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"Parmi les jeunes célébrités, l’une des plus solidement établies est celle de M. Fromentin. Il n’est précisément ni un paysagiste ni un peintre de genre. Ces deux terrains sont trop restreints pour contenir sa large et souple fantaisie. Si je disais de lui qu’il est un conteur de voyages, je ne dirais pas assez, car il y a beaucoup de voyageurs sans poésie et sans âme, et son âme est une des plus poétiques et des plus précieuses que je connaisse. Sa peinture proprement dite, sage, puissante, bien gouvernée, procède évidemment d’Eugène Delacroix. Chez lui aussi on retrouve cette savante et naturelle intelligence de la couleur, si rare parmi nous. Mais la lumière et la chaleur, qui jettent dans quelques cerveaux une espèce de folie tropicale, les agitent d’une fureur inapaisable et les poussent à des danses inconnues, ne versent dans son âme qu’une contemplation douce et reposée. C’est l’extase plutôt que le fanatisme. Il est présumable que je suis moi-même atteint quelque peu d’une nostalgie qui m’entraîne vers le soleil ; car de ces toiles lumineuses s’élève pour moi une vapeur enivrante, qui se condense bientôt en désirs et en regrets. Je me surprends à envier le sort de ces hommes étendus sous ces ombres bleues, et dont les yeux, qui ne sont ni éveillés ni endormis, n’expriment, si toutefois ils expriment quelque chose, que l’amour du repos et le sentiment du bonheur qu’inspire une immense lumière. L’esprit de M. Fromentin tient un peu de la femme, juste autant qu’il faut pour ajouter une grâce à la force. Mais une faculté qui n’est certes pas féminine, et qu’il possède à un degré éminent, est de saisir les parcelles du beau égarées sur la terre, de suivre le beau à la piste partout où il a pu se glisser à travers les trivialités de la nature déchue.

 

 

Aussi il n’est pas difficile de comprendre de quel amour il aime les noblesses de la vie patriarcale, et avec quel intérêt il contemple ces hommes en qui subsiste encore quelque chose de l’antique héroïsme. Ce n’est pas seulement des étoffes éclatantes et des armes curieusement ouvragées que ses yeux sont épris, mais surtout de cette gravité et de ce dandysme patricien qui caractérisent les chefs des tribus puissantes. Tels nous apparurent, il y a quatorze ans à peu près, ces sauvages du Nord-Amérique, conduits par le peintre Catlin, qui, même dans leur état de déchéance, nous faisaient rêver à l’art de Phidias et aux grandeurs homériques. Mais à quoi bon m’étendre sur ce sujet ? Pourquoi expliquer ce que M. Fromentin a bien expliqué lui-même dans ses deux charmants livres : Un été dans le Sahara et le Sahel ? Tout le monde sait que M. Fromentin raconte ses voyages d’une manière double, et qu’il les écrit aussi bien qu’il les peint, avec un style qui n’est pas celui d’un autre. Les peintres anciens aimaient aussi à avoir le pied dans deux domaines et à se servir de deux outils pour exprimer leur pensée. M. Fromentin a réussi comme écrivain et comme artiste, et ses œuvres écrites ou peintes sont si charmantes que s’il était permis d’abattre et de couper l’une des tiges pour donner à l’autre plus de solidité, plus de robur, il serait vraiment bien difficile de choisir. Car pour gagner peut-être, il faudrait se résigner à perdre beaucoup."

 

Charles Baudelaire, Salon de 1859

 




Eugène Fromentiin Le pays de la soif Eugène Fromentin est un peintre et un écrivain français du XIXe siècle. Né en 1820 à La Rochelle où il meurt en 1876, il consacra une partie importante de sa vie à voyager, notamment en Algérie (1846, 1848 et 1852) et en Egypte (1876). Ses voyages lui permirent de développer une peinture à forte connotation orientaliste dans la veine de ce mouvement très influent en Europe au XIXe siècle. Soucieux du détail et de la vraisemblance, ses tableaux sont le […]



Musée d'Orsay, Paris, 1861 Léon Belly (1827 – 1877) est l’un des représentant de la vague orientaliste qui touche l’Europe au XIXe siècle. Après avoir fait l'école de polytechnique, Belly décide d'être peintre paysagiste. En 1850 il part avec une mission scientifique au Liban, en Palestine et en Egypte. Il ramène de ses voyages de multiples sources d’inspirations. Ces toiles souvent immenses mettront en scène les grands termes de l’Orient tel qu’on les imagines au XIXe.



Phèdre Alexandre Cabanel (1823-188ç) était l'un des chefs de file du mouvement académique tout au long du XIXe siècle. Reconnu sous le Second Empire comme l'un des grands peintres français il fut l'objet de vives critiques de la part des "modernes". « La principale malice de Cabanel, c'est d'avoir rénové le style académique. À la vieille poupée classique, édentée et chauve, il a fait cadeau de cheveux postiches et de fausses dents. La mégère s'est métamorphosée en une femme séduisante, […]

Tag(s) : #ECLECTISME XIXe

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