Publié le 25 Octobre 2016

Le Général Bonaparte et son état-major en Égypte, Jean-Léon Gérôme, 1867

Le Général Bonaparte et son état-major en Égypte, Jean-Léon Gérôme, 1867

" En 1796, on avait fait passer à Bonaparte un projet pour l’invasion de l’Égypte ; il l’examina et le renvoya au Directoire avec son avis. Dans son embarras mortel, le Directoire se souvint de cette idée et lui proposa le commandement de l’expédition. Refuser une troisième fois les offres du pouvoir exécutif, c’était donner lieu de croire qu’on tramait quelque chose en France, et très probablement, se perdre. D’ailleurs, la conquête de l’Égypte était faite pour éblouir une âme élevée, pleine de plans romanesques et passionnée pour les entreprises extraordinaires. « Songez que, du haut de ces Pyramides, trente siècles nous contemplent », disait-il quelques mois plus tard à son armée.

Comme toutes les guerres de l’Europe, cette agression était peu fondée en justice. Les Français étaient en paix avec le Grand Turc, souverain nominal de l’Égypte, et les beys, maîtres réels du pays, étaient des barbares qui, ne connaissant pas le droit des gens, ne pouvaient guère y manquer. Au reste, des considérations de cette nature n’étaient pas faites pour avoir une grande influence sur les déterminations du jeune général qui, d’ailleurs, croyait peut-être être le bienfaiteur du pays, en y portant la civilisation. L’expédition mit à la voile, et, par un bonheur qui doit faire bien des réflexions, Bonaparte put arriver devant Alexandrie après la prise de Malte, sans rencontrer Nelson.

On ne doit pas s’attendre à trouver ici cette suite de grandes actions militaires qui soumirent l’Égypte à Bonaparte. Les batailles du Caire, des Pyramides, d’Aboukir, ont besoin pour être comprises, d’une description de l’Égypte, et il faudrait donner une idée du courage sublime des Mamelouks. La plus grande difficulté était d’apprendre à nos troupes à leur résister.

En Égypte, Napoléon fit la guerre sur les mêmes principes qu’en Italie, mais dans un style plus oriental et plus despotique. Il avait affaire encore aux plus orgueilleux et aux plus féroces des hommes, à des gens à qui il ne manquait que l’aristocratie pour être des Romains. Il punit leurs perfidies avec une cruauté empruntée d’eux-mêmes. Les habitants du Caire se révoltent contre la garnison ; il ne se contente pas de faire un exemple de ceux qu’on avait pris les armes à la main. Il soupçonne leurs prêtres d’être les secrets instigateurs de l’insurrection, et il en fait prendre deux cents qu’on fusille.

Les bourgeois qui écrivent l’histoire font des phrases sur ces sortes d’actions. Les demi-sots excusent celles-ci par la cruauté et la brutalité de ces Turcs, qui, non contents de massacrer les malades des hôpitaux et quelques prisonniers qu’ils firent, avec des circonstances trop révoltantes pour être rapportées, s’acharnèrent encore à mutiler les cadavres de la manière la plus sauvage.

Il faut chercher la raison de ces malheureuses nécessités dans les conséquences du principe : Salus populi suprema lex esto. L’incalomniable despotisme a tellement avili les orientaux qu’ils ne connaissent d’autres principes d’obéissance que la crainte. Le massacre du Caire les frappa de terreur ; « et depuis ce temps-là, disait Napoléon, ils m’ont été fort attachés, car ils voyaient bien qu’il n’y avait pas de mollesse dans ma manière de gouverner ».

Girodet, La révolte du Caire, 1810

Girodet, La révolte du Caire, 1810

Le mélange de catholicisme et d’aristocratie qui aplatit nos âmes depuis deux siècles, nous rend aveugles aux conséquences du principe que je viens de rappeler. Sans entrer dans les petites objections qu’on fait à Napoléon sur sa conduite en Égypte, on a coutume de regarder comme ses plus grands crimes :

1° Le massacre de ses prisonniers à Jaffa.

2° L’empoisonnement de ses malades à Saint-Jean-d’Acre.

3° Sa prétendue conversion au mahométisme.

4° Sa désertion de l’armée.

Napoléon fit le récit suivant de l’événement de Jaffa à Mylord Ebrington, l’un des voyageurs les plus éclairés et les plus dignes de foi qu’il ait vus à l’île d’Elbe : « Quant aux Turcs de Jaffa, il est vrai que j’en fis fusiller à peu près deux mille. Vous trouvez ça un peu fort ; mais je leur avais accordé une capitulation à El Arisch ; la condition était qu’ils retourneraient à Bagdad. Ils rompirent cette capitulation, se jetèrent dans Jaffa et je les pris d’assaut. Je ne pouvais les emmener prisonniers avec moi, car je manquais de pain, et ils étaient des diables trop dangereux pour les lâcher une seconde fois dans le désert. Il ne me resta donc d’autre moyen que de les tuer. »

Il est vrai, d’après les lois de la guerre, qu’un prisonnier qui a une fois manqué à sa parole, n’a plus droit à recevoir quartier, mais l’affreux droit du vainqueur n’a été que rarement exercé, et jamais, ce me semble, dans nos temps modernes, sur un aussi grand nombre d’hommes à la fois. Si les Français avaient refusé quartier dans la chaleur de l’assaut, personne ne les aurait blâmés : les tués avaient manqué à leur parole ; si le général vainqueur avait su qu’une grande partie de la garnison consistait en prisonniers renvoyés sur parole à El Arisch, très probablement il eût donné ordre de les passer au fil de l’épée. Je ne crois pas que l’histoire offre d’exemple d’une garnison épargnée au moment de l’assaut, et, ensuite, envoyée à la mort. Mais ce n’est pas tout, il est probable qu’un tiers seulement de la garnison de Jaffa était composé de prisonniers d’El Arisch.

Pour sauver son armée, un général a-t-il le droit de mettre à mort ses prisonniers, ou de les placer dans une situation qui doit nécessairement les faire périr, ou de les livrer à des barbares, dont ils n’ont aucun quartier à espérer ? Chez les Romains, cela n’eût pas fait de question; au reste, de la réponse à celle-ci, dépend non seulement la justification de Napoléon à Jaffa, mais celle de Henri V à Azincourt, de lord Anson dans les îles de la mer du Sud, et du bailli de Suffren sur la côte de Coromandel. Ce qu’il y a de plus sûr, c’est que la nécessité doit être claire et urgente, et l’on ne peut nier qu’il n’y eût nécessité dans le cas de Jaffa. Il n’eût pas été sage de renvoyer les prisonniers sur parole. L’expérience montrait que ces barbares se jetteraient sans scrupule dans la première place forte qu’ils trouveraient, ou que, s’attachant à l’armée pendant qu’elle s’avançait dans la Palestine, ils inquiéteraient sans cesse ses flancs et son arrière-garde.

Le général en chef ne doit pas porter seul la responsabilité de cette action épouvantable. L’affaire fut décidée dans un conseil de guerre auquel se trouvèrent Berthier, Kléber, Lannes, Bon, Caffarelli et plusieurs autres généraux.

Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa, Jean Gros, 1804

Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa, Jean Gros, 1804

 

Napoléon a lui-même raconté à plusieurs personnes, qu’il eut l’intention de faire administrer de l’opium comme poison à quelques malades de son armée. Il est évident, pour qui l’a connu, que cette idée provenait d’une erreur de jugement, nullement de mauvais cœur, et moins encore d’indifférence pour le sort de ses soldats. Tous les récits sont d’accord sur les soins qu’il donna, dans sa campagne de Syrie, aux malades et aux blessés. Il fit ce qu’aucun général n’a encore fait : il visita en personne les hôpitaux des pestiférés. Il conversait avec les malades, écoutait leurs plaintes, voyait par lui-même si les chirurgiens s’acquittaient de leur devoir. À chaque mouvement de son armée, et particulièrement à la retraite de Saint-Jean-d’Acre, sa plus grande sollicitude fut pour son hôpital. La sagesse des mesures qui furent prises pour emmener les malades et les blessés, et les soins qu’on leur donna, lui valurent les louanges des Anglais. M. Desgenettes qui était médecin en chef de l’armée de Syrie, est aujourd’hui un royaliste prononcé, mais, même depuis le retour des Bourbons, il n’a jamais parlé de la conduite de Napoléon envers ses malades sans les plus grands éloges.

Le célèbre Assalini, médecin à Munich, se trouvait aussi en Syrie, et, quoiqu’il n’aime pas Napoléon, il en parle comme Desgenettes. Au moment de la retraite de Saint-Jean-d’Acre, Assalini ayant fait un rapport au général en chef, duquel il résultait que les moyens de transport pour les malades étaient insuffisants, il reçut l’ordre de se rendre sur la route, d’arrêter tous les chevaux de bagages, et même de démonter les officiers. Cette mesure pénible reçut son entière exécution, et l’on n’abandonna pas un seul des malades qui, au jugement des médecins, avaient quelque espoir de guérison. À l’île d’Elbe l’empereur, qui sentait que la nation anglaise compte parmi ses citoyens les têtes les plus saines de l’Europe, invita plusieurs fois lord Ebrington à le questionner franchement sur les événements de sa vie. D’après cette permission, quand le lord en fut venu au bruit d’empoisonnement, Napoléon répondit sur-le-champ et sans la moindre hésitation : « Il y a dans cela un fonds de vérité. Quelques soldats de l’armée avaient la peste ; ils ne pouvaient pas vivre vingt-quatre heures ; j’étais sur le point de marcher ; je consultais Desgenettes sur les moyens de les emmener ; il répondit qu’on courait le risque de communiquer la peste à l’armée et que, d’ailleurs, ce soin serait inutile pour les malades, qui ne pouvaient guérir. Je lui dis de leur donner une dose d’opium et que cela valait mieux que de les laisser à la merci des Turcs. Il me répondit, en fort honnête homme, que son métier était de guérir et non de tuer. Peut-être il avait raison, quoique je ne lui demandasse pour eux que ce que j’aurais demandé pour moi à mes meilleurs amis, dans une semblable situation. J’ai souvent réfléchi depuis sur ce point de morale, j’ai demandé leur avis à plusieurs personnes, et je crois qu’au fond, il vaut toujours mieux souffrir qu’un homme finisse sa destinée quelle qu’elle soit. J’en ai jugé ainsi plus tard, à la mort de mon pauvre ami Duroc, lequel, quand ses entrailles tombaient à terre sous mes yeux, me demanda plusieurs fois et avec insistance, de faire mettre un terme à ses douleurs ; je lui dis : Je vous plains, mon ami, mais il n’y a pas de remède ; il faut souffrir jusqu’à la foi. »

Quant à l’apostasie de Napoléon en Égypte, il commençait toutes ses proclamations par ces mots : « Dieu est Dieu et Mahomet est son prophète. » Ce prétendu crime n’a guère fait effet qu’en Angleterre. Les autres peuples ont vu qu’il fallait le mettre sur la même ligne que le mahométisme du major Horneman et des autres voyageurs que la société d’Afrique emploie pour découvrir les secrets du désert. Napoléon voulut se concilier les habitants de l’Égypte. Il avait raison d’espérer qu’une grande partie de ce peuple toujours superstitieux serait frappée de terreur par ses phrases religieuses et prophétiques, et qu’elles jetteraient même sur sa personne un vernis d’irrésistible fatalité. L’idée qu’il a voulu se faire passer sérieusement pour un second Mahomet est digne d’un émigré. Sa conduite eut le succès le plus complet. « Vous ne sauriez imaginer, disait-il à Mylord Ebrington, ce que je gagnais en Égypte à faire semblant d’adopter leur culte. » Les Anglais, toujours par leurs préjugés puritains qui, du reste, s’allient fort bien avec les cruautés les plus révoltantes, trouvèrent cet artifice bas. L’histoire remarquera que vers le temps de la naissance de Napoléon, les idées catholiques étaient déjà frappées de ridicule.

Napoléon devant le Sphinx, Jean-Léon Gêrome, 1868

Napoléon devant le Sphinx, Jean-Léon Gêrome, 1868

Quant à l’action bien autrement grave d’abandonner son armée en Égypte, c’était un crime envers le gouvernement d’abord, que ce gouvernement pouvait punir légitimement. Mais ce ne fut pas un crime envers son armée, qu’il laissa dans un état florissant, ainsi que le prouve la résistance qu’elle opposa aux Anglais. On ne peut lui reprocher que l’étourderie de ne pas avoir prévu que Kléber pouvait être tué, ce qui, dans la suite, livra l’armée à l’ineptie du général Menou.

Le temps nous fera connaître si, comme je le crois, Napoléon fut rappelé en France par les avis de quelques patriotes habiles, ou s’il se détermina à cette démarche décisive uniquement par ses propres réflexions. Il est agréable pour les grands cœurs de considérer ce qui dut alors se passer dans cette âme : d’un côté, l’ambition, l’amour de la patrie, l’espérance de laisser un grand nom dans la postérité ; de l’autre, la possibilité d’être pris par les Anglais ou fusillé. Et prendre un parti aussi décisif uniquement sur des conjectures, quelle fermeté de jugement ! La vie de cet homme est un hymne en faveur de la grandeur d’âme.

 

Stendhal, Vie de Napoléon, Texte établi par Henri Martineau, Le Livre du divan, 1930 (Napoléon. Tome I, pp. 50-53).

Leon Cogniet, L'Expedition d'Egypte sous les ordres de Bonaparte, 1829-35

Leon Cogniet, L'Expedition d'Egypte sous les ordres de Bonaparte, 1829-35

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Rédigé par rafael

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Publié le 24 Octobre 2016

Hendrick Martensz Sorgh Joueur de luth et Miro intérieur Hollandais I
Hendrick Martensz Sorgh Joueur de luth et Miro intérieur Hollandais I

Hendrick Martensz Sorgh Joueur de luth et Miro intérieur Hollandais I

En 1928 Miro peint la célèbre série des intérieurs hollandais, s'inspirant de toiles de maîtres hollandais. Dont Jan Steen peintre néerlandais du siècle d’or, représentant du baroque, qui figure parmi les peintres de genre néerlandais les plus importants de son époque (1626-79) et Sorgh contemporain de Steen.

"En 1928 Miró fait un voyage d'une quinzaine de jours aux Pays-Bas. Il visite toutes les grandes villes et leurs musées. Vermeer et les maîtres flamands du XVIIème siècle le touchent tout particulièrement dans leur réalisme et dans la profusion de détails propre à chaque tableau. Les reproductions sur cartes postales des œuvres qui l'ont le plus marqué vont lui servir de source d'inspiration pour se remettre à travailler sur la réalité et ses métamorphoses. L'année suivante, il se confrontera à nouveau aux maîtres classiques à travers une série de portraits imaginaires. "

L'Objet d'Art

 

  

Jan Steen la leçon de danse et Miro Intérieur Hollandais II
Jan Steen la leçon de danse et Miro Intérieur Hollandais II

Jan Steen la leçon de danse et Miro Intérieur Hollandais II

Jan Steen Femme à la toilette et Miro intérieur Hollandais III
Jan Steen Femme à la toilette et Miro intérieur Hollandais III

Jan Steen Femme à la toilette et Miro intérieur Hollandais III

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Rédigé par rafael

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Publié le 23 Octobre 2016

Two Horses in a Meadow near a Gate (1649)

Two Horses in a Meadow near a Gate (1649)

 

"Paul Potter, un des hommes célèbres de la Hollande, est fameux par les paysages, et surtout par les animaux qu’il a peints. Dans tous ses ouvrages, son caractère distinctif est d’avoir saisi la simplicité, la bonhomie de la nature. On connait de lui de très-beaux paysages : on se souvient que son tableau de la Forêt de la Haye, fut vendu 27,000 liv. à la vente du ministre Choiseul, et qu’il n’est entré dans d’autres cabinets que pour de grosses sommes. Peut-être est-il celui qui a le mieux rendu le vert brillant de la campagne : on lui reproche cependant, avec raison, de l’avoir fait trop égal, et de ne lui avoir pas donné assez de dégradation.

Je ne sais pourquoi quelques modernes ont établi en principe que les beaux tableaux ne devaient avoir que des gazons, des arbres roux, gris, noirs, sales, et que le vert étoit un défaut. Quoi ! ce qui nous charme dans les prés, dans les bois, ce qui est beauté dans la nature, deviendrait un défaut dans un art dont le but est de l’imiter ! On s’efforcerait d’atteindre à l’éclat des chairs, des draperies, des fleurs, et l’on salirait, pour nous plaire, la riche parure des campagnes ! Le printemps nous ravit, paré du vert le plus brillant ; et cette douce et riante couleur serait repoussée par la peinture ! Non, non ; si les plus grands artistes n’y sont pas arrivés, c’est que leur palette n’y pouvait atteindre, ou que leurs couleurs sont changées. Les peintres modernes, qui, regardant comme beauté ce manque de vérité dans les anciens tableaux, cherchent à l’imiter, ressemblent à de jeunes femmes qui, pour plaire davantage, s’efforceraient de se faire des rides. Sans doute si la mort n’eut pas enlevé Paul Potter à vingt-neuf ans, il aurait porté le genre du paysage au plus haut degré d’imitation. Ceux qui nous restent de lui, quelqu’intérêt qu’ils inspirent, ne sont pas cependant ce qu’il a fait de mieux ; et même dans la plupart de ses tableaux, le paysage n’est que l’accessoire ; il semble n’avoir choisi ses sites que pour faire valoir ses animaux : c’est donc principalement comme peintre d’animaux qu’il doit être considéré, et surtout de ceux qui composent les troupeaux. Dans ce genre, aucun homme n’a été aussi parfait que lui. Correction de dessin, force de couleur justesse de mouvement, énergie d’exécution, il a tout réuni. C’est aussi un de ces caractères distinctifs d’avoir pu joindre l’énergie à la naïveté. D’autres ont fait des vaches, des bœufs, des moutons bien dessinés, bien coloriés, bien peints ; lui seul les a rendus touchants, et lui seul a bien saisi leur sorte d’expression, la physionomie de leur âme, et tout l’esprit de leur instinct. On admire les troupeaux de Berghem, de Van den Velde, de Carle du Jardin ; ceux de Paul Potter attendrissent : on reconnaît les soins qu’ils ont pris de leur poil où le fumier s’attache quelquefois, et en les fixant long-temps, on croit sentir leur odeur.

Il n’a point fait ces chevaux brillants, fiers de leurs riches harnois, qui dans le faste et l’esclavage, ont pris l’orgueil de leurs maîtres corrompus ; il n’a point fait ces coursiers généreux qui s’élancent de leurs gras pâturages, au bruit des clairons et des trompettes, pour voler au milieu des hasards ; mais il a peint, avec la plus attachante exactitude, ces bons chevaux, si utiles aux travaux rustiques, dont le poil n’est point lustré sans cesse par des peignes de fer, et qui ont la parure, les mœurs et la simplicité des hommes qui les nourrissent.

Cattle in a Meadow (1652)

Cattle in a Meadow (1652)

Il a mis peu de figures dans ses tableaux ; elles ne sont pas même toujours heureuses ; ses bergers ne sont pas ceux de l’âge d’or, ni les pasteurs de la belle Arcadie. Il a peint quelquefois de bons pâtres Flamands qui ont de la vérité, et particulièrement le caractère de leur pays et de leur profession.

On ne trouve point dans ses ciels ces larges et belles formes de nuages, ces fiers déchiremens si bien sentis par Vernet ; ils sont, en général, mous et cotonneux, mais ils sont de la plus grande justesse de ton, et leur mollesse même contribue à l’effet de ses ouvrages, en faisant ressortir la touche ferme et la couleur vigoureuse de ses devans. Aucun homme n’a prouvé mieux que lui, qu’on peut faire des tableaux très-intéressans avec peu d’objets, quand ils sont bien vrais, et qu’on a bien saisi ce qui les rend attachans dans la nature. Souvent un peu de terrain couvert de gazon, quelques fleurs des champs, un mouton, un arbrisseau, un ciel presque sans nuages, lui ont fait faire un tableau délicieux, qui charme et les yeux et le cœur, et que l’on met toujours à un très-haut prix.

Quoiqu’en puisse penser et dire un écrivain de nos jours, il n’y a point de lieu plus favorable aux méditations d’un philosophe qu’une galerie de tableaux. Que de volumes seroient employés à décrire tout ce que la peinture y présente à ses yeux en un instant ! Là, semble s’ouvrir pour lui le grand livre de la nature ; auprès des portraits des bienfaiteurs de l’humanité, il voit ceux de ces illustres Érostrates, qui ne doivent leur renommée qu’à tous les maux qu’ils ont faits ; il voit encore les traits enchanteurs de ces femmes adorées, causes souvent des révolutions des États ; qui ont porté dans les âmes, tant de douleurs et tant de joie, et qui sont tombées comme les roses qui paraient leur front. Sous ses yeux, les plus puissants empires de la terre se heurtent et se dévorent pour de foibles intérêts ; une foule de climats différent, les vices, les vertus, les actions héroïques, s’offrent à la fois à ses regards, et les siècles s’écoulent devant lui avec la rapidité d’un coup d’œil. Après avoir vu le spectacle des folies et des cruautés que l’avarice, l’orgueil, la faiblesse, la superstition ont fait faire aux hommes, de quels nouveaux sentiments, de quelles nouvelles idées son esprit et son cœur ne se remplissent-ils pas en rencontrant les paysages nobles et touchants du Poussin, de Claude le Lorrain, ceux de Carle du Jardin ; en voyant dans ceux de Paul Potier, les paisibles troupeaux qui, sur des lits immenses de verdure qu’enrichissent de modestes fleurs, jouissent, sans prévoyance, de tous les bienfaits de la nature ; en voyant, presque vivant, ces bons animaux qui nous couvrent de leur laine, qui labourent nos champs, qui nous nourrissent de leur lait, et que nous payons, hélas ! de tant d’ingratitude !

On ne saurait donc accorder trop d’éloges à Paul Potter, parfait dans son genre, et dont les talents ne donnent que des plaisirs qui peuvent devenir utiles, en inspirant aux hommes le goût de la vie pastorale. Siècle des patriarches ! rêve sacré des amants et des poëtes, pourquoi ton image n’est-elle plus que dans les tableaux ! Non-seulement il doit être placé au rang des plus grands peintres, mais il pourrait l’être encore parmi ces pasteurs renommés, qui, dans les temps héroïques, étaient savants, philosophes, chantres nobles de la nature, des mortels et des dieux, qui n’ont éclairé les hommes que pour les rendre meilleurs, et dont la gloire ne rappelle rien qu’on puisse leur reprocher."

Duminil-Lesueur, 1807 (pp. 66-71).

 

Paul Potter - Jean-Joseph Taillasson - Paulus Potter
Wolf

Wolf

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Rédigé par rafael

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Publié le 23 Octobre 2016

le cimetière de Saint Privat

le cimetière de Saint Privat

Deutsch-Französischer Krieg - Franco-Prussian War - Guerra franco-prusiana

Alphonse de Neuville (1836 – 1885) fut l'un des représentants principaux de la peinture militaire du XIXe siècle, il s'est rendu célèbre par des tableaux relatant la guerre franco-prussienne de 1870.

« Je désire raconter nos défaites dans ce qu’elles ont eu d’honorable pour nous, et je crois donner ainsi un témoignage d’estime à nos soldats et à leurs chefs, un encouragement pour l’avenir. Quoi qu’on en dise, nous n’avons pas été vaincus sans gloire, et je crois qu’il est bon de le montrer ! »

— Lettre d’Alphonse de Neuville au critique d’art Gustave Goestschy, 1881

Bivouac après la bataille du Bourget

Bivouac après la bataille du Bourget

Défense de la porte de Longboyau

Défense de la porte de Longboyau

Les dernières cartouches, Bazeilles.

Les dernières cartouches, Bazeilles.

Son œuvre la plus célèbre est intitulée Les Dernières Cartouches (1873), il s'agit d'une peinture militaire représentant un épisode de la bataille de Sedan, soit la défense jusqu'aux dernières cartouches d'une maison cernée par l'ennemi à Bazeilles dans les Ardennes durant la guerre franco-prussienne; de Neuville en a été récompensé par la Légion d'honneur.

 

Elle passa en vente à la fin du XIXe siècle et fut alors le tableau le plus cher du monde. L'original a été racheté en 1960 et est depuis conservé au musée de Bazeilles nommé pour l'occasion la « Maison de la dernière cartouche » et qui n'est autre que l'ancienne auberge Bourgerie dans laquelle s'est déroulée la scène historique dépeinte dans l'œuvre.

France 1870 - Alphonse de Neuville
France 1870 - Alphonse de Neuville
France 1870 - Alphonse de Neuville

La guerre franco-allemande, parfois appelée guerre franco-prussienne ou guerre de 1870, oppose, du 19 juillet 1870 au 29 janvier 1871, la France et les États allemands coalisés sous l’égide de la Prusse.

Ce conflit se solde par la défaite française, et, forts de cette victoire, les États allemands s’unissent en un Empire allemand, proclamé au château de Versailles, le 18 janvier 1871. La victoire entraîne l’annexion par le Reich du territoire d’Alsace-Moselle (dit Alsace-Lorraine) et l’affirmation de la puissance allemande en Europe au détriment de l’Autriche-Hongrie et de la France.

La défaite de Sedan et la capitulation de Napoléon III, provoquèrent, le 4 septembre 1870, la chute du Second Empire, l'exil de Napoléon III et marqua la naissance en France d'un régime républicain pérenne avec la Troisième République.

La défaite et la perte de l'Alsace-Lorraine provoquèrent en France un sentiment de frustration qui contribua à l'échec du pacifisme, et plus tard, à l'entrée du pays dans la Première Guerre mondiale.

(c) Wikipedia

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Rédigé par rafael

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Publié le 21 Octobre 2016

Kazuo Shiraga
Kazuo Shiraga

Kazuo Shiraga fait partie de la génération de jeunes japonais dont l'expérience de la guerre et des destructions ont marqué la jeunesse. Il étudie la peinture japonaise à l'école des Beaux Arts de Kyōto puis à celle d'Ōsaka jusqu'en 1949. En 1950 il est l'élève de Tsuguo Itoh et participe à partir de 1952 à la création du premier groupe d'avant-garde japonais « zero-kai » avec Saburô Murakami, Akira Kanayama, Atsuko Tanaka dont la devise est « L'art doit partir du point zéro absolu et se développer selon sa propre créativité. »

 

En 1955, le mouvement Zero-Kai disparait pour donner naissance à un nouveau mouvement d'avant-garde, Gutaï ("Concret") auquel il adhère. Il participe à la première exposition du groupe à Tokyo en 1955. Kazuo Shiraga rejette les principes de composition picturale, d'harmonie ou de représentation. La peinture est pour lui un corps à corps avec la couleur. Il pratique ainsi la peinture avec les pieds, debout ou pendu à une corde. Il pratique également des simulations de combat dans de la boue pour y laisser l'empreinte de son corps.

 

Lors de l'exposition de 1955, il attaque à la hache des troncs d'arbre peints en rouge devenant un des pionniers de l'art performance. Le critique français Michel Tapié le fait connaitre en France où il expose en 1962. Il entre alors en contact avec l'avant-garde française dont Jean-Jacques Lebel. A New York, Allan Kaprow s'intéresse à lui et reconnait son rôle fondateur dans l'art performance.

 

Source: Wikipedia (c)

Kazuo Shiraga

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Publié le 19 Octobre 2016

Picasso - Maternité - Dessin
Picasso - Maternity - Mutterschaft - Maternidad - Maternità

 

De 1905 à 1906, Picasso connaît sa « période rose ». Celle-ci se caractérise par un optimisme mélancolique : il use de gammes de roses, d’ocres, de rouges pour représenter le monde du cirque, des saltimbanques, les humbles, les chevaux et la maternité. Ce dessin est une oeuvre préparatoire à la Maternité.

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Publié le 17 Octobre 2016

Miro - 1920-1940

Au début de sa carrière la vision réaliste de Miro s'harmonise avec une structuration de la forme par plans juxtaposés ou imbriqués qui débouche à partir de 1925 sur un répertoire de signes qui s'oriente, sous l'influence du surréalisme, vers une poétique visionnaire d'une féerique fantaisie.

 

Personnage et chien devant le soleil

Personnage et chien devant le soleil

C'est dans cette voie que Miro trouvera son style propre où il ne cesse de montrer son verve, son humour et son sens du merveilleux. Son invention est illimitée; ses décors de ballets, ses dessins collages, ses grands pastels qui ouvrent en 1934 la "période sauvage" témoignent de son constant esprit de renouvellement. 

Il illustre constamment les propos de Breton :"Il reste des contes de fées à écrire pour adultes". 

 

Miro - 1920-1940Miro - 1920-1940
Miro - 1920-1940Miro - 1920-1940
Miro - 1920-1940Miro - 1920-1940

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Rédigé par rafael

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Publié le 16 Octobre 2016

Francis Bacon - Autoportraits

 

Bacon retrouve l’animal dans l’homme en nous montrant des êtres qui sont des présences pures de chair, sans transcendance. Ses figures surgissent de l’informe de la matière picturale elle-même, une matière tronçonnée, balayée, balancée, ravagée, bouleversée.

  

Là encore Bacon ne cherche pas d’achèvement : la mise en présence de la figure vient de son inachèvement même. C’est une matière picturale en devenir qui est saisie à son point le plus incandescent

 

Francis Bacon - AutoportraitsFrancis Bacon - Autoportraits
Francis Bacon - AutoportraitsFrancis Bacon - Autoportraits

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Rédigé par rafael

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Publié le 16 Octobre 2016

Bilal - Partie de chasse

"Vassili Alexandrovitch Tchevtchenko, bien qu'atteint d'une paralysie faciale qui le rend muet, reste un homme puissant dans l'URSS des années 80. Révolutionnaire aux côté de Lénine et Staline, il a traversé toutes les épreuves du régime communiste russe. Très influent, il a orchestré la main mise soviétique sur les différents pays européens du bloc soviétique.

Amateur de chasse, il se rend en Pologne, dans une résidence somptueuse, à la frontière avec la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Roumanie et l'URSS. Un endroit idéal pour une partie de chasse avec ses amis des différents pays du bloc de l'Est.

Bilal - Partie de chasse
Bilal - Partie de chasse

Amis,  presque tous membres influents des polices secrètes de leur pays respectifs, ayant traversé avec Vassili les différentes tempêtes qui ont secouées leurs nations. Vieux, amers et désabusés pour la plupart, chacun y va de ses réminiscences ainsi que du rôle de leur ami dans leur vie.

A travers ces récits, l'on découvre des pages d'histoire d'Europe de l'Est mais aussi la redoutable influence du vieux russe muet. Une influence toujours d'actualité, malgré le fait qu'il n'occupe plus que des postes de prestige en URSS, suffisante pour réunir ses pions pour une ultime partie sur l'échiquier russe. Car le moment est venue de sacrifier, encore une fois, une pièce.

Récit élégiaque du communisme européen, Partie de Chasse dresse le portrait sans complaisance d'un héros soviétique, hanté par son passé et tourné vers l'avenir. Ecrit en 1983, le récit se conclu par un texte magnifiquement illustré ajouté lors de la réédition de 1990. En effet, si cette BD se voulait annonciatrice de la Perestroïka, elle n'avait pas prévu l'effondrement du bloc communiste d'où la nécessité d'un prologue pour rattraper l'histoire."

 

Source: http://efelle.canalblog.com/

Bilal - Partie de chasse
Bilal - Partie de chasse

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Rédigé par rafael

Publié dans #ARTS GRAPHIQUES BD XXe et XXIe

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Publié le 15 Octobre 2016

Soulage surface noir (2)

 

 "La création d'une oeuvre, c'est le triple rapport qui se crée entre la chose qu'elle est, celui qui l'a produite et celui qui la regarde."

Pierre Soulages

 

"Le noir est l'absence de couleur la plus intense, la plus violente qui confère une présence intense et violence aux couleurs, même au blanc..."

Pierre Soulages

 

"Cet objet qu'est le tableau... ne dit rien. Il ne porte pas de titre. Il ne livre aucun message. Il n'engage l'artiste que vis-à -vis de son art et de lui-même, mais absolument. Aussi, la peinture n'est ni image ni langage. Elle est une organisation de formes et de couleurs sur laquelle viennent se faire et se défaire les sens qu'on lui prête."

Pierre Soulages

 

Soulage surface noirSoulage surface noir (3)

 

Pierre Soulages, né le 24 décembre 1919 à Rodez (Aveyron), est un peintre français, spécialiste du noir-lumière, l’outre-noir.

 




« Il n'est pas vrai que l'on puisse faire une bonne peinture à propos de rien » Mark Rothko "Comme mes tableaux sont grands, colorés et sans cadre, et comme les murs des musées sont habituellement immenses et redoutables, le danger existe que les tableaux se relient aux murs à la manière de zones décoratives. Ce serait une déformation de leur signification, puisque les tableaux sont intimes et intenses, et sont à l’opposé de ce qui est décoratif ; et qu’ils ont été peints à l’échelle de la […]

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Rédigé par rafael

Publié dans #ART CONTEMPORAIN

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