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Publié le 5 Avril 2020

Rédigé par rafael

Publié dans #HISTOIRE

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Publié le 31 Mars 2018

Michel-Ange et Jules II

Michel-Ange et Jules II

Pape sous le nom de Jules II, Giuliano Della Rovere entame son ascension à la cour pontificale grâce au soutien de son oncle Francesco Della Rovere, pape en 1471 sous le nom de Sixte IV.

Il ne dédaigne pas les plaisirs profanes comme l'atteste la naissance de plusieurs bâtards. Mais assez peu attiré par le luxe pour lui-même, il dénonce le népotisme d'Alexandre VI Borgia, ce qui lui vaut d'attendre sa mort pour revenir à Rome et préparer sa propre élection. Celle-ci intervient le 1er novembre 1503 après le bref pontificat de Pie III (25 jours).

C'est que Jules II, assez peu intéressé au dogme et à la réforme de l'Église, use des richesses du Saint Siège au bénéfice des humanistes et des artistes.

Il passe d'importantes commandes aux principaux génies de son temps, Michel-Ange, Raphaël ou encore Bramante. Il ouvre de nouvelles artères à Rome, dont la via Giulia. Il entreprend aussi en 1506 la reconstruction de la basilique Saint-Pierre de Rome, un chantier de vingt ans et plus, sous la conduite de Bramante.

À Michel-Ange, il confie, outre la décoration de la Sixtine, la réalisation de son propre tombeau dans l'église Saint-Pierre-aux-Liens.

Ces chantiers ainsi que le mécénat et les dépenses militaires assèchent les revenus du Saint Siège. Pour y remédier, Jules II multiplie les ventes de bénéfices ecclésiastiques, de dispenses et d'indulgences (une réduction du temps de purgatoire promise aux généreux fidèles après leur mort).

Ces mesures poursuivies par son successeur Léon X (Jean de Médicis) vont scandaliser les fidèles, notamment en Allemagne, et contribuer à la Réforme luthérienne (ou protestante).

Raphaël - Jules II

Vernet - Jules II examinant les plans de la Basilique Saint-Pierre

Vernet - Jules II examinant les plans de la Basilique Saint-Pierre

Jules II

Jules II

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Rédigé par rafael

Publié dans #HISTOIRE, #RENAISSANCE ITALIE

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Publié le 4 Mars 2018

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Rédigé par rafael

Publié dans #RENAISSANCE FRANCE - EUROPE DU SUD, #HISTOIRE

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Publié le 26 Février 2018

Otto dix - La guerre

Otto dix - La guerre

World War I - Erster Weltkrieg - Primera Guerra Mundial - Prima guerra mondiale

 

 La Première Guerre mondiale est un conflit militaire qui s'est déroulé dans les faits en Europe de 1914 à 1918. Considérée comme un des évènements marquants du XXe siècle, cette guerre parfois qualifiée de totale a atteint une échelle et une intensité inconnues jusqu'alors. Elle a mis en jeu plus de soldats, provoqué plus de morts et causé plus de destructions matérielles que toute autre guerre antérieure. Plus de 60 millions de soldats y ont pris part. Pendant cette guerre, environ 9 millions de personnes sont mortes, et environ 20 millions ont été blessées. D'autres évènements survenus pendant cette période : le génocide arménien (1915-1916), la première bataille de l'Atlantique (1917), la Révolution russe (1917) et la grippe de 1918 ont augmenté la détresse des populations. Pour toutes ces raisons, cette époque a marqué profondément ceux qui l'ont vécue.

Richard Jack - La deuxième bataille d'Ypres, du 22 avril au 25 mai 1915 -  Richard Jack Collection d'art militaire Beaverbrook

Richard Jack - La deuxième bataille d'Ypres, du 22 avril au 25 mai 1915 -  Richard Jack Collection d'art militaire Beaverbrook

L'artiste de guerre Richard Jack représente la position canadienne au cours de la deuxième bataille d'Ypres, dont il n'a pas été le témoin. Il a peint cette énorme oeuvre d'art,  la toile mesure 371,5 x 589 cm,  dans son atelier de Londres. C'est la première de près d'un millier d'oeuvres, de plus de cent artistes, commandées par le Fonds de souvenirs de guerre canadiens (FSGC), organisation créée par lord Beaverbrook pour documenter l'effort de guerre du Canada. Sir Edmund Walker, qui siégeait au conseil consultatif du FSGC, avait le sentiment que Jack avait bien rendu les réalisations des Canadiens pendant la bataille, mais que l'oeuvre ne plairait pas aux Canadiens, lesquels, croyait-il, étaient « peu susceptibles d'apprécier un traitement aussi réaliste de la guerre ». Il avait tort et la peinture de Jack demeure une oeuvre représentative de la Première Guerre mondiale.

Ce conflit mondial est caractérisé par une ligne de front continue de 700 kilomètres, fortifiée, qui ne sera jamais rompue par aucune des armées en présence avant 1918. Le front est constitué de plusieurs lignes de défense creusées dans la terre, les tranchées, reliées entre elles par des boyaux d’accès. Les conditions de vie dans ces tranchées sont épouvantables, bien que les tranchées allemandes soient les mieux aménagées. Les troupes allemandes ont en effet très rapidement bétonné leurs tranchées alors que du côté français, on trouve des tranchées de terre qui résistent tant bien que mal aux obus. Les soldats y vivent entourés par la boue, la vermine, les rats et l’odeur des cadavres en décomposition. De plus, pour les tranchées les plus exposées au front, le ravitaillement laisse parfois à désirer.

Un no man's land rendu infranchissable par des réseaux denses de barbelés, battu par le feu des mitrailleuses, sépare les deux premières lignes. Le danger est permanent, même en période de calme quand l’activité du front est faible, la mort survient n’importe quand, par exemple au cours d’une patrouille, d’une corvée, d’une relève ou d’un bombardement d’artillerie. L’observation aérienne par les avions et les ballons permet aux armées de connaître avec précision la configuration du terrain ennemi, si bien que les tirs d’artillerie ne tombent jamais au hasard. Les obus qui pleuvent de jour comme de nuit font un maximum de dégâts. En 1918, on compte 250 millions d'obus tirés pour la France. Les soldats ne se trouvent en sécurité qu’à une dizaine de kilomètres derrière les lignes quand ils sont hors de portée de l’artillerie lourde.

Capitaine Kenneth Keith Forbes - Artillerie canadienne à l'oeuvre - Collection d'art militaire Beaverbrook

Capitaine Kenneth Keith Forbes - Artillerie canadienne à l'oeuvre - Collection d'art militaire Beaverbrook

Un obusier canadien de 6 pouces appuie des troupes britanniques lors de l'attaque de Thiepval le 16 juillet 1916, au cours de l'offensive de la Somme. L'artiste rend l'épuisement des artilleurs, qui semblent au poste depuis des heures. Une exposition prolongée au bruit et aux chocs des tirs faisait éclater les tympans et abîmait l'ouïe. La plupart des artilleurs devenaient au moins partiellement sourds.

Sir Alfred James Munnings - 1914 - La charge de l'escadron de Flowerdew - Collection d'art militaire Beaverbrook

Sir Alfred James Munnings - 1914 - La charge de l'escadron de Flowerdew - Collection d'art militaire Beaverbrook

La plupart des membres de la cavalerie canadienne qui participa à cette attaque contre les positions de mitrailleuses occupant le bois de Moreuil le 30 mars 1918 furent tués ou blessés. Parmi eux, le lieutenant G.M. Flowerdew du Lord Stathcona's Horse, qui reçut la Croix de Victoria pour avoir dirigé la charge. Incapable de dénouer l'impasse que constituaient les tranchées et peu utile au front, la cavalerie demeura derrière les lignes pendant la majeure partie de la guerre. Toutefois, au cours des offensives allemandes de mars et d'avril 1918, la cavalerie joua un rôle essentiel dans la guerre en rase campagne que durent livrer temporairement les forces britanniques qui reculaient.

Lieutenant Cyril Henry Barraud - 1916 - Premier coup d'oeil sur Ypres - Collection d'art militaire Beaverbrook

Lieutenant Cyril Henry Barraud - 1916 - Premier coup d'oeil sur Ypres - Collection d'art militaire Beaverbrook

L'abri sommaire de soldats, à gauche, fait contraste avec les ruines de la Halle aux draps d'Ypres, que les Canadiens défendirent au cours de la deuxième bataille d'Ypres, en avril 1915. Le nuage de fumée donne à penser qu'un obus vient d'exploser dans la ville.

Major honoraire James Kerr-Lawson - La Halle aux draps, Ypres - Collection d'art militaire Beaverbrook

Major honoraire James Kerr-Lawson - La Halle aux draps, Ypres - Collection d'art militaire Beaverbrook

La Halle aux draps détruite d'Ypres est un symbole de la guerre. La ville fut bombardée par les Allemands mais jamais prise. Après la guerre, les Belges reconstruisirent la Halle aux draps à l'identique. Elle abrite maintenant un musée de la Première Guerre mondiale, avec notamment des artefacts des champs de bataille des environs d'Ypres.

Homer Ramsford Watson - Camp au lever du soleil - 1914

Homer Ramsford Watson - Camp au lever du soleil - 1914

Cette toile d'Homer Watson montre des recrues du premier contingent s'exerçant sur le champ de tir de Valcartier (Québec), 1914. 

La prise de la raffinerie de sucre

La prise de la raffinerie de sucre

Des soldats canadiens s'abritent derrière une chaudière. Ils prennent d'assaut le bastion allemand à la raffinerie de sucre de Courcelette le 15 septembre 1916. Remarquez les combats rapprochés, avec utilisation de fusils, de baïonnettes et de grenades à main.

Richard Jack - La prise de la crête de Vimy, le lundi de Pâques 1917 - Collection d'art militaire Beaverbrook

Richard Jack - La prise de la crête de Vimy, le lundi de Pâques 1917 - Collection d'art militaire Beaverbrook

Nommé en 1916, Richard Jack fut le premier artiste de guerre officiel canadien. Dans cette peinture, il représente l'équipage d'un canon de campagne de 18 livres tirant sur des positions allemandes sur la crête de Vimy. À gauche, des soldats blessés se dirigeant vers l'arrière passent à côté du canon.

La prise de la crête de Vimy, le lundi de Pâques 1917 - Section d’assaut

La prise de la crête de Vimy, le lundi de Pâques 1917 - Section d’assaut

Daniel Sherrin - Char britannique

Daniel Sherrin - Char britannique

Aviation et blindés : Cette guerre est l’occasion pour l’industrie de l’armement de lancer de nouveaux matériaux qui aident à la maturation des techniques et des méthodes. De nombreux secteurs industriels et militaires se sont développés dont l'aviation. Désormais, la reconnaissance aérienne permet l’ajustement du tir de l’artillerie et la cartographie précise des lignes ennemies. L'aviation permet en outre de mitrailler et bombarder les positions. Cette période voit en effet les premiers bombardements aériens de l'histoire. Ce sont surtout les zeppelin qui se chargent de cette mission, de manière d'abord rudimentaire (des obus lâchés à la main au début, avant la mise au point de premiers bombardiers ; le premier « bombardier lourd », le Zeppelin-Staaken VGO1 allemand, rebaptisé Zeppelin-Staaken R1, volera pour la première fois le 11 avril 1915). Les combats aériens révèlent de nombreux pilotes surnommés les « as » comme l’Allemand Richthofen, le « baron rouge », les Français Roland Garros, Fonck et Guynemer, l’Anglais Mannock, le Canadien Bishop, ou encore le Sud Africain Andrew Beauchamp-Proctor.

Combat aérien

Combat aérien

Lieutenant Commander Norman Wilkinson - La réponse du Canada - Collection d'art militaire Beaverbrook

Lieutenant Commander Norman Wilkinson - La réponse du Canada - Collection d'art militaire Beaverbrook

Norman Wilkinson, artiste maritime anglais, a peint le Premier contingent du Canada quittant le pays en octobre 1914. Plus de 32 000 soldats canadiens et terre-neuviens gagnèrent la Grande-Bretagne à bord de 30 paquebots de ligne. À l'époque, c'était le plus important groupe de Canadiens à avoir jamais quitté le Canada par voie maritime.

Jean-Louis Forrain - La guerreJean-Louis Forrain - La guerre
Jean-Louis Forrain - La guerreJean-Louis Forrain - La guerre
Jean-Louis Forrain - La guerreJean-Louis Forrain - La guerre

Jean-Louis Forrain - La guerre

Engagé volontaire en 1917, Jean Louis Forain participera avec d'autres artistes à la section de camouflage. Il accompagne les soldats dans les tranchées pour continuer à dessiner et à les soutenir moralement. Il est extrêmement populaire pendant ces années de guerre et dessine toute une série de caricatures.

Jean-Louis Forrain - la Borne

Jean-Louis Forrain - la Borne

Otto Dix - la guerre
Otto Dix - la guerre

Otto Dix - la guerre

Quand la guerre éclate, Otto Dix s'engage comme volontaire dans l'artillerie de campagne allemande. L'année suivante, il reçoit une formation de mitrailleur et participe à de nombreuses campagnes en Champagne, dans la Somme ou en Russie d'où il sortira vivant. Il a alors en tête des images d'horreur qu'il essaie d'oublier en peignant, comme en témoigne Les Joueurs de skat en 1920.

Otto Dix Attaque aux gaz

Otto Dix Attaque aux gaz

L'utilisation des armes chimiques pendant la Première Guerre mondiale remonte au mois d'août 1914 où les troupes françaises utilisent contre les troupes allemandes un gaz lacrymogène, le xylylbromide, un gaz développé par les forces de police parisiennes. Par la suite, les différents camps ont cherché à fabriquer des armes chimiques plus efficaces bien que les conférences de La Haye de 1899 et 1907 aient interdit l'utilisation d'armes toxiques.

L'Empire allemand, manquant cruellement de matières premières, utilise alors des produits qu'il possède en abondance, dont le chlore, produit rejeté par les industries chimiques, est disponible en grandes quantités. Les troupes allemandes emploient donc le chlore en le présentant comme un gaz irritant et non mortel, ne portant ainsi pas atteinte aux accords des conférences de la Haye. Le premier emploi massif de gaz a lieu le 22 avril 1915 lors de la Deuxième bataille d'Ypres. 150 tonnes de chlore sont lâchées faisant 5 000 morts et 10 000 blessés. La guerre du gaz avait commencé.

Les armes chimiques sont contenues dans des bonbonnes, des obus, des bombes ou des grenades. Les gaz utilisés sont très volatils : chlore, phosgène, « gaz moutarde », arsines ou encore chloropicrine. La détection de certaines de ces armes chimiques est à l'époque quasi impossible. En effet, les conséquences de leur inhalation sur le corps humain n'étant visibles que trois jours après, on ne peut savoir à temps s'il y a eu contamination ou pas. D'où la production de défenses préventives telles que les masques à gaz.

Otto Dix - Repas dans les tranchées.

Otto Dix - Repas dans les tranchées.

Otto Dix - Tranchées

Otto Dix - Tranchées

Otto Dix - Cadavre

Otto Dix - Cadavre

Otto Dix - Cadavre

Otto Dix - Cadavre

"Avec un souci inouï du détail qu’accentue l’intensité du clair-obscur, le peintre s’attache ici à représenter la déshumanisation des corps et la bestialité de la mort : « La guerre, c’est le retour à l’animalité : la faim, les poux, la boue, ce bruit infernal… En regardant les tableaux d’autrefois, j’ai eu l’impression qu’on avait oublié un aspect de la réalité : la laideur », indiquait Dix. Il insiste tout particulièrement sur les visages et sur les mains des morts qui révèlent au mieux, l’expression de la souffrance des corps devant la mort. "

Source:  https://www.histoire-image.org/fr/etudes/corps-morts

Otto Dix - cadavres dans les barbelés - Danse des Morts - 1924

Otto Dix - cadavres dans les barbelés - Danse des Morts - 1924

« Je me faufilais dans mes rêves à travers des ruines dans les tranchées et boyaux. Il fallait que je me débarrasse de tout cela. En fait on ne s’aperçoit pas, quand on est jeune, que dans son for intérieur on souffrait malgré tout. Car pendant de longues années, pendant au moins dix ans, j’ai rêvé sans cesse que j’étais obligé de ramper pour traverser des maisons détruites et des couloirs où je pouvais à peine avancer. Les ruines étaient toujours présentes dans mes rêves. »

Otto Dix

« Le silence se prolonge. Je parle, il faut que je parle. C’est pourquoi, je m’adresse à lui en
lui disant : « Camarade, je ne voulais pas te tuer. Si, encore une fois, tu sautais dans ce trou, je ne le ferais plus, à condition que tu sois aussi raisonnable. Mais d’abord, tu n’as été pour moi qu’une idée, une combinaison née dans mon cerveau et qui a suscité une résolution ; c’est cette combinaison que j’ai poignardée. À présent, je m’aperçois pour la première fois que tu es un homme comme moi. J’ai pensé à tes grenades, à ta baïonnette et à tes armes ; maintenant c’est ta femme que je vois, ainsi que ton visage et ce qu’il y a en nous de commun. Pardonne-moi camarade. Nous voyons les choses toujours trop tard. Pourquoi ne nous dit-on pas sans cesse que vous êtes de pauvres chiens comme nous, que vos mères se tourmentent comme les nôtres et que nous avons tous la même peur de la mort, la même façon de mourir et les mêmes souffrances ? Pardonne-moi camarade, comment as-tu pu être mon ennemi ? Si nous jetions ces armes et cet uniforme, tu pourrais être mon frère, tout comme Kat et Albert. Prends vingt ans de ma vie, camarade et lève-toi… Prends-en davantage, car je ne sais pas ce que, désormais, j’en ferai encore ». (…)
Tant que j’ignore son nom, je pourrai peut-être encore l’oublier ; le temps effacera cette image. Mais son nom est un clou qui s’enfoncera en moi et que je ne pourrai plus arracher. Il a cette force de tout rappeler, en tout temps ; cette scène pourra toujours se reproduire et se présenter devant moi. Sans savoir que faire, je tiens dans ma main le portefeuille. Il m’échappe et s’ouvre. Il en tombe des portraits et des lettres. Je les ramasse pour les remettre en place ; mais la dépression que je subis, toute cette situation incertaine, la faim, le danger, ces heures passées avec le mort ont fait de moi un désespéré. (…) Ce mort est lié à ma vie ; c’est pourquoi je dois tout faire et tout promettre, pour me sauver ; je jure aveuglément que je ne veux exister que pour lui et pour sa famille. Les lèvres humides, c’est à lui que je m’adresse et, ce faisant, au plus profond de moi-même réside l’espoir de me racheter par là et peut-être ici encore d’en réchapper, avec aussi cette petite ruse qu’il sera toujours temps de revenir sur ces serments. J’ouvre le livret et je lis lentement : « Gérard Duval, typographe. »
J’inscris avec le crayon du mort l’adresse sur une enveloppe et puis, soudain, je m’empresse de remettre le tout dans sa veste.
J’ai tué le typographe Gérard Duval. Il faut que je devienne typographe, pensé-je tout bouleversé, que je devienne typographe, typographe… »
 
Erich Maria Remarque (1898-1970), « A l'Ouest rien de nouveau », 1928.

Le bilan humain de la Première Guerre mondiale s'élève à environ dix millions de morts et environ huit millions d’invalides, soit environ 6 000 morts par jour. Proportionnellement, en nombre de combattants tués, la France est le pays le plus touché avec 1,45 million de morts et de disparus, et 1,9 million de blessés, la plupart lourds (obus, tympans, gaz toxiques), soit 30 % de la population active masculine (18-65 ans), la plupart des hommes jeunes de 17 à 45 ans, qui n'auront jamais d'enfants.

En comptant les pertes civiles, la Serbie et la Roumanie, qui ont subi des occupations militaires et des famines, ont été encore plus durement touchées, perdant 6 à 10 % de leur population totale. Les pertes anglaises (colonies comprises) s'élèvent à 1,2 million de tués. Cette saignée s’accompagne d’un déficit des naissances considérable. Le déficit allemand s'élève à 5 436 000, le déficit français à 3 074 000, le déficit russe est le plus élevé et atteint 26 millions. Ainsi, de 25 % de la population mondiale en 1914, l'Europe tombe à 24 % en 1919-1920 et surtout à environ 20 % en 1939.

La stagnation démographique française se prolonge, avec un vieillissement de la population qui ne cesse de croître qu’avec le recours à l’immigration, principalement d'origine italienne, polonaise et espagnole. Ces immigrants participent à la reconstruction d’un pays dont le Nord est en ruines. Apparaît également le phénomène nouveau des gueules cassées, nom donné aux mutilés de guerre qui survivent grâce aux progrès de la médecine tout en gardant des séquelles physiques graves. L’intégration de ces victimes de guerre en nombre à la société doit alors se faire au moyen de nouvelles lois et d'organismes comme l'Union des blessés de la face. On compte alors en France de 10 000 à 15 000 grands blessés de la face.

Au Royaume-Uni, des sculpteurs, comme Francis Derwent Wood, fabriquent des masques pour rendre un aspect humain aux soldats blessés. Les sociétés d'après-guerre vont garder les marques vivantes de la guerre de nombreuses années encore.

Otto Dix - Invalides
Otto Dix - Invalides

Otto Dix - Invalides

Lovis Corinth - Le Christ rouge

Lovis Corinth - Le Christ rouge

Après la guerre de nombreux artistes allemands vont trouver dans la représentation du Christ martyr une évocation de l'humanité en souffrance au-delà de toute considération religieuse. Lovis Corinth, même s'il n'a pas participé à la guerre illustre bien ce mouvement notamment à travers son Christ Rouge.

En parallèle à la guerre nait en Suisse le mouvement Dada:

Succédant à des révoltes individuelles et solitaires contre la civilisation occidentale — Arthur Rimbaud a « assis la beauté sur ses genoux et l'a trouvée amère » —, cristallisée par l'épreuve du conflit de 1914-1918, la contestation culturelle de Dada se manifeste par la truculence provocatrice et la dérision, souvent au cours de manifestations publiques. Hannah Höch qui dessinait des patrons de couturier pour une revue, les utilisait en découpage sauvage pour en faire des collages politiques.

Pour la première fois, les femmes sont acceptées comme artistes à part entière, camarades de jeu et complices des manifestations, « traitées comme des collègues » et non plus seulement comme des amantes, des « amatrices douées » ou des « objets de sublimation dans l'art ».

 

Source: http://www.museedelaguerre.ca/cwm/exhibitions/guerre/official-art-f.aspx, Wikipédia


Dada
Dada

Dada

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Rédigé par rafael

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Publié le 11 Décembre 2017

Néron face aux torches humaines
Néron face aux torches humaines

Néron face aux torches humaines

Orgy à Capri Tibere
Orgy à Capri Tibere

Orgy à Capri Tibere

Henryk Siemiradzki est né en 1843 en Ukraine près de Kharkov, est mort en 1902. Polonais et sujet de l'Empire russe c’est un des grands peintres de style académique de la Russie du XIXe. Il est particulièrement connu pour ses représentations de scènes de l'antiquité gréco-romaine et notamment de la période des empereurs décadents de Néron à Tibère. A ce titre il excelle dans l’évocation de cet empire romain de tous les excès où le sang côtoie le sexe et la violence.

Martyre chrétienne
Martyre chrétienne

Martyre chrétienne

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Rédigé par rafael

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Publié le 18 Avril 2017

Le Triomphe de la Mort, Brueghel

Le Triomphe de la Mort, Brueghel

La peste noire ou mort noire est le nom donné par les historiens modernes à une grande épidémie de peste médiévale, au milieu du XIVe siècle, principalement bubonique, causée par la bactérie Yersinia pestis. Cette épidémie a touché l'Asie, le Moyen-Orient, l'Afrique du Nord, et l'Europe. Elle n'est ni la première ni la dernière épidémie de peste, mais elle est la seule à porter ce nom. En revanche, elle est la première grande épidémie de l'histoire à avoir été bien décrite par les chroniqueurs contemporains.

On estime que la peste noire a tué entre 30 et 50 % de la population européenne en cinq ans (1347-1352) faisant environ vingt-cinq millions de victimes. Cette épidémie eut des conséquences durables sur la civilisation européenne, d'autant qu'après cette première vague, la maladie refit ensuite son apparition dans les différents pays touchés.

Cette peste noire est considérée comme le début explosif et dévastateur de la deuxième pandémie de peste qui dura, de façon plus sporadique, jusqu'au début du XIXe siècle.

Le triomphe de la Mort, détails
Le triomphe de la Mort, détails

Le triomphe de la Mort, détails

La peste noire se répandit comme une vague et ne s’établit pas durablement aux endroits touchés. Le taux de mortalité moyen d’environ trente pour cent de la population totale, et de soixante à cent pour cent de la population infectée, est tel que les plus faibles périssent rapidement, et le fléau ne dure généralement que six à neuf mois.

Depuis Marseille, en novembre 1347, elle gagna rapidement Avignon, en janvier 1348, alors cité papale et carrefour du monde chrétien : la venue de fidèles en grand nombre contribuant à sa diffusion. Début février, la peste atteint Montpellier puis Béziers. Le 16 février 1348, elle est à Narbonne, début mars à Carcassonne, fin mars à Perpignan. Fin juin, l'épidémie atteint Bordeaux. À partir de ce port, elle se diffuse rapidement à cause du transport maritime. L'Angleterre est touchée le 24 juin 1348. Le 25 juin 1348, elle apparaît à Rouen, puis à Pontoise et Saint-Denis. Le 20 août 1348, elle se déclare à Paris. En septembre, la peste atteint le Limousin et l'Angoumois, en octobre le Poitou, fin novembre Angers et l'Anjou. En décembre, elle est apportée à Calais depuis Londres. En décembre 1348, elle a envahi toute l’Europe méridionale, de la Grèce au sud de l'Angleterre. L'hiver 1348-1349 arrête sa progression, avant qu'elle resurgisse à partir d'avril 1349.

En décembre 1349, la peste a traversé presque toute l’Allemagne, le Danemark, l’Angleterre, le Pays de Galles, une bonne partie de l’Irlande et de l’Écosse. Elle continue ensuite sa progression vers l'est et vers le nord dévastant la Scandinavie en 1350, puis l'Écosse, l'Islande ou le Groenland, s'arrêtant aux vastes plaines inhabitées de Russie en 1351.

Jérôme Bosch - L'enfer - Détails des tableaux: Le Chariot de Foin  et Le Jardin des Délices

Jérôme Bosch - L'enfer - Détails des tableaux: Le Chariot de Foin et Le Jardin des Délices

Ibn Khaldoun, philosophe et historien musulman du XIVe siècle évoque dans son autobiographie la perte de plusieurs membres de sa famille dont sa mère en 1348 et son père en 1349, de ses amis et de ses professeurs à cause de la peste. Il évoquera à plusieurs reprises ces événements tragiques, notamment dans la Muqaddima (traduite en Prolégomènes) :

« Une peste terrible vint fondre sur les peuples de l'Orient et de l'Occident ; elle maltraita cruellement les nations, emporta une grande partie de cette génération, entraîna et détruisit les plus beaux résultats de la civilisation. Elle se montra lorsque les empires étaient dans une époque de décadence et approchaient du terme de leur existence ; elle brisa leurs forces, amortit leur vigueur, affaiblit leur puissance, au point qu'ils étaient menacés d'une destruction complète. La culture des terres s'arrêta, faute d'hommes ; les villes furent dépeuplées, les édifices tombèrent en ruine, les chemins s'effacèrent, les monuments disparurent ; les maisons, les villages, restèrent sans habitants ; les nations et les tribus perdirent leurs forces, et tout le pays cultivé changea d'aspect. »

Mattias Günewald - La tentation de Saint-Antoine

Mattias Günewald - La tentation de Saint-Antoine

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Rédigé par rafael

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Publié le 19 Février 2017

Europe - 1944-2019 - Portrait d'une histoire

 

Europe - 1944-2016 - Portrait d'une histoire

1944 La Libération de l’Europe, Paris

1944, Libération de Paris, Henri Cartier-Bresson1944, Libération de Paris, Henri Cartier-Bresson
1944, Libération de Paris, Henri Cartier-Bresson1944, Libération de Paris, Henri Cartier-Bresson

1944, Libération de Paris, Henri Cartier-Bresson

24 Août 1944, les Espagnols de la Nueve pénètrent dans Paris en rébellion, depuis le 19 Août Paris s’est soulevé contre l’occupation. Des barricades parsèment les rues de la capitale française, des combats ont lieu devant l’Hôtel-de-Ville, sur l’Île de la Cité, en bas des Champs-Elysées. La Nueve et le reste de la 2e DB remontent depuis les portes d’Italie et d’Orléans vers le centre de Paris. La Nueve rejoint les FFI devant l‘Hôtel de Ville. Le 25 Août les américains rentrent dans Paris.

Henri Cartier-Bresson est à Paris en Août 1944, les quartiers de Ménilmontant, les Batignoles, Saint-Germain-des-Prés lui ont été attribués.  Il parcourt les rues à vélo et se fait le témoin de la défaite allemande, de la victoire des alliés, des scènes d’épuration souvent sauvages, du défilé de De Gaulle sur les Champs Elysées. Il roule entre les barricades de la rue de Rivoli et se trouve face aux officiers allemands les bras levés, il est rue de Castiglione au milieu des étudiants et des résistants, au Jardin du Palais-Royal avec les FFI sous les tirs des derniers francs-tireurs. Et puis sur les Champs-Elysées face à De Gaulle, un tirailleur sénégalais à sa droite.

La libération de l’Europe se fait lentement et surement. La guerre a ravagé le continent depuis 5 ans. Les troupes alliées au sud, à l’est et à l’Ouest avancent face aux troupes de l’axe. Allemands, italiens, hongrois, polonais, russes, anglais, français, toutes les nations du continent se mêlent dans une danse macabre.

1945 Allemagne, année zéro

1945, Allemagne année 0, Werner Bischof1945, Allemagne année 0, Werner Bischof
1945, Allemagne année 0, Werner Bischof1945, Allemagne année 0, Werner Bischof

1945, Allemagne année 0, Werner Bischof

25 Août 1945, les armées soviétiques s’enfoncent dans le cœur de la capitale allemande, les combats sont violents, les pertes nombreuses. Les jours suivants sont éprouvants, autour du Reistag les dernières forces SS livrent un combat à mort. Allemands, mais aussi hollandais, scandinaves, français et baltes défendent le bâtiment et ses abords. Les dernières poches de résistance sont écrasées sous les obus de l’Armée Rouge.

C’est la fin de la guerre. L’Europe est exsangue. Varsovie sous les cendres. Berlin complètement détruite. Hambourg, Dresde, Le Havre, Rotterdam n’offrent que des silhouette disloqués, pilonnées par l’aviation alliée, les bombardements et les combats. La guerre Totale que se sont livrées les belligérants ne laisse qu’un champ de ruines.

Werner Bischof de 1944 à 1945 sillonne l’Europe témoin de la misère du peuple européen.

 « Il fallait que je parte, que j'apprenne à connaître le véritable visage du monde. Notre petite vie confortable empêchait un grand nombre de gens de voir l'immense détresse en dehors de nos frontières. On versait sa contribution aux œuvres d'entraide humanitaire, ainsi l'on se sentait dispensé de toute réflexion. Le visage de l'homme souffrant est passé au premier plan…

À la maison, j'ai regardé avec mélancolie les photos délicates que j'avais faites avant la guerre et qui m'avaient valu tant de louanges de la part de mon entourage - mais dans mon esprit je voyais les centaines de milliers de malheureux anéantis par la misère quotidienne et qui avaient besoin de notre aide. » Werner Bischof, Autobiographie.

Il nous restitue l’image de Berlin juste après la libération, la Ville est en grande partie détruite, la population désespérée. Bientôt les soviétiques déménageront les usines allemandes vers la Russie, laissant une ville détruite, sans industries, vide.

1945 Les Camps

1945, les Camps.1945, les Camps.
1945, les Camps.1945, les Camps.

1945, les Camps.

"J'ai donc touché le fond. On apprend vite en cas de besoin à effacer d'un coup d'éponge passé et futur. Au bout de quinze jours de Lager, je connais déjà la faim réglementaire, cette faim chronique que les hommes libres ne connaissent pas, qui fait rêver la nuit et s'installe dans toutes les parties de notre corps ; j'ai déjà appris à me prémunir contre le vol, et si je tombe sur une cuillère, une ficelle, un bouton que je puisse m'approprier sans être puni, je l'empoche et le considère à moi de plein droit. Déjà sont apparues sur mes pieds les plaies infectieuses qui ne guériront pas. Je pousse des wagons, je manie la pelle, je fond sous la pluie et je tremble dans le vent. Déjà mon corps n'est plus mon corps. J'ai le ventre enflé, les membres desséchés, le visage bouffi le matin et creusé le soir ; chez certains, la peau est devenue jaune, chez d'autres, grise ; quand nous restons trois ou quatre jours sans nous voir, nous avons du mal a nous reconnaître."

Primo Levi - Si c'est un homme - Citations et extraits

Les premiers témoignages seront des photos de soldats, puis des reportages ouvriront le regard du monde, mais pour un temps très court. La Shoa entrera dans la mémoire des européens et du monde peu à peu. Après-guerre l’histoire des camps ne fera pas explicitement référence aux juifs et à l’extermination programmé par les Nazis. La mémoire s’est construite à partir du procès d’Eichmann en 1961 et de la diffusion de nombreux films et reportages dans les années 70 à la télévision, pour aboutir en 1985 à la diffusion du documentaire Shoah de Claude Lanzmann. Aujourd’hui la Shoah constitue un moment de l’histoire, un fondement de notre mémoire.

1947 La Guerre civile en Grèce

1948, Guerre Civile en Grèce.

1948, Guerre Civile en Grèce.

1947, la guerre se poursuit dans les montagnes de Grèce entre les partisans communistes soutenue par l’Union Soviétiques, les Yougoslaves de Tito et le gouvernement mis en place par les Anglais et les américains. Symbole de la séparation en cours du continent, elle marque l’affrontement entre les deux blocs issus de la seconde guerre mondiale. Cette guerre se soldera par la défaite en 1948 des partisans et leur exil (80 à 100 000 personnes) vers la Yougoslavie, la Russie, L’Allemagne de l’Est. 

L’Europe est coupé en deux : à l’Est, l’Union-Soviétique s’est agrandi de la Lettonie, de la Lituanie, de l’Estonie et d’une bande de 200 km au cœur de l’Europe au dépend de la Pologne conformément au pacte germano-soviétique de 1940, ses satellites sont en cours de normalisation : Pologne, Allemagne de l’Est, Roumanie, Bulgarie, Hongrie et Tchécoslovaquie. En face le bloc de l’Ouest s’organise sous la domination américaine.

1954  La guerre d’Indochine

1954, guerre d'Indochine, Robert Capa.1954, guerre d'Indochine, Robert Capa.
1954, guerre d'Indochine, Robert Capa.1954, guerre d'Indochine, Robert Capa.

1954, guerre d'Indochine, Robert Capa.

Depuis 1946 la France s’est embourbée dans une guerre lointaine, difficile et ruineuse face aux forces du Vietminh soutenues par l’URSS et la Chine. C’est le début de la fin des empires coloniaux. L’Europe exsangue, ravagée par la guerre accorde l’indépendance à ces peuples qui ont contribué à la victoire de 1945 et qui, pour certains ont été occupées par les forces de l’axe. En 1947 l’Inde devient indépendante, l’Indonésie en 1949.  Après la défaite des armées française en 1954, le Viet Nam Nord devient indépendant suivi bientôt par le Viet Nam Sud, le Cambodge et le Laos en 1956. Mais l’Europe s’accroche encore, du 31 octobre au 1er novembre 1954 c’est la Toussaint Rouge qui marque le début de la guerre en Algérie. L’Europe de l’ouest hésite entre son passé colonial et un nouveau destin qui s’ouvre à elle : la construction européenne.

1954, Robert Capa, photoreporter pour Life, parcours le Vietnam. Il s’écarte de la route pour prendre une photo d’un groupe de soldat français, une mine explose emportant l’un des plus grands photographes du XXe siècle.

1950s : Allemagne la reconstruction

1950s, Allemagne, Chargesheimer .1950s, Allemagne, Chargesheimer .
1950s, Allemagne, Chargesheimer .1950s, Allemagne, Chargesheimer .

1950s, Allemagne, Chargesheimer .

L’Europe se reconstruit, à l’Ouest sous l’impulsion du plan Marshall et à l’Est selon les méthodes soviétiques. Des milliers d’immeubles et d’usines sont construits pendant ces années.  Les quartiers et les villes de la reconstruction changent le paysage urbain de l’Europe. L’architecture moderne triomphe, la construction des barres et des tours accompagne un développement économique qui marque à l’ouest le début des « trente glorieuses ».

Chargesheimer, originaire de Cologne, parcours l’Allemagne durant les années 50, photographiant un monde en pleine transformation.

1950s Les vacances en France

1950s, Les vacances en France, Marc Riboud.
1950s, Les vacances en France, Marc Riboud.1950s, Les vacances en France, Marc Riboud.

1950s, Les vacances en France, Marc Riboud.

C’est le bonheur après la guerre. Loin des conflits coloniaux qui marquent la fin des empires, l’Europe de l’Ouest s’enrichit. La France, l’Allemagne de l’Ouest, l’Angleterre, les pays du Benelux, la Scandinavie découvrent les avantages d’une société tournée vers l’émergence d’une classe moyenne aisée et portée par le modernisme.

En 1951, Marc Riboud intègre la célèbre Agence Magnum, pendant les années 50 il parcourt l’Europe. En France il se fait le témoin du retour de la douceur de vivre, des congés payés et des séjours en bord de mer. Le pays amorce sa mu, la société de consommation émerge en Europe.

1950 Yougoslavie, Leeds, Portugal, Espagne : l’autre Europe

1953, Yougoslavie, Marc Riboud1953, Yougoslavie, Marc Riboud

1953, Yougoslavie, Marc Riboud

Marc Riboud poursuit ses voyages, il découvre une Yougoslavie plurielle à la fois profondément traditionnel et en pleine mutation sous l’impulsion du collectivisme et d’une politique menée par un Tito de plus en plus indépendant.

1954, Leeds, Marc Riboud.1954, Leeds, Marc Riboud.

1954, Leeds, Marc Riboud.

A Leeds en Angleterre il découvre un pays en plein développement industriel, porté par l’industrie minière, fer de lance de l’économie locale. Les paysages changent, les campagnes reculent, l’industrie prend son essor.

1954, Portugal, Dieuzaine.1954, Portugal, Dieuzaine.

1954, Portugal, Dieuzaine.

1958, Galice, Dieuzaine. 1958, Galice, Dieuzaine.

1958, Galice, Dieuzaine.

Pendant que Marc Riboud parcourt l’Europe, un autre photographe, Dieuzaide, parti de Toulouse se fait le témoin d’un autre monde. L’Espagne et le Portugal vivent sous la coupe des derniers régimes fascistes d’Europe, Franco règne à Madrid, Salazar à Lisbonne. La société reste profondément agricole, conservatrice, passéiste et catholique.

1956 La Révolution de Budapest

1956, Budapest, la Révolution.1956, Budapest, la Révolution.
1956, Budapest, la Révolution.1956, Budapest, la Révolution.

1956, Budapest, la Révolution.

La révolte traverse les pays de l’Est en cette année 1956, en Pologne c’est à Poznan que les manifestations ouvrières commencent avant de se généraliser à tout le pays. En Hongrie ce sont les étudiants qui descendent dans la rue pour renverser le gouvernement. Très vite le mouvement bascule dans la violence, des milices affrontent les forces prosoviétiques puis bientôt l’Armée rouge. La résistance hongroise s’organise en plein hiver pour résister à l’invasion soviétique mais elle finit écrasée par les chars. La purge se poursuit au début de 1957. La chape de plomb retombe avec force sur le pays.

1961 Le mur de Berlin

1961, le mur de Berlin, Léon Herschritt.1961, le mur de Berlin, Léon Herschritt.
1961, le mur de Berlin, Léon Herschritt.1961, le mur de Berlin, Léon Herschritt.

1961, le mur de Berlin, Léon Herschritt.

Léon Herschtritt arrive à Berlin en Décembre 1961 peu après l’édification du mur. L’Europe est définitivement divisée en deux. La République Démocratique Allemande sous le contrôle des soviétiques ferme définitivement ses portes. L’Europe de l’Est vit sous l’autorité de Moscou. En face l’Europe de l’Ouest en cours d’unification est un nain politique. L’Allemagne de l’Ouest est occupée par les forces américaines, britanniques et françaises ; Washington impose sa politique tout en protégeant les européens de l’ouest d’une invasion soviétique. La Guerre Froide s’installe durablement.

1960s La nouvelle Vague

1960s, La Nouvelle Vague. 1960s, La Nouvelle Vague.
1960s, La Nouvelle Vague. 1960s, La Nouvelle Vague.

1960s, La Nouvelle Vague.

C’est en France, à travers La Nouvelle Vague qui surgit au Cinéma que la nouvelle civilisation européenne s’exprime le mieux : libération de la femme, liberté, conscience politique, réalisme, modernisme. Ce mouvement préfigure la fin des années 60 et le renouveau des années 70. Un monde prospère, une jeunesse éduquée et joyeuse s’exprime à l’écran.

1962 L'Indépendance de l’Algérie

1962, Indépendance de l'Algérie, Marc Riboud.1962, Indépendance de l'Algérie, Marc Riboud.
1962, Indépendance de l'Algérie, Marc Riboud.1962, Indépendance de l'Algérie, Marc Riboud.

1962, Indépendance de l'Algérie, Marc Riboud.

C’est fini, la page est tournée. Les dernières puissances coloniales, la France et la Grande-Bretagne accordent l’indépendance à leurs dernières colonies en Afrique. Seul, isolé et rêvant d'une autre époque, le Portugal de Salazar poursuivra la guerre jusqu’à la chute du dictateur en 1975.

En 1962, c’est l’indépendance de l’Algérie qui clôt le mouvement engagé depuis 1945 et qui mène à l’indépendance plus de 50 pays à travers le monde. L’Europe tourne le dos à ses empires et se consacre à la construction d’une Europe unie sous la protection des Etats-Unis. Elle conserve des liens privilégiés avec certaines de ses anciennes colonies. Le néo-colonialisme perdure encore aujourd’hui. Ces indépendances entraîneront le retour vers le continent de plus d’1 million d’européen, parfois né sur ces terres lointaines.

Marc Riboud est le témoin de ce changement profond, il est là au moment du vote qui consacre le basculement du pays.

1960s La France des trente glorieuses

1960s, la France des Trente glorieuses, Dieuzaine1960s, la France des Trente glorieuses, Dieuzaine
1960s, la France des Trente glorieuses, Dieuzaine1960s, la France des Trente glorieuses, Dieuzaine

1960s, la France des Trente glorieuses, Dieuzaine

Les années 60 marquent le décollement économique de l’Europe de l’Ouest qui a rattrapé son retard technologique et industrielle avec les Etats-Unis. La recherche, l’éducation, la consommation, l’accès des femmes au travail, l’arrivée massive de la voiture, l’expansion urbaine marquent profondément cette époque. La télévision envahit les foyers. L’Allemagne retrouve sa puissance économique d’avant-guerre.

Dieuzaide se fait le témoin de cette transformation en illustrant l’aventure franco-britannique du Concorde et en suivant la construction du paquebot France.

1962 Italie, les années de plomb

1962, Italie, Mario Giacomelli. 1962, Italie, Mario Giacomelli.
1962, Italie, Mario Giacomelli. 1962, Italie, Mario Giacomelli.

1962, Italie, Mario Giacomelli.

L’Italie du début des années 60 concentre les paradoxes d’une Europe en plein développement et en pleine crise d’identité. Débordé sur sa gauche par un grand nombre d’organisations marxistes le Parti Communiste Italien ne peut et ne veut pas empêcher la violence. Les années de plomb s’installent en Europe du début des années 60 à la fin des années 80. Elles seront marquées par des attentats, des enlèvements tant de la part des mouvements d’extrême-droite que d’extrême-gauche. L’ETA Portée par la lutte contre Franco en Espagne, les mouvements indépendantistes irlandais comme l’IRA, les Brigades Rouges en Italie, Action Directe en France, la Bande à Bader en Allemagne s’opposent à une société traditionaliste, pro-américaine et capitaliste.

A cette époque Mario Giacomelli illustre à travers ses photos l’Italie traditionnelle mais aussi cette peur de la mort, cette vie en suspens, cette attente de l’autre.

1965 Pays de Galles, Angleterre

1965, Pays-de-Galles, Bruce Davidson.1965, Pays-de-Galles, Bruce Davidson.
1965, Pays-de-Galles, Bruce Davidson.1965, Pays-de-Galles, Bruce Davidson.

1965, Pays-de-Galles, Bruce Davidson.

Bruce Davidson de l’agence Magnum parcours le Pays-de-Galles en 1965 illustrant le revers du développement économique de l’Europe, la misère des classes ouvrières, le dénuement des familles. L’envers du miroir du miracle européen. La misère ouvrière alimente les revendications sociales de différents mouvements révolutionnaires.   

1965-1967, L'Angleterre de Tony Ray-Jones.1965-1967, L'Angleterre de Tony Ray-Jones.
1965-1967, L'Angleterre de Tony Ray-Jones.1965-1967, L'Angleterre de Tony Ray-Jones.

1965-1967, L'Angleterre de Tony Ray-Jones.

Tony Ray-Jones, photographe anglais, illustre la face heureuse du miracle économique, celle des classes moyennes et supérieurs qui s’installent dans cette nouvelle prospérité. La fracture est nette entre les deux mondes. 

1968 Paris Mai 68 

1968, Paris, Marc Riboud.1968, Paris, Marc Riboud.
1968, Paris, Marc Riboud.1968, Paris, Marc Riboud.

1968, Paris, Marc Riboud.

1968 marque une rupture, portée par la génération du baby-boom né après la guerre, contre les classes dirigeantes, une société qui reste profondément patriarcale, sous domination américaine. Si le mouvement est initié par les étudiants parisiens il devient vite national et est rejoint par les ouvriers et une partie des français. Il se fait l’écho de mouvements similaires en Italie et en Allemagne qui n’auront pas l’ampleur de « Mai 68 ».

Marc Riboud parcourt les rues de Paris et de la banlieue ouvrière, témoin de ce mouvement profond de la société française.

1968 Prague

1968, Prague, Koudelka.1968, Prague, Koudelka.
1968, Prague, Koudelka.1968, Prague, Koudelka.

1968, Prague, Koudelka.

A Prague l’arrivée de Dubcek au pouvoir en Janvier amorce un changement profond dans le régime en place. Le pays s’ouvre aux libertés économiques, politiques et individuels. L’espoir nait au cœur du bloc soviétique, mais cet espoir sera de courte durée. En Août, les chars du Pacte de Varsovie envahissent le pays. Les soviétiques renversent le pouvoir et imposent une normalisation complète du pays.

Koudelka est l’un des témoins les plus importants de cette période. Ces images feront le tour du monde illustrant l’effondrement du rêve d’un monde meilleur. Il quittera son pays en 1970 devenant apatride et parcourant le reste du monde.

1970s Une nouvelle société occidentale

1970s, Amsterdam,  Ed van der Elsken
1970s, Amsterdam,  Ed van der Elsken1970s, Amsterdam,  Ed van der Elsken
1970s, Amsterdam,  Ed van der Elsken1970s, Amsterdam,  Ed van der Elsken

1970s, Amsterdam, Ed van der Elsken

Ed van der Elsken se pose entre deux voyages à travers le monde, il est le témoin du basculement de l’Europe de l’Ouest vers une société empreinte de libertés individuelles, loin du conformisme des années 50. L’époque change, la société aussi prônant, une plus grande place pour les femmes, l’égalité entre les sexes, la liberté de pensée et une culture ouverte et plurielle.

1974 la Révolution des Œillets

1974, Révolution des Oeillets, Anonymes.
1974, Révolution des Oeillets, Anonymes. 1974, Révolution des Oeillets, Anonymes.

1974, Révolution des Oeillets, Anonymes.

C’est la fin de Salazar, de la dictature et des guerres coloniales. Des militaires de gauche renversent le vieux dictateur et provoquent un bouleversement profond dans la société. Le Portugal bascule dans le monde moderne, celui de la démocratie, de la société de consommation, de l’ouverture à l’Europe.

Dernière étape de la décolonisation, les colonies portugaises, Angola et Mozambique accèdent à l’indépendance après des années de guerres.

1975 L'Espagne change

1971-1977, Espagne, Koudelka.1971-1977, Espagne, Koudelka.
1971-1977, Espagne, Koudelka.1971-1977, Espagne, Koudelka.

1971-1977, Espagne, Koudelka.

En 1975, Franco meurt. L’Espagne va basculer en quelques années d’un monde marqué par le franquisme vers une nouvelle aventure, adoptant un système démocratique, rejoignant les instances Européenne, ouvrant ses frontières et basculant dans un nouveau monde.

Après la révolution des Œillets au Portugal et la chute des Colonels en Grèce, c’est la fin du fascisme en Europe.

Koudelka parcours l’Espagne et nous donne une vision personnelle de ce pays encore traditionnel, marqué par 40 années de Franquisme. Mais l’espoir est là qui ouvre de nouveaux horizons à l’un des derniers pays fascistes d’Europe.

1978 Italie

1978, Italie,  Franco Fontana .1978, Italie,  Franco Fontana .
1978, Italie,  Franco Fontana .1978, Italie,  Franco Fontana .

1978, Italie, Franco Fontana .

Comme dans le reste de l’Europe, en Italie la population agricole représente un quart de la population dans les années 50, au milieu des années 70 elle n’en représente plus que 10 %. L’exode vers les villes a laissé une campagne vide, en partie industrialisée, rationnalisée, apte à nourrir des centaines de millions d’européens.

Franco Fontana, illustre à travers ses photos de paysages la transformation profonde de la société italienne.

1980 Glasgow, la crise

1980, Glasgow, Raymond Depardon.1980, Glasgow, Raymond Depardon.
1980, Glasgow, Raymond Depardon.1980, Glasgow, Raymond Depardon.

1980, Glasgow, Raymond Depardon.

La crise économique issue de la hausse des cours du pétrole en 1974 et 1980 frappe les classes ouvrières de plein fouet. Le chômage explose et l’image d’une Europe de l’Ouest prospère et à l’abri se fissure. Le taux de chômage en Grande Bretagne dépasse les 10%. Les régions minières sont les premières touchées. Les restructurations profondes de ce secteur entraineront des grèves sans fin et une lutte finalement inutile. Toute une partie de l’industrie minière et sidérurgique européenne disparait. Les régions qui ont assis leur prospérité sur le charbon et la sidérurgie basculent dans la précarité et le chômage.

Raymon Depardon témoigne sans concession à Glasgow de la paupérisation de cette classe laborieuse.

1980s L'Europe des villes

1980s, L'Europe de Thomas Struth. Genève, Desseau, Dublin, Liebliz, Dusseldorf.1980s, L'Europe de Thomas Struth. Genève, Desseau, Dublin, Liebliz, Dusseldorf.
1980s, L'Europe de Thomas Struth. Genève, Desseau, Dublin, Liebliz, Dusseldorf.1980s, L'Europe de Thomas Struth. Genève, Desseau, Dublin, Liebliz, Dusseldorf.1980s, L'Europe de Thomas Struth. Genève, Desseau, Dublin, Liebliz, Dusseldorf.

1980s, L'Europe de Thomas Struth. Genève, Desseau, Dublin, Liebliz, Dusseldorf.

1980, Thomas Struth, photographe allemand, peut commencer à arpenter les rues des villes européennes, somptueux décors du vieux continent. Il parcourt le monde figé d’une immense mégalopole de plusieurs dizaines de millions d’habitants. Villes anciennes, modernes, barres, tours, maisons forment un nouveau paysage urbain.

Ils étaient 65% à vivre en ville en 1960, 75 % en 1980, ils seront 80% en 2015. L’urbanisation de l’Europe aura été une prodigieuse aventure durant ces années. D’erreurs en réussites il transformera durablement la vie de millions d’habitants. 

Aujourd’hui, le cœur de l’Europe est constitué d’un immense océan de villes englobant Londres, la Belgique, les Pays-Bas, Rotterdam, Paris, la Ruhr, Francfort, Stuttgart, la Suisse jusqu’à Milan. Dans ce ring vivent et travaillent 100 millions d’européens.

1980s Solidarnosc

1980s, la Pologne de Solidarsnoc, Anonymes.1980s, la Pologne de Solidarsnoc, Anonymes.
1980s, la Pologne de Solidarsnoc, Anonymes.1980s, la Pologne de Solidarsnoc, Anonymes.

1980s, la Pologne de Solidarsnoc, Anonymes.

1980, la Pologne bascule dans les grèves. Solidarnosc, syndicat indépendant du pouvoir, mobilise plus de 10 millions de salariés. Le syndicat ouvert et militant prône l’autogestion des entreprises et l’ouverture du pays à la démocratie.

« Nous sommes en faveur d'un socialisme progressiste, ouvrier, pour un développement harmonieux et équitable de la Pologne, déterminé collectivement par l'ensemble du monde du travail (...) Nous ne voulons pas changer de système, mais nous nous orientons vers la réalisation d'un ordre social qui serait authentiquement ouvrier et socialiste. »

Le 14 décembre 1981 les principaux leaders du syndicat sont arrêtés. L’état policier à la botte du pouvoir soviétique écrase le mouvement syndical. Solidarnosc poursuit son action dans la clandestinité.  De nouvelles grèves en 1988 contraindront le gouvernement à négocier. Le syndicat est légalisé en 1989 et peut participer aux premières élections libres depuis la fin de la guerre. Le bloc soviétique s’effondre sous les coups des peuples.

1986 Tchernobyl

1986, Tchernobyl, Guillaume Herbault1986, Tchernobyl, Guillaume Herbault
1986, Tchernobyl, Guillaume Herbault1986, Tchernobyl, Guillaume Herbault

1986, Tchernobyl, Guillaume Herbault

26 Avril 1986, un mythe s’effondre. L’URSS se lézarde, et dans la centrale nucléaire de Tchernobyl la plus grave catastrophe industrielle commence. Le cœur nucléaire s’emballe. Le nuage radioactif traversera toute l’Europe. Tchernobyl marque symboliquement le début de la fin du régime soviétique.

Guillaume Herbault parcourt depuis 2001 le site déserté et à l’abandon.

1989 Berlin, la chute du mur

1989, Chute du mur à Berlin , Raymond Depardon.
1989, Chute du mur à Berlin , Raymond Depardon.1989, Chute du mur à Berlin , Raymond Depardon.

1989, Chute du mur à Berlin , Raymond Depardon.

1989 marque la fin d’un monde. Le bloc soviétique s’effondre, les pays d’Europe de l’Est basculent dans l’indépendance. Ils s’ouvrent à la démocratie et au capitalisme. Dans une liesse populaire indescriptible le mur de Berlin s’effondre.

Raymond Depardon est là, au milieu de la foule des berlinois, en cet instant où l’histoire de l’Europe bascule.

1989 La Révolution Roumaine

1989, révolution roumaine, Anonymes.
1989, révolution roumaine, Anonymes.1989, révolution roumaine, Anonymes.

1989, révolution roumaine, Anonymes.

1989, un mouvement de liberté traverse tous les pays du bloc de l’Est, parfois pacifiquement d’autre fois plus violement. En Roumanie la révolte est violente et armée. La population renverse sans ménagement le régime en place. Les affrontements font plusieurs centaines de morts.

Mais ce mouvement se poursuivra, ouvrant la voie à l’éclatement de l’URSS, la fin de la guerre froide, l’indépendance des pays Baltes, de l’Ukraine et de la Biélorussie.

A partir de 2004 les pays de l’Est rejoindront l’Union Européenne.

1990s Espagne la Movida

1990s, L'Espagne de Pedro Almodovar .1990s, L'Espagne de Pedro Almodovar .
1990s, L'Espagne de Pedro Almodovar .1990s, L'Espagne de Pedro Almodovar .

1990s, L'Espagne de Pedro Almodovar .

L’Espagne a réussi sa transformation économique et politique. Les villes de Madrid et Barcelone ont explosé. La vie des espagnols a profondément changé et rien mieux que la Movida et les films de Pedro Almodovar ne peuvent illustrer ce monde en perpétuel changement. C'est une explosion de couleurs, de tempéraments, de sexes et de violences. L’Espagne rentre comme une furie dans le concert européen.

1994 Bosnie 1997 Kosovo

1994, Guerre en Bosnie, Ron Haviv.1994, Guerre en Bosnie, Ron Haviv.
1994, Guerre en Bosnie, Ron Haviv.1994, Guerre en Bosnie, Ron Haviv.
1994, Guerre en Bosnie, Ron Haviv.1994, Guerre en Bosnie, Ron Haviv.

1994, Guerre en Bosnie, Ron Haviv.

6 avril 1992 l’armée serbe attaque la Bonsie-Herzégonvine. L’effondrement de la Yougoslavie a suivi de peu celle de l’URSS, mais ici le nationalisme, la haine de l’autre, la peur, le désir de vengeance vont transformer une terre d’abondance en théâtre des pires atrocités depuis la 2nd guerre mondiale. Massacres, camps, bombardements, destructions rien ne sera épargné à l’ex-Yougoslavie pendant ces 3 années d’horreur. Et l’Europe n’y pourra rien, incapable d’agir de concert, seul l’intervention américaine permettra de rétablir la paix.

Ron Haviv, photojournaliste américain sera le témoin de ces années de guerres et d’atrocités.

La région reste à l’agonie, en 1997 c’est le Kosovo qui est frappé. Les agressions sont de nouveaux le fait des serbes. Plus d’un million d’Albanais fuient le pays. Pendant deux ans les affrontements et les bombardements se succéderont jusqu’au retrait des serbes sous la menace de l’OTAN. 

1990s L’Europe de Matin Parr

1990s, L'Angleterre de Martin Parr. 1990s, L'Angleterre de Martin Parr.
1990s, L'Angleterre de Martin Parr. 1990s, L'Angleterre de Martin Parr.

1990s, L'Angleterre de Martin Parr.

Martin Parr sillonne le monde et l’Europe un appareil photo à la main et un regard amusé sur ce monde de l’ultra consommation qui marque cette fin de siècle. L’opulence, la consommation, l’individualité, le matérialisme, la surpopulation tout est prétexte à une critique sans concession d’un monde à la dérive. Le marketing et la publicité règnent en maître sur un monde banalisé à outrance. Avec l’effondrement de l’idéologie communiste, le capitalisme triomphe dans la vulgarité et l’idéologie néo-libéral submerge tout jusqu’à son effondrement prévisible.

2000s L’Europe de Gursky et Butursky

2000s L'Europe de Gursky et Bustinsky. Le Rhin, stade de foot, Montparnasse, Carrare, Andalousie, Benidor, Rimini. 2000s L'Europe de Gursky et Bustinsky. Le Rhin, stade de foot, Montparnasse, Carrare, Andalousie, Benidor, Rimini.
2000s L'Europe de Gursky et Bustinsky. Le Rhin, stade de foot, Montparnasse, Carrare, Andalousie, Benidor, Rimini. 2000s L'Europe de Gursky et Bustinsky. Le Rhin, stade de foot, Montparnasse, Carrare, Andalousie, Benidor, Rimini. 2000s L'Europe de Gursky et Bustinsky. Le Rhin, stade de foot, Montparnasse, Carrare, Andalousie, Benidor, Rimini.
2000s L'Europe de Gursky et Bustinsky. Le Rhin, stade de foot, Montparnasse, Carrare, Andalousie, Benidor, Rimini. 2000s L'Europe de Gursky et Bustinsky. Le Rhin, stade de foot, Montparnasse, Carrare, Andalousie, Benidor, Rimini.

2000s L'Europe de Gursky et Bustinsky. Le Rhin, stade de foot, Montparnasse, Carrare, Andalousie, Benidor, Rimini.

Gursky et Butursky parcourent le monde et l’Europe dénonçant un monde pris de folie. Le capitalisme aveugle nourrit d’un néo-libéralisme sans complexe met à mal l’ensemble de la planète. L’Europe n’est pas épargné, l’industrie, les mines, le tourisme de masse, l’urbanisation galopante détruisent peu à peu les écosystèmes du continent. Une nouvelle conscience voit le jour en ce début du XXIe siècle et dénonce cet emballement suicidaire.

2010s L’Europe Néo-Libéral

2010s, L'Europe d'Erwin Olaf. 2010s, L'Europe d'Erwin Olaf.
2010s, L'Europe d'Erwin Olaf. 2010s, L'Europe d'Erwin Olaf.

2010s, L'Europe d'Erwin Olaf.

 

Une Europe libérale et décomplexée apparue après l’effondrement du bloc soviétique impose ses valeurs : réussite et cynisme. Nait un monde artificiel où le clown pleure. l’Europe se vend aux financiers.

Erwin Olaf dénonce ce monde remplie d’artifices, vendu aux grandes marques.

2010s La crise Européenne

2010s, La Crise en Europe.2010s, La Crise en Europe.
2010s, La Crise en Europe.2010s, La Crise en Europe.
2010s, La Crise en Europe.2010s, La Crise en Europe.
2010s, La Crise en Europe.2010s, La Crise en Europe.

2010s, La Crise en Europe.

En 2008 la crise mondiale frappe soudainement l’ensemble des économies européennes. L’effondrement du système financier, les faillites en cascades, la crise de la dette, l’insolvabilité de certains états, le chômage de masse, la paupérisation se succèdent. Face à cette situation, les peuples d’Europe descendent dans la rue, les partis politiques traditionnels sont déstabilisés, certains vont disparaitre dans la tourmente, de nouveaux mouvements apparaissent issus des courants alternatifs et de l’extrême gauche. Une conscience politique européenne commence à voir le jour. Les destins des uns et des autres sont profondément liés. Mais la crise ne se résorbe pas et 9 ans plus tard elle sévit toujours. Le chômage de masse perdure dans de nombreux pays, les écarts de richesses se sont creusés, le nombre des pauvres a explosé. L’Europe de la misère réapparait.

2014 Les banlieues

2014, Banlieues, Mohamed Bourouissa2014, Banlieues, Mohamed Bourouissa
2014, Banlieues, Mohamed Bourouissa2014, Banlieues, Mohamed Bourouissa

2014, Banlieues, Mohamed Bourouissa

Depuis 70 ans l’Europe a accueilli des millions d’immigrés qu’ils soient de l’Union ou de l’extérieur. Les chiffres sont éloquents, le % de natifs extérieurs au pays en 2015 est de 12% en France, de 15% en Allemagne et de 13 % en Grande-Bretagne. Ces hommes et ces femmes immigrés ou issus de l’immigration vivent des parcours contrastés. Dans les banlieues des grandes villes misère, pauvreté et chômage riment avec immigration.

Mohamed Bourouissa, photographe algérien, nous donne à voir cette banlieue à la fois imagée, complexe et ritualisée. Là se joue une partie de l’avenir du continent.

2014 Kiev la révolution de Février

2014, Kiev, Guillaume Herbaut.
2014, Kiev, Guillaume Herbaut.

2014, Kiev, Guillaume Herbaut.

Dernier acte du recul de la Russie, la révolution orange en Ukraine puis la révolution de février 2014 font basculer le pays du côté européen. La Russie de Poutine riposte en envahissant la Crimée et en soutenants les séparatistes du Donbass région la plus orientale du pays. L’Europe intervient pour rétablir la paix et négocier un cessez le feu. Les limites de l’idéal européen se dessine peu à peu à l’Est du continent. Mais la guerre continue, larvée, rampante, toujours là.

2015 2016 Les attentats

2001 puis 2015-2016, Les attentats, Berlin, Bruxelles, Paris, Londres, Madrid ...2001 puis 2015-2016, Les attentats, Berlin, Bruxelles, Paris, Londres, Madrid ...
2001 puis 2015-2016, Les attentats, Berlin, Bruxelles, Paris, Londres, Madrid ...2001 puis 2015-2016, Les attentats, Berlin, Bruxelles, Paris, Londres, Madrid ...

2001 puis 2015-2016, Les attentats, Berlin, Bruxelles, Paris, Londres, Madrid ...

Les guerres lointaines et meurtrières, l’effondrement des systèmes mis en place dans plusieurs pays, les désastres écologiques, mènent au terrorisme et aux migrations massives. L’Europe vis sous le choc d’une menace permanente.

Après Londres et Madrid au début du siècle c’est à Berlin, Paris, Bruxelles, Nice que les attentats aveugles font des dizaines de mort. La solidarité de tout un continent s’exprime dans la douleur et sans relâche face à la barbarie.

2015 La crise des réfugiés

2015, L'afflut des réfugiés en Europe,  James Watchewey2015, L'afflut des réfugiés en Europe,  James Watchewey
2015, L'afflut des réfugiés en Europe,  James Watchewey2015, L'afflut des réfugiés en Europe,  James Watchewey

2015, L'afflut des réfugiés en Europe, James Watchewey

2015 marque une étape dans l’attitude de l’Europe face aux centaines de milliers de réfugiés qui arrivent du monde entier. Les guerres en Afghanistan, en Irak, en Syrie, en Somalie, au Soudan, en Erythrée provoquent le départ de millions de réfugiés. La plupart s’installent dans les pays limitrophes, d’autres continuent vers l’Europe. En 2015 un flot continue submerge l’Europe Centrale à destination de l’Allemagne. Elle accueillera en une année plus de 800 000 réfugiés. Face à cette crise l’Europe finira par fermer ces frontières. « La forteresse Europe » se met en place pour les années à venir.

Pendant ce temps les naufrages se multiplient en méditerranée. Les guerres se poursuivent, et l’explosion démographique du continent africain devrait continuer à alimenter le mouvement faute de développement économique sur place.

James Watchewey, photographe américain, suivra durant ces dernières années le périple de ces réfugiés qui, bravant l’impossible, se lancent sans relâche à l’assaut de la forteresse. 

2016 Le Brexit

2016, Le Brexit. 2016, Le Brexit.
2016, Le Brexit. 2016, Le Brexit.

2016, Le Brexit.

2016-2019, l’Europe existe, la preuve : La Grande-Bretagne vote le Brexit après des mois de campagnes ubuesques. Face aux flux migratoires, à la présence sur son sol de centaines de milliers d’européens et excédé par une crise qui a appauvrit une partie de la population, les Anglais décident de sortir de l’Union. L’Europe est sous le choc, une nouvelle page de son histoire s’ouvre.

 

texte: lankaart (c)

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Rédigé par rafael

Publié dans #HISTOIRE, #PHOTOS XXe, #XXIe: PHOTOS

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Publié le 8 Janvier 2017

Hiroshima 1945 - Yoshito Matsushige

Hiroshima 1945 - Yoshito Matsushige

La guerre, la guerre qui détruit tout, les vies, les villes, assassine les femmes, les enfants, les vieillards, détruit pour détruire, transformant les paysages de nos enfances en d’immenses cimetières où les ombres des immeubles en ruines masquent à peine la douleur des survivants qui errent.

Rien ne justifie cette douleur infligée aux corps et à la mémoire, pourtant elle parcourt notre histoire de la guerre de Sécession à Alep. Le cœur des hommes fermé à toute pitié détruit sans cesse le monde que les siècles ont bâti, achevant sans remord la tâche qu’on leur a assigné : détruire.

Richmond Virginie, 1865

Richmond Virginie, 1865

« Brûlez tout !  Brûlez-tout… ! » D’abord les soldats hésitent. Ils se regardent les uns les autres comme pour voir qui est prêt à obéir, mais Sheridan exulte. Il montre la ferme devant laquelle ils viennent de s’arrêter, dans cette vallée de Shenandoah, et il hurle : « Brûlez ! » Alors ils se décident, finissent par le faire, un peu honteux. Ils s’habitueront vite et bientôt n’y penseront même plus. Toutes les fermes qu’ils trouveront sur leur route connaîtront le même sort et ils le feront sans même s’en apercevoir. « The Burning ». C’est cela que Grant a demandé à Sheridam : la guerre totale, qui fait pleurer les villages. Bientôt ils n’auront plus ce geste un peu gauche d’hésitation, bientôt ils ne descendront même plus de leurs chevaux. Ils n’hésiteront pas non plus à tirer dans le ventre des fermiers qui ont saisi une fourche pour protéger leurs récoltes, ou à passer par le fil de la lame les femmes qui essaieront de s’interposer. Bientôt ils brûleront tout, systématiquement. Pendant des mois. Et Sheridan n’aura plus à le dire, à le hurler en se dressant sur ses étriers : « Brulez tout ! », ils auront appris à le faire. Grant pense souvent qu’il aura à demander pardon pour ces ordres donnés car il sait quelle réalité se cache derrière ce qu’il exige. Et quand il ordonne « the Burning », il voit, lui, les fermes brûlées et les enfants en pleurs. Alors il s’adresse à Julia en son esprit, lorsqu’il boit sans trouver le sommeil, pardonne-moi Julia, des femmes et des enfants ont été piétinés, il voudrait le dire, le hurler : ce qu’il exige de ses hommes est folie. « Lorsque j’en aurai terminé, lui écrit Sheridan, la vallée sera impropre à la vie des hommes et des bêtes », et c’est ce qu’il fait : le bétail est éventré ou, pour aller plus vite, brûlé vif dans les étables, avec les fermiers parfois, pardonne-moi, Julia, et ne me regarde plus jamais avec amour. La victoire approche et la guerre devient plus sale, plus pénétrante. Cela fait longtemps que les hommes n’ont plus de rêve de noblesse, ils savent que la guerre se fait en grimaçant et qu’ils sont perdus. C’est cela qu’on leur a demandé : accepter de se dire adieu et aller au plus ignoble. Ils le font. Shéridan écrit à Grant, en le lisant, n’éprouve aucun dégoût, il n’a pas le droit. C’est lui qui a exigé cela des hommes. S’il doit ressentir le dégoût, qu’il le ressente pour lui-même et c’est ce qu’il fait, mais qui peut l’entendre ? Julia continue à l’aimer, alors que lui est hanté par les cris de Sheridan. « Brûlez … ! Brûlez tout … ! », et il n’a pas le droit de trouver cela répugnant car c’est lui qui l’exige alors il y répond en ordonnant qu’on tire une salve de mille coups de fusil contre Petersburgh en l’honneur de ceux qui ont fait saigner la terre de Shenandoah, « Brûlez … ! Brûlez », et lorsqu’il referme son courrier et relève la tête, il sait qu’une nouvelle façon de faire la guerre est né."

Laurent Gaudé, Ecoutez nos défaites. Actes Sud, 2016.

Otto Dix, la guerre

Otto Dix, la guerre

Arras et Reims, 1914-1918
Arras et Reims, 1914-1918

Arras et Reims, 1914-1918

"Je suis jeune, j'ai vingt ans : mais je ne connais de la vie que le désespoir, l'angoisse, la mort et l'enchaînement de l'existence la plus superficielle et la plus insensée à un abîme de souffrances. Je vois que les peuples sont poussés l'un comme l'autre et se tuent sans rien dire, sans rien savoir, follement, docilement, innocemment. Je vois que les cerveaux les plus intelligents de l'univers inventent des paroles et des armes pour que tout cela se fasse d'une manière raffinée et dure encore plus longtemps. [...] Que ferons nos pères si, un jour, nous nous levons et nous nous présentons devant eux pour leur demander des comptes ? Qu'attendent-ils de nous lorsque viendra l'époque où la guerre est finie ? Pendant des années, nous avons été occupés qu'à tuer ; ç'a été là notre première profession dans l'existence. Notre science de la vie se réduit à la mort. Qu'arrivera-t-il donc après cela ? Et que deviendrons-nous ?"

"C'est par hasard que je reste en vie, comme c'est par hasard que je puis être touché. Dans l'abri "à l'épreuve des bombes", je puis être mis en pièces, tandis que, à découvert, sous dix heures de bombardement le plus violent, je peux ne pas recevoir une blessure. Ce n'est que parmi les hasards que chaque soldat survit. Et chaque soldat a foi et confiance dans le hasard."

"Encore une nuit. Nous sommes maintenant pour ainsi dire vidés par la tension nerveuse. C'est une tension mortelle, qui, comme un couteau ébréché, gratte notre moelle épinière sur toute sa longueur. Nos jambes se dérobent; nos mains tremblent; notre corps n'est plus qu'une peau mince recouvrant un délire maîtrisé avec peine et masquant un hurlement sans fin qu'on ne peut plus retenir. Nous n'avons plus ni chair, ni muscles; nous n'osons plus nous regarder, par crainte de quelque chose d'incalculable. Ainsi nous serrons les lèvres, tâchant de penser : cela passera... Cela passera... Peut-être nous tirerons-nous d'affaire."

"Nous sommes devenus des animaux dangereux, nous ne combattons pas, nous nous défendons contre la destruction. Ce n'est pas contre des humains que nous lançons nos grenades, car à ce moment là nous ne sentons qu'une chose: c'est que la mort est là qui nous traque, sous ces mains et ces casques[...] la fureur qui nous anime est insensée: nous ne sommes plus couchés, impuissants, sur l’échafaud, mais nous pouvons détruire et tuer, pour nous sauver... pour nous sauver et nous venger."

 

Picasso Guernica

Picasso Guernica

"Je ne peux pas oublier la guerre. Je le voudrais. Je passe des fois deux jours ou trois sans y penser et brusquement, je la revois, je la sens, je l’entends, je la subis encore. Et j’ai peur.... Vingt ans ont passé. Et depuis vingt ans, malgré la vie, les douleurs et les bonheurs, je ne me suis pas lavé de la guerre. L’horreur de ces quatre ans est toujours en moi. Je porte la marque. Tous les survivants portent la marquent. J’ai été soldat de deuxième classe dans l’infanterie pendant quatre ans, dans des régiments de montagnards. Avec M. V., qui était mon capitaine, nous sommes à peu prés les seuls survivants de la 6ème compagnie. Nous avons fait les Eparges, Verdun-Vaux, Noyons-Saint-Quentin, le Chemin des Dames, l’attaque de Pinon, Chevrillon, le Kemmel. La 6ème compagnie a été remplie cent fois et cent fois d’hommes. La 6ème compagnie était un petit récipient de la 27ème division comme un boisseau à blé. Quand le boisseau était vide d’hommes, enfin quand il n’en restait plus que quelques-uns au fond, comme des grains collés dans les rainures, on le remplissait de nouveau avec des hommes frais. On ainsi rempli la 6ème compagnie cent fois et cent fois d’hommes. Et cent fois on est allé la vider sous la meule. Nous sommes de tout ça les derniers vivants, V. et moi.

Extrait de Refus d’obéissance, Jean Giono. 

Stalingrad, 1943
Stalingrad, 1943
Stalingrad, 1943
Stalingrad, 1943

Stalingrad, 1943

" ... Ensuite, au fur et à mesure qu’augmentait leur mystérieuse peur, au fur et à mesure que s’élargissait dans leurs yeux cette mystérieuse tache blanche, les Allemands se mirent à tuer les prisonniers qui avaient les pieds malades et ne pouvaient pas marcher, à brûler les villages qui n’arrivaient pas à remettre aux pelotons de réquisition un nombre donné de mesures de blé ou de farine, un nombre donné de mesures d’orge ou de mais, un nombre donné de chevaux et de têtes de bétail. Quand les Juifs commencèrent à manquer, ils se mirent à pendre les paysans. Ils les pendaient par la gorge ou par les pieds aux branches des arbres, sur les petites places de villages, autour du piédestal vide où, quelques jours plus tôt, se dressait la statue de plâtre de Lénine ou de Staline, ils les pendaient à côté des corps des Juifs délavés par la pluie, qui oscillaient sons le ciel noir depuis des jours et des jours, près des chiens des Juifs pendus à la même branche que leurs maîtres. « Ah, des chiens juifs ! die jüdischen Hunde ! » disaient en passant les soldats allemands."

extrait de Curzio Malaparte, "Kaputt", Edition Denoël, collection folio, 1946, pp. 247-254.

Dresde, Allemagne 1945 - Falaise , juin 1944
Dresde, Allemagne 1945 - Falaise , juin 1944

Dresde, Allemagne 1945 - Falaise , juin 1944

Orléans 1944

Orléans 1944

 "Dans Clausewitz, la guerre, acte de violence d’un État voulant réduire un autre État à sa merci, est interprétée comme conduisant à l’anéantissement des seules forces militaires sur le champ de bataille. Ainsi commence la lecture de l’œuvre Vom Kriege de Clauzewitz par le général Ludendorff dans l’ouvrage que publie l’ancien chef d’état-major général allemand en 1937, La guerre totale (Flammarion, 1937). Plus sûrement que Daudet, Ludendorff date la naissance de la guerre totale de la Grande Guerre de 1914‑1918 qui réalise, selon lui, la fusion entre l’armée et le peuple pour donner naissance à la guerre de masse dont il perçoit des prodromes côté français lors de la guerre franco-prussienne de 1870‑1871. La combinaison des systèmes de recrutement des hommes, caractéristique de l’avènement de la démocratie et de l’organisation de la conscription universelle, avec l’évolution de systèmes d’arme innovants, s’appuyant sur une mobilisation industrielle, puis progressivement économique, et une bureaucratie de guerre, fait entrer dans une nouvelle échelle de la guerre. Cette échelle, à la fois géographique, temporelle, économique, mentale de la guerre mondiale explique que, sur l’ensemble du territoire d’un pays, la population combattante, y compris celle civile qui ne porte pourtant pas les armes des soldats, subit « l’action directe de la guerre » (La guerre totale, op. cit., p. 8). Cette dernière subit également ses manifestations indirectes par les effets du blocus (ici Ludendorff introduit la lecture allemande du blocus économique allié contre les puissances centrales, organisé au printemps 1915 et levé en juillet 1919) et ses effets directs sur la démographie des peuples depuis les mortalités dues aux combats jusqu’aux pathologies et aux épidémies de guerre les plus habituelles (famines, maladies de carence, choléra, grippe, tuberculose…). Lorsque la métaphore d’un front de guerre, qui serait partout et nulle part, est retenue pour poser la singularité de la guerre mondiale au xxe siècle, il s’agit bien d’entrer dans une lecture de la guerre qui engage l’ensemble du corps de la société, jusque dans son esprit travaillé par les censures et les propagandes. Aussi la fin du héros militaire, dans les figures guerrières les mieux établies de l’histoire de la guerre en Occident, voisine avec le sacrifice du « soldat inconnu », métaphore du visage non figuré, voire défiguré, du combattant des guerres totales. "

Olivier Forcade

Allemagne 1945 - Margaret Bourke-White

Allemagne 1945 - Margaret Bourke-White

Guayasami, El Grito

Guayasami, El Grito

"La guerre totale, si elle est définie comme une guerre d’anéantissement des forces militaires et d’une société dans ses fondements et son existence, est un basculement dans une autre forme de guerre. Il ne s’agit pas seulement d’un changement de seuil, mais bientôt d’essence. Par exemple, le bombardement était déjà l’objet d’une tentative de réglementation lors de la conférence de La Haye de 1907. Bien sûr, le bombardement par l’artillerie lourde dans la guerre de 1914‑1918 et son utilisation orientée contre les populations civiles sur le front occidental, à compter de l’automne 1916, retouche un paramètre tactico-opérationnel de la guerre. Entre fin mars et début mai 1918, vingt-trois bombardements eurent lieu sur Paris, faisant fuir 800 000 des 3 millions de Parisiens en six mois. Or, le bilan montrait des pertes humaines très faibles rapportées à celles de la guerre, soit 267 tués et 602 blessés, mais avec des conséquences psychologiques fortes. L’expérience du bombardement aérien par des pièces à longue portée installées dans l’Aisne, à une distance de 140 km de la cible, ouvrait une nouvelle page de la guerre. Il faut donc progressivement parler d’une conception stratégique nouvelle de l’emploi (massif) de l’artillerie lourde, utilisée ponctuellement contre des populations civiles et les villes.

  • 14  Hervé Coutau-BégarieTraité de stratégie, Economica, 2006 (5e éd.), p. 743 sq ; Serge Gadal, La g (...)
  • 15  Hervé Coutau-BégarieTraité de stratégie…op. cit., p. 743.

Puis, de façon systématisée sinon théorisée dans la guerre aérienne contre les villes dans les années 1930 aux États-Unis notamment, le bombardement stratégique, en 1939‑1945 confirme, pour l’essentiel, un changement de seuil davantage que d’essence de la guerre. Le bombardement stratégique est au cœur de la stratégie aérienne. Tout à la fois « symbole et manifestation de la puissance aérienne, il est la marque de la guerre totale ». Décisive, l’entrée dans l’âge stratégique nucléaire est moins un changement de seuil que de nature et d’essence de la guerre. Le bombardement nucléaire pose une autre question à la stratégie, sur la potentialité technologique et la possibilité pratique d’une destruction totale d’un pays et de la vie humaine. Au début de la guerre froide, les débats sur la stratégie nucléaire valorisent l’idée de la dissuasion au détriment de l’action en même temps qu’ils invitent à dépasser la guerre."

Olivier Forcade

Guerre de Corée, Séoul, 1953

Guerre de Corée, Séoul, 1953

Et l'horreur continue sans relâche pendant des dizaines d'années, les bombardements se succèdent et les populations civils sont massacrés sans raisons ... et aujourd'hui rien n'a changé. 

Beyrouth 1991 - Gabriele Basilico
Beyrouth 1991 - Gabriele Basilico
Beyrouth 1991 - Gabriele Basilico
Beyrouth 1991 - Gabriele Basilico

Beyrouth 1991 - Gabriele Basilico

Sarajevo, 1992-1996
Sarajevo, 1992-1996
Sarajevo, 1992-1996

Sarajevo, 1992-1996

Afghanistan - James Natcheway
Afghanistan - James Natcheway

Afghanistan - James Natcheway

Grozny
Grozny

Grozny

Somalie 1991-2016 - Jan Grarup
Somalie 1991-2016 - Jan Grarup

Somalie 1991-2016 - Jan Grarup

Alep 2016
Alep 2016
Alep 2016
Alep 2016

Alep 2016

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Rédigé par rafael

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Publié le 16 Novembre 2016

Le Serment du Jeu de Paume

Le Serment du Jeu de Paume

"La Révolution n’a point été faite, comme on l’a cru, pour détruire l’empire des croyances religieuses ; elle a été essentiellement, malgré les apparences, une révolution sociale et politique ; et, dans le cercle des institutions de cette espèce, elle n’a point tendu à perpétuer le désordre, à le rendre en quelque sorte stable, à méthodiser l’anarchie, comme disait un de ses principaux adversaires, mais plutôt à accroître la puissance et les droits de l’autorité publique. Elle ne devait pas changer le caractère que notre civilisation avait eu jusque-là, comme d’autres l’ont pensé, en arrêter les progrès, ni même altérer dans leur essence aucune des lois fondamentales sur lesquelles reposent les sociétés humaines dans notre Occident. Quand on la sépare de tous les accidents qui ont momentanément changé sa physionomie à différentes époques et dans divers pays, pour ne la considérer qu’en elle-même, on voit clairement que cette révolution n’a eu pour effet que d’abolir ces institutions politiques qui, pendant plusieurs siècles, avaient régné sans partage chez la plupart des peuples européens, et que l’on désigne d’ordinaire sous le nom d’institutions féodales, pour y substituer un ordre social et politique plus uniforme et plus simple, qui avait l’égalité des conditions pour base.

Cela suffisait pour faire une révolution immense, car, indépendamment de ce que les institutions antiques étaient encore mêlées et comme entrelacées à presque toutes les lois religieuses et politiques de l’Europe, elles avaient, de plus, suggéré une foule d’idées, de sentiments, d’habitudes, de mœurs, qui leur étaient comme adhérentes. Il fallut une affreuse convulsion pour détruire et extraire tout à coup du corps social une partie qui tenait ainsi à tous ses organes. Ceci fit paraître la Révolution encore plus grande qu’elle n’était ; elle semblait tout détruire, car ce qu’elle détruisait touchait à tout et faisait en quelque sorte corps avec tout.

Quelque radicale qu’ait été la Révolution, elle a cependant beaucoup moins innové qu’on ne le suppose généralement : je le montrerai plus tard. Ce qu’il est vrai de dire d’elle, c’est qu’elle a entièrement détruit ou est en train de détruire (car elle dure encore) tout ce qui, dans l’ancienne société, découlait des institutions aristocratiques et féodales, tout ce qui s’y rattachait en quelque manière, tout ce qui en portait, à quelque degré que ce fût, la moindre empreinte. Elle n’a conservé de l’ancien monde que ce qui avait toujours été étranger à ces institutions ou pouvait exister sans elles. Ce que la Révolution a été moins que toute autre chose, c’est un événement fortuit. Elle a pris, il est vrai, le monde à l’improviste, et cependant elle n’était que le complément du plus long travail, la terminaison soudaine et violente d’une œuvre à laquelle dix générations d’hommes avaient travaillé. Si elle n’eût pas eu lieu, le vieil édifice social n’en serait pas moins tombé partout, ici plus tôt, là plus tard ; seulement il aurait continué à tomber pièce à pièce au lieu de s’effondrer tout à coup. La Révolution a achevé soudainement, par un effort convulsif et douloureux, sans transition, sans précaution, sans égards, ce qui se serait achevé peu à peu de soi-même à la longue. Telle fut son œuvre.

Il est surprenant que ce qui semble aujourd’hui si facile à discerner restât aussi embrouillé et aussi voilé aux yeux les plus clairvoyants.

« Vous vouliez corriger les abus de votre gouvernement, dit le même Burke aux Français ; mais pourquoi faire du nouveau ? Que ne vous rattachiez-vous à vos anciennes traditions ? Que ne vous borniez-vous à reprendre vos anciennes franchises ? Ou, s’il vous était impossible de retrouver la physionomie effacée de la constitution de vos pères, que ne jetiez-vous les regards de notre côté ? Là, vous auriez retrouvé l’ancienne loi commune de l’Europe. » Burke ne s’aperçoit pas que ce qu’il a sous les yeux, c’est la révolution, qui doit précisément abolir cette ancienne loi commune de l’Europe ; il ne discerne point que c’est proprement de cela qu’il s’agit, et non d’autre chose."

Prise de la Bastille

Prise de la Bastille

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Rédigé par rafael

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Publié le 27 Octobre 2016

Louis XIV - le Roi Soleil

Le Roi Victorieux

Louis XIV est avant tout un roi conquérant, il tend à affirmer la puissance de son Royaume. Il utilise les armes traditionnelles de la diplomatie (ambassade, traités, alliances, unions dynastiques, soutien aux opposants de ses ennemis). Mais c'est surtout par l'armée qu'il s'impose. Jeune roi, il poursuit d'abord la stratégie de ses prédécesseurs depuis François Ier pour dégager la France de l'encerclement hégémonique des Habsbourg en Europe par une guerre continuelle contre l'Espagne, en particulier sur le front des Flandres. Le « grand Roi » en profite pour rendre son « pré carré » par des guerres de conquêtes sur ses voisins, négligeant toutefois l'expansion coloniale

Dans un premier temps, pour se dégager de l'encerclement des Habsbourg, le jeune Louis XIV avec son ministre Mazarin fait alliance avec les principales puissances protestantes, reprenant ainsi la politique de ses deux prédécesseurs et de Richelieu.

Cette guerre franco-espagnole connaît quatre phases : quand le règne débute, la France soutient directement les puissances protestantes contre les Habsbourg, lors du dernier tiers de ce qu'on a appelé ensuite la guerre de Trente Ans, conclue en 1648 par les traités de Westphalie. Profitant de la Fronde, l'Espagne tente d'affaiblir le Roi en soutenant la révolte militaire du Grand Condé (1653) contre Louis XIV. En 1659, des victoires françaises et une alliance avec les puritains anglais (1655-57) et les puissances allemandes (Ligue du Rhin) imposent à l'Espagne le traité des Pyrénées (soudé par le mariage entre Louis XIV et l'infante en 1659). Enfin, le conflit reprend à la mort du roi d'Espagne (1665) quand Louis XIV entame la guerre de Dévolution : au nom de l'héritage de son épouse, le roi réclame que des villes frontalières du royaume de France en Flandre espagnole lui soit dévolues. Il s'appuie sur les difficultés de l'Espagne au Portugal

À l'issue de cette première période, Louis XIV, jeune roi, est à la tête de la première puissance militaire et diplomatique d'Europe, s'imposant même au Pape. Il a agrandi son royaume vers le nord (Artois, achat de Dunkerque aux Britanniques) et conservé, au sud, le Roussillon. Sous l'influence de Colbert, le Roi a aussi construit une marine et agrandit son domaine colonial pour combattre l'hégémonie coloniale espagnole.

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La bataille des dunes par Charles-Philippe Larivière

La bataille des dunes par Charles-Philippe Larivière

La Bataille des dunes, 14 Juin 1658.

L'affrontement a lieu dans les dunes de Leffrinckoucke le 14 juin, non loin de Dunkerque. Le centre et la droite de l’archiduc sont enfoncés en un clin d’œil par des régiments de piquiers anglais, mais la gauche avec Condé, d’abord ébranlée, reprend une brillante offensive. Turenne peut concentrer sa cavalerie et aidé par les navires anglais repousse les gardes suisses. Les Franco-Anglais ont perdu 400 hommes, par contre les Espagnols et le corps de Condé laissent sur le terrain près de 5 000 hommes dont 3 000 à 4 000 prisonniers.

Le 25 juin, Dunkerque, espagnole le matin, française à midi, est finalement anglaise le soir, puisque Louis XIV la remet le jour même aux Anglais. (Charles II revendra Dunkerque à Louis XIV en 1662). Quelques jours après Bergues et Furnes tombent aux mains des Français. Le 7 novembre 1659, le traité des Pyrénées scellera la paix, et mettra fin à trente ans de guerre entre la France et l'Espagne. Turenne est récompensé en 1660 par Louis XIV et reçoit le titre de maréchal général des armées du roi.

A partir de 1672, sous l'influence de Louvois, le « Grand Roi » renonce à l'alliance protestante. Pour rendre son « pré carré », il s'isole diplomatiquement dans une politique belliqueuse de conquête qui l'oppose à toute l'Europe. La poussée vers les Flandres d'un monarque absolu catholique provoque l'inquiétude de la République protestante des Pays-Bas. Dès lors, France et Pays-Bas, anciens alliés, deviennent rivaux économiquement et politiquement.

En 1672, Louis XIV les attaque, ce qui provoque la guerre de Hollande. L'Espagne en profite pour tenter de récupérer les villes de Flandres perdues. Ce conflit isole diplomatiquement la France : opposée à la fois aux Habsbourgs, au pape et aux protestants d'Europe, après le rapprochement entre les Provinces-Unies des Pays-Bas, les princes allemands et le parlement anglais, elle n'a plus comme alliée protestante que la Suède. Sa puissance militaire lui permet toutefois d'imposer la paix sur le front Nord et de prendre le comté de Bourgogne à l'Espagne (1674, confirmé au traité de Nimègue, 1678). C'est ainsi que Besançon devient française. Louis XIV élargit ensuite ses ambitions aux possessions des villes conquises (politique des réunions). Cette politique d'expansion territoriale et la violence des massacres dans le Palatinat provoque la ligue d'Augsbourg (9-7-1686), alliance défensive de l'ensemble des puissances européennes (Habsbourg et protestants). Après la prise de Luxembourg en 1684, le conflit reprend de 1688 à 1697, années de guerre extrêmement violentes sur terre et sur mer : de l'Irlande où le roi soutient le prétendant catholique au trône de Grande-Bretagne, à l'Allemagne, où il soutient la Princesse Palatine, jusqu'à la Savoie, les guerres pèsent durement sur les finances royales et sur les populations, en particulier lors du terrible sac du Palatinat par Louvois. La paix négociée par la médiation de la Suède lui permet de prendre l'Alsace, terre traditionnelle du Saint-Empire et dont la population est germanophone.

 Le poids de la guerre et l'isolement diplomatique sont partiellement compensés par l'agrandissement du royaume. Le roi saisit ainsi l'occasion de faire de son royaume la première puissance catholique au vu de l'affaiblissement espagnol.

Le Passage du Rhin, Adam-François Van der Meulen

Le Passage du Rhin, Adam-François Van der Meulen

Le Passage du Rhin.

Le 6 avril 1672, Louis XIV déclare la guerre aux Provinces-Unies (Pays-Bas du Nord) afin d’abaisser l’outrageuse puissance économique et commerciale de la petite république protestante. Soigneusement préparée depuis deux ans, la campagne terrestre rencontre peu de résistance. À la tête de l’armée, Louis de Bourbon-Condé (1621-1686), cousin du roi, traverse les Pays-Bas espagnols et les provinces allemandes avant d’envahir les Provinces-Unies. Le 12 juin 1672, la cavalerie atteint un bras du Rhin à proximité de Schenk, en face du village de Tolhuys, la « maison du péage ». Le fleuve est à son étiage, ce qui rend son cours praticable par un gué. Les troupes du prince Guillaume d’Orange (1650-1702) rivalisent mal face aux 20 000 soldats français qui traversent le fleuve sans peine.

Cette action sans fait d’armes devient le sujet d’une vaste production artistique qui mobilise tous les arts (peinture, sculpture, littérature) ainsi que la numismatique. « une action éclatante et unique, célébrée alors comme un des grands événements qui dussent occuper la mémoire des hommes ». Voltaire

Le tableau d’Adam-François Van der Meulen, peintre flamand passé au service de la France, constitue un modèle du genre dans la mise en scène d’un fait militaire pour servir d’outil de propagande politique.

Michel Corneille, dit le Jeune (1642-1708) - Allégorie du passage du Rhin, 12 juin 1672

Michel Corneille, dit le Jeune (1642-1708) - Allégorie du passage du Rhin, 12 juin 1672

Les armées de Louis XIV devant Schenkenschanz, 1672

Les armées de Louis XIV devant Schenkenschanz, 1672

Louis XIV recevant le Doge de Venise 1685

Louis XIV recevant le Doge de Venise 1685

Portrait de Louis XIV au siège de Namur

Portrait de Louis XIV au siège de Namur

Bataille de Ramillies contre les anglais, 1706.

Bataille de Ramillies contre les anglais, 1706.

Ambassade de Perse auprès du roi 1715

Ambassade de Perse auprès du roi 1715

Le Roi protecteur des arts

Dans l'esprit du roi, la grandeur d'un royaume doit aussi se mesurer par son embellissement.

Sur les conseils de Colbert, un des premiers chantiers du roi sera la restauration du palais et du jardin des Tuileries confiée à Louis Le Vau et à André Le Nôtre. Les décors intérieurs sont confiés à Charles Le Brun et aux peintres de la brillante Académie royale de peinture et de sculpture. Outre le château de Versailles que Louis XIV fait agrandir petit à petit tout au long de son règne, il fait aussi construire le château de Marly afin d'inviter ses intimes. Dans ces deux châteaux, tout comme à Saint-Germain, le château qui vit le début de son règne, il confia la restauration des jardins à Le Nôtre.

 Dans Paris, on lui doit aussi, entre autres, le pont Royal (financé sur ses propres deniers), l'observatoire, les Champs-Élysées, les Invalides, la place Vendôme mais aussi la place des Victoires qui commémore la victoire sur l'Espagne, l'Empire, le Brandebourg et les Provinces-Unies. Deux arcs de triomphe, la porte Saint-Denis et la porte Saint-Martin, célèbrent les victoires du Roi-Soleil lors de ses guerres européennes.

 Il fait modifier aussi profondément la structure de villes françaises telles que Lille, Besançon, Belfort, Briançon en les fortifiant grâce aux travaux de Vauban. Certaines villes, telles que Versailles pour la cour ou Neuf-Brisach pour défendre les acquisitions d'Alsace, sont créées ou développées.

 

Louis XIV et sa famille, Jean Nocret 1670

Louis XIV et sa famille, Jean Nocret 1670

Versailles

Versailles

VersaillesVersaillesVersailles
VersaillesVersailles
VersaillesVersailles
VersaillesVersailles

Versailles

Versailles galerie des Glaces

Versailles galerie des Glaces

Puget présentant la statue de Milon de Crotone à Louis XIV dans les Jardins de Versailles

Puget présentant la statue de Milon de Crotone à Louis XIV dans les Jardins de Versailles

Après l'arrestation de Fouquet, le roi semble vouloir imiter sa vie fastueuse. Il se montre extrêmement dépensier en allouant des sommes immenses aux frais de la cour royale. Il dépense d'importantes sommes dans l'amélioration du Louvre avant de finalement choisir le château de Versailles comme résidence royale. Il y emménage en 1682 après plus de vingt ans de travaux.

Il se comporte en mécène et patron des arts en finançant les grandes figures culturelles de l'époque tels que Molière (en signe d'amitié, le roi accepta d'être le parrain de son premier enfant), le musicien Jean-Baptiste Lully ou le décorateur Charles Le Brun ainsi que le jardinier André Le Nôtre. Dans la compétition culturelle entre les cours, Lully devient l'organisateur des spectacles, influence Henry Purcell et Johann Sebastian Bach. Louis XIV place l'Académie française sous son contrôle et devient son « protecteur ».

Allégorie de la fondation de l'Académie royale de peinture et de sculpture ou le règne des arts sous le règne de Louis XIV, par Nicolas Loir, 1666.

Allégorie de la fondation de l'Académie royale de peinture et de sculpture ou le règne des arts sous le règne de Louis XIV, par Nicolas Loir, 1666.

Louis XIV au cour des âgesLouis XIV au cour des âges
Louis XIV au cour des âgesLouis XIV au cour des âges
Louis XIV au cour des âgesLouis XIV au cour des âges

Louis XIV au cour des âges

Michel Corneille, dit l'Ancien (1603-1664) – Ex-voto de la guérison de Louis XIV, commandé par les capucins de la rue Saint-Honoré à Paris, vers 1660

Michel Corneille, dit l'Ancien (1603-1664) – Ex-voto de la guérison de Louis XIV, commandé par les capucins de la rue Saint-Honoré à Paris, vers 1660

Le Roi et la religion

La révocation de l’édit de Nantes en 1685 par Louis XIV fait disparaître les Églises réformées en France et contraint les protestants à la clandestinité ou à l’exil. Ceux-ci perdent ainsi leur identité sociale. La révocation de l’édit de Nantes a été précédée par toute une série de mesures répressives à l’égard des protestants et du culte réformé. C’est la politique anti-réformée du roi Louis XIV pour réaliser l’unité religieuse du royaume.

 Cette politique se révélant insuffisante, le pouvoir a recours à la force : les dragonnades ou logement forcé des soldats chez les protestants avec autorisation de piller et malmener. Les protestants terrorisés par les dragons abjurent en masse.

 Face à cette situation, Louis XIV révoque l’édit de Nantes par l’édit de Fontainebleau. Ce nouvel édit interdit l’exercice de la religion réformée et décrète la démolition de tous les temples encore debout. Les pasteurs doivent abjurer ou s’exiler. Les fidèles n’ont plus d’état civil autre que catholique. Beaucoup choisissent l’émigration (cependant interdite) plutôt que de se soumettre.

La politique religieuse des dernières années de son règne est marquée par sa politique extérieure qui nécessite un rapprochement avec le pape. Après 1686, Louis XIV n'a plus de conflit diplomatique avec Rome dont il veut le soutien pour l'accession de son petit-fils au trône d'Espagne: à un pontife qui lui est plus favorable (Alexandre VIII), le roi donne des signes d'apaisement (Révocation, envoi de jésuites en Chine, restitution d'Avignon en 1690, réalisation par un sculpteur Français d'un tombeau de pape…) La réconciliation religieuse a lieu en décembre 1693 quand Louis XIV accepte que le clergé retire la déclaration des libertés gallicanes, ce qui permet de faire reconnaître les évêques nommés depuis 1673 jusqu'ici non validés par Rome. Clément XI, le nouveau pape est élu grâce à la France et soutient Louis XIV et les Bourbons au début de la guerre de Succession d'Espagne.

Dans le royaume, Louis XIV impose une stricte orthodoxie unifiant l'obéissance au roi et au pape (que symbolise la dédicace à Saint Louis, de l'église des Invalides en 1697). Il condamne avec le pape les factions religieuses qui tentent de réapparaitre en influençant une opinion publique naissante ou en s'attirant la protection de Madame de Maintenon. Il prend ainsi nettement le parti de Bossuet contre Fénelon (pourtant précepteur de son petit-fils) coupable d'avoir défendu le quiétisme de madame Guyon (1697): il le disgracie (1698) après l'avoir fait condamner par le pape Clément XI (qui ne l'excommunie toutefois pas). De même, devant des publications qui tendent à faire renaître le courant janséniste, la réaction du roi est ferme. Jean Racine est disgracié pour son soutien à ce mouvement et le pape condamne (en 1703 et surtout en 1709) les religieuses de Port Royal, qui ayant refusé de prêter le serment demandé, sont dispersées sans ménagement et dont l'abbaye est rasée en 1711. Enfin, une répression brutale est conduite contre les camisards protestants à partir de 1702.

Louis XIV - le Roi Soleil

La fin du Règne

En 1710, Louis XIV avait une grande famille, et de nombreux héritiers légitimes : un fils de 48 ans, trois petits-fils (dont Philippe, roi d'Espagne) et deux arrière-petits-fils sans compter les branches cadettes de la famille royale Orléans, Condé et Conti (que le roi a marié avec ses bâtardes pour mieux les humilier et les tenir en respect). Tous, (sauf le roi d'Espagne et son frère le duc de Berry) se prénommaient Louis pour montrer la continuité de la dynastie. Or, il perd presque tous ses héritiers légitimes entre 1711 et 1714.

L'âge de Louis XIV et la santé très fragile du futur Louis XV qui est désormais son héritier posent un grave problème dynastique. En effet, si l'enfant venait à mourir, l'arbre généalogique des Bourbon poserait un problème diplomatique majeur pour la succession du Roi de France.

Le 9 août 1715, au retour de Marly, le roi apparaît brusquement très abattu. Le 10, il se plaint d’une douleur à la jambe gauche qui se révèle être une gangrène sénile (ischémie aiguë probablement causée par un caillot venant boucher l'une des artères principales du membre) à la jambe contre laquelle les médecins sont impuissants. Le 1er septembre 1715 il meurt, s'achève ainsi le plus long règne de l'histoire de France.

 

Source: Wikipedia, Lankaart, museeprotestant.org, 

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Rédigé par rafael

Publié dans #CLASSICISME, #HISTOIRE

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