus haï, le plus critiqué et le plus admiré du XXe siècle. Toute son oeuvre repose sur une technique incroyable et une parfaite maîtrise de la composition, des couleurs et du dessin qui semblait perdue depuis la Renaissance. Cette virtuosité se marie avec une authentique originalité, qui empreinte au surréalisme et à une introspection souvent surprenante. 

Parallèlement à ses études aux Beaux-Arts de Madrid il se passionne jeune pour les mouvements d'avant-garde de son époque, dont la peinture métaphysique de Chirico et commence à peindre des œuvres où la minutie du réalisme serte à accentuer un dépaysement proche du surréalisme naissant (1922-1924). Dès son premier voyage à Paris en 1928, il rencontre Picasso et les surréalistes, parmi lesquels Eluard, dont il épousera la femme Gala, et Bunuel avec qui il réalisera ces deux chefs d'oeuvre du cinéma que sont Un Chien andalou et l'Age d'or

A cette époque l'orientation de son oeuvre est déjà clairement établie: on y trouve le souvenir constant des paysages de son enfance, l'exploitation systématique de toutes les formes de délire par la méthode paranoïaque-critique, ainsi qu'un goût très prononcé, typiquement surréaliste, pour ces régions à la limite de l'humain, où l'épique, le mystique et l'érotisme se rejoignent dans le sublime. Cette oeuvre singulière parfois déconcertante par ses excès, connait les variations les plus diverses tant par le style - qui va de l'utilisation de l'improvisation tachiste au réalisme emphatique de la Renaissance en passant par l’emploi de la photographie - que par les thèmes abordés: l'onirisme des montres molles (Persistance de la mémoire), l'esprit religieux ou le mysticisme, l'érotisme omniprésent, les allusions politiques ou les références culturelles comme celles à l'Angélus de Millet ou à la Dentellière de Vermeer, ou aux peintres pompiers.

Dali - Persistance de la mémoire

Dali - Persistance de la mémoire

Dali - Angélus

Dali - Angélus

Dali - Autoportrait

Dali - Autoportrait

Prodigue en images comme en paroles, Dali ne cesse d'étonner par sa profusion, son exubérance, son orgueil. C'est dans un réalisme très minutieux, utilisant les effets de perspectives et de trompe-l'oeil, qu'il peint : Le Christ de Saint-Jean-de-la-Croix (1951), La Cène (1955), Corpus Hypercubicus (1954). 

Dali - Corpus Hypercubicus - 1954

Dali - Corpus Hypercubicus - 1954

Dali - La Cène - 1955

Dali - La Cène - 1955

Il retrouve plus tard dans La bataille de Tétouan (1962) et  la Pêche aux thons (1967) le grand style du surréalisme théâtrale déjà employé dans le Christ du Vallès (1962) ou l'Ascension du Christ de 1958. 

Dali - L'ascension du Christ - 1958

Dali - L'ascension du Christ - 1958

Dali - le Christ du Vallès - 1962

Dali - le Christ du Vallès - 1962

Dali - La bataille de Tétouan - 1962

Dali - La bataille de Tétouan - 1962

Dali - La pêche aux thons - 1967

Dali - La pêche aux thons - 1967

En 1965 il représente Gala contemplant Dali en état d'antigravitation .. où figurent les deux personnages de l'Angélus de Millet encadrant une gigantesque croix de Malte au centre de la gare de Perpignan Vers laquelle tout l'Univers converge. En 1971 le Reynold Moose ouvre aux Etats-Unis et rassemble la plus grande collection d'oeuvre de Dali, en 1974 est inauguré le Museo Teatro Dali à Figueras dont il assure la promotion et la mise en scène. 

Dali - Gala contemplant Dali en état d'antigravitation - 1965

Dali - Gala contemplant Dali en état d'antigravitation - 1965

A partir de 1975 il met au point à partir de tableaux stéréoscopiques, l’hyperréalisme métaphysique qui, selon lui, "a mis fin au surréalisme et au rêve". Ainsi  Dalí réaliseGala nue regardant la mer qui à 18 mètres apparaît le président Lincoln  en hommage au peintre Mark Rothko, à partir d’une interprétation digitale du visage de Lincoln obtenue par le cybernéticien américain Leon D. Harmon. Une fois de plus, Dalí nous apparaît comme un innovateur et nous présente de manière novatrice son concept de double image.

Gala meurt en 1982, Dali se retire au Castillo de Pubol à Figueras où est créé en 1984 la fondation Gala-Salvador-Dali, il meurt en 1987.

Dali - Gala nue regardant la mer qui à 18 mètres apparaît le président Lincoln - 1975

 

Maison Dali à Figueras
Maison Dali à Figueras

Maison Dali à Figueras

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Rédigé par rafael

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