romantisme et neogothique

Publié le 9 Avril 2018

Géricault - Le Chasseur

Géricault - Le Chasseur

 « D’où cela sort-il ? dit David en voyant le Chasseur le jour de l’ouverture du Salon. Je ne reconnais point cette touche. » En effet ce furieux mouvement, cette pittoresque distribution du clair obscur, cette touche large et énergique, cet accent si personnel, pouvaient étonner le peintre des Sabines. Il eût dû cependant être préparé à la révolution qui allait s’accomplir dans l’art ; déjà les tableaux de Gros la faisaient pressentir. Le début de Géricault, encore qu’il surprît un peu, fut bien accueilli par le public et par la critique. Delécluze écrivait : « Le mouvement du cheval et celui du cavalier, un peu forcés peut-être, annoncent une grande vivacité d’exécution. L’ouvrage est rendu avec chaleur et avec une facilité rare, et le pinceau ne laisse à désirer qu’un peu plus de fermeté dans quelques parties. » Bien que pauvrement rédigé, le jugement de Delécluze était celui d’un vrai critique. D’un si grand effet que soit le Chasseur chargeant, ce premier tableau de Géricault est en somme plus enlevé que fait. Ce n’est point encore la touche large, ferme et précise qu’on admire dans le Carabinier à mi-corps et dans le Radeau de la Méduse. "

Henry Houssaye

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Rédigé par rafael

Publié dans #ROMANTISME ET NEOGOTHIQUE

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Publié le 26 Mars 2018

Géricault - Le radeau de la Méduse

Géricault - Le radeau de la Méduse

" On a déjà nommé l’épouvantable sinistre de la frégate la Méduse. Pendant de longs mois, ce naufrage, dont deux des survivans, Corréard et Savigny, avaient publié l’émouvante relation, fut la conversation de tout Paris. Géricault, qui, on l’a vu, se laissait imposer ses sujets par l’impression du moment, conçut l’idée de son tableau sous le coup de l’émotion universelle. Il lut tout ce que livres et journaux publiaient sur ce désastre, il se lia avec Corréard, avec Savigny, avec tous les naufragés qui avaient échappé à la mort ; puis, bien pénétré de son sujet, il chercha dans une vingtaine d’esquisses son expression suprême. Il songea d’abord à représenter l’épisode des matelots des canots coupant les ancres qui retenaient leurs embarcations au radeau et l’abandonnant ainsi à la solitude sinistre de la mer. Il voulut aussi peindre la révolte des matelots contre les officiers. L’esquisse est connue : composition dramatique et mouvementée, mais un peu confuse. Dans un autre croquis, on voit la délivrance des naufragés par les matelots du brick l’Argus qui les recueillent dans leur canot. Mais toutes ces scènes étaient des épisodes qui appartenaient exclusivement au naufrage de la Méduse. Or le génie de Géricault le poussait, peut-être à son insu, à généraliser plutôt qu’à particulariser. Le peintre chercha encore jusqu’à ce qu’il eut trouvé l’admirable composition qui résume tout le drame. C’est le douzième jour du naufrage. Le radeau flotte sur les vagues perdu dans l’immensité de l’Océan ; la mer est livide et agitée, le ciel couvert des nuages noirs de l’orage. Des cent cinquante naufragés qui se sont réfugiés sur le radeau, il en reste quinze vivans. Les autres ont été tués ou sont morts de faim. A l’horizon embrumé, on aperçoit les voilés du brick l’Argus. Ranimés par l’espérance, ces mourans se traînent à l’avant du radeau pour faire des signaux et aussi pour voir, pour se montrer ce navire qui va peut-être les rendre à la vie. Un matelot monté sur un tonneau agite un bout de voile ; un autre indique de la main à Corréard et à Savigny, qui sont appuyés contre le mât, la marche du navire. Au second plan, des naufragés, groupés dans les vraies attitudes de la souffrance et de l’épuisement, font de suprêmes efforts pour s’approcher du bord de l’embarcation d’où l’Argus est visible. Seul un vieillard, tenant sur ses genoux le cadavre de son fils, semble indifférent au sentiment d’espoir qui transporte chacun. Il est là, les yeux creux, les traits tirés, la tête appuyée dans sa main, résolument perdu dans une douleur farouche. Ce radeau informe jonché de cadavres et ces hommes demi-nus, isolés au milieu des grandes vagues de l’Océan, n’appartiennent à aucune époque. Ce n’est pas plus le naufrage de la Méduse que tout autre naufrage réel ou imaginaire. C’est le naufrage même, dans sa hideur, dans son désespoir et dans sa pathétique épouvante.

... Et d’ailleurs cette scène moderne, le Radeau de la Méduse, le génie objectif de Géricault en fit une scène épique. Parce qu’on fait vibrer la vie sur la toile, parce qu’on porte à leur dernière puissance l’expression et le mouvement, parce qu’on rend le relief dans son effet et dans sa saisissante impression, on n’est pas pour cela un réaliste. Non, il n’est pas un réaliste celui qui, au lieu d’imiter servilement la nature, l’exprime avec liberté et la transfigure...

Quand on connaît l’accueil qui fut fait à la Méduse, on est confondu et indigné. Cette composition si originale, si savante et d’un si grand effet, ce dessin magistral, ce puissant modelé des torses nus où se joue la lumière accusant des musculatures à la Michel-Ange, ces audacieux raccourcis, cette touche ferme et large précisant et enveloppant les formes, cette science du clair-obscur, cette vigoureuse couleur volontairement tenue, à cause du sujet auquel elle s’approprie si bien, dans l’austère harmonie des gammes sombres, ne trouvèrent que l’indifférence et la réprobation. Le public ne comprit rien à ce chef-d’œuvre ; la critique le traita avec un dédain ironique. « Il me presse, dit Kératry dans son Salon de 1819, d’être débarrassé de ce grand tableau qui m’offusque quand j’entre au Salon. » Ce tableau qui offusque Kératry, c’est la Méduse ! Et cette ridicule parole n’était pas seulement l’expression d’une opinion personnelle. Le critique se faisait ici l’écho de l’opinion unanime des amateurs, du public et même de la plupart des artistes.   "

Henry Houssaye , 1879

 

" Dès que la frégate fut échouée, on amena les voiles avec précipitation, on dépassa les mâts de perroquet, on recala ceux de hune, et l’on disposa tous les objets nécessaires pour la retirer de dessus le banc ; mais, comme il arrive dans toutes les circonstances critiques, on ne sut prendre aucune résolution. Le défaut de confiance dans les chefs amena l’indiscipline, et l’on perdit toute la journée du 2. Après de nombreux mais inutiles travaux, la nuit étant survenue, on les suspendit pour donner quelques instans de repos à l’équipage, qui avait déployé une activité extrême. Le lendemain 3 on dépassa les mâts de hune, on amena les vergues et l’on vira au cabestan sur une ancre qui, la veille au soir, très-tard, avait été mouillée à une encablure dans le derrière de la frégate. Cette opération fut infructueuse, parce que cette ancre, qui était très-faible, ne put opposer assez de

résistance, et céda. On en mouilla alors une de bossoir, qui, après des peines infinie, fut cependant portée assez loin, dans un endroit où il n’y avait pas  plus de 5 mètres 60 centimètres d’eau. Pour la porter jusque-là, on la mit en cravatte derrière une chaloupe sous laquelle on avait placé un chapelet de barriques vides, cette embarcation n’étant pas susceptible de porter un poids aussi considérable [5]. La mer était d’ailleurs assez grosse, et le courant extrêmement fort.

Cette chaloupe, rendue sur le lieu où elle devait mouiller son ancre, ne put lui donner une position convenable pour faire engager ses pattes dans le sable ; car l’une des extrémités touchait déjà le fond, tandis que le joil, fixé sur le derrière de la chaloupe, était entièrement hors de l’eau. Ainsi, mal mouillée, cette masse ne put remplir le but qu’on se proposait ; car, lorsqu’on vira dessus, elle n’opposa que fort peu de résistance, et serait revenue jusqu’à bord si l’on eût continué de faire force au cabestan [6]. Dans la journée on défonça des pièces à eau qui étaient dans la cale ; on pompa de suite. Les mats de hune, excepté le petit, qu’on ne put dépasser, furent mis à la mer ; les vergues, la beaume et toutes les pièces de bois qui composaient la drome furent également débarquées. On conserva les deux basses vergues en place, pour servir de béquilles à la frégate et la maintenir en cas qu’elle menaçât de chavirer.

Si la perte du navire devenait certaine, il fallait assurer une retraite à l’équipage. Un conseil fut convoqué, dans lequel le gouverneur du Sénégal donna lui-même le plan d’un radeau susceptible), disait-on, de porter deux cents hommes avec des vivres . On fut obligé d’avoir recours à un moyen de cette nature, parce que les six embarcations du bord furent jugées incapables de se charger de quatre cents hommes que nous étions. Les vivres devaient être déposés sur le radeau, et aux heures des repas les équipages des canots seraient venus y prendre leurs rations. Les promesses les plus séduisantes nous furent faites, pour mieux nous cacher la profondeur de l’abîme qu’on nous présentait : on nous dit encore qu’on placerait sur le radeau les cent vingt mille francs que nous avions à bord de la frégate, et que, dans le cas où une embarcation viendrait à chavirer, le radeau servirait de refuge. Voilà quels furent les propos séduisans que nous tinrent MM. Chmaltz, Chaumareyc et presque tous les officiers du navire. Nous devions tous gagner ensemble les côtes sablonneuses du désert, et là, munis d’armes et de munitions de guerre que devaient prendre les canots avant notre départ de la frégate, former une caravanne et nous rendre à l’ile Saint-Louis. Les événemens qui eurent lieu dans la suite prouvèrent que ce plan était parfaitement conçu, et qu’il eût été couronné du succès ; par malheur ces décisions furent tracées sur un sable léger que dissipa le souffle de l’égoïsme. Le soir, vers les deux heures, une autre ancre à jet fut mouillée à une assez grande distance de la frégate. Un instant avant la pleine mer, on commença à virer au cabestan, mais toutes les manœuvres furent infructueuses. Les travaux furent remis à la marée du lendemain matin. Pendant tout ce temps, les mouillages s’exécutèrent avec les plus grandes peines ; la mer était houleuse, les vents forts et du large. Les embarcations qui voulaient aller au loin , soit pour sonder ou pour y mouiller des ancres, ne gagnaient qu’après les plus grands efforts ; des courants rapides augmentaient encore les difficultés. Si le temps ne nous eût pas si puissamment contrariés, peut-être que le lendemain le bâtiment aurait été mis à flot, car il avait été décidé qu’on élongerait de fort longues touées ; mais la force du vent et de la mer renversèrent ces dispositions qu’un calme seul eût pu favoriser. Le temps fut mauvais pendant toute la nuit. Vers les quatre ou cinq heures, à la marée du matin, tous les moyens qu’on employa pour relever la frégate furent encore inutiles ; nous commençâmes à désespérer de pouvoir jamais la retirer de ce danger. Les embarcations furent réparées , et l’on travailla avec activité à la construction du radeau.

... 

Ce fut alors que plusieurs personnes qui avaient été désignées pour les embarcations, regrettèrent vivement d’avoir préféré le radeau, parce que le devoir et l’honneur leur avaient marqué ce poste. Nous aurions à citer quelques individus. Par exemple, M. Corréard entre autres devait aller dans une des embarcations ; mais douze des ouvriers qu’il commandait avaient été désignés pour le radeau, il crut qu’en sa qualité d’ingénieur-commandant, il était de son devoir de ne point se séparer de la majeure partie de ceux qui lui avaient été confiés, et qui lui avaient promis de le suivre partout ou l’exigerait le besoin du service. Dès ce moment son sort devint inséparable du leur, et il fit auprès du gouverneur toutes les démarches possibles pour que ses ouvriers fussent embarqués sur la même chaloupe que lui ; mais voyant qu’il ne pouvait lien obtenir pour améliorer le sort de ces braves gens, il dit au gouverneur qu’il n’était pas fait pour commettre une lâcheté ; que puisqu’il ne voulait pas réunir ses ouvriers avec lui dans la même embarcation, il le priait de lui permettre d’aller avec eux sur le radeau, ce qui lui fut accordé.

Plusieurs officiers militaires suivirent cet exemple ; deux seulement de ceux qui devaient commander les troupes n’avaient pas jugé convenable de se placer sur Le radeau dont l’installation devait à la vérité inspirer peu de confiance.

L’un deux, le capitaine Beinière, se plaça dans la grande chaloupe avec 36 de ses soldats. On nous avait dit que cette troupe était chargée de surveiller la marche des autres embarcations, et de faire feu sût celles qui voudraient abandonner le radeau. Il est vrai, comme on l’a vu plus haut, que quelques braves soldats, écoutant peut-être plus alors la voix de l’humanité et de l’honneur français que les rigoureuses maximes de la discipline, auraient voulu se servir de leurs armes contre les lâches qui nous abandonnaient, mais leur volonté et leur mouvement avaient été paralysés par l’obéissance passive qu’ils devaient à leurs officiers, qui s’opposèrent à cette résolution.

L’autre, M. Danglas, lieutenant, sortant des gardes-du-corps, s’était d’abord embarqué avec nous sur le radeau, où son poste était désigné ; mais lorsqu’il vit le danger qu’il courait sur cette effrayante machine, il se hâta de la quitter, sous prétexte qu’il avait oublié quelque chose sur la frégate, et ne reparut plus. Ce fut lui que nous vîmes s’armer d’une carabine et menacer de faire feu sur le canot du gouverneur lorsqu’il commença à s’éloigner de la frégate. Ce mouvement, et quelques autres démonstrations que l’on prit pour de la folie, manquèrent de lui coûter la vie ; car pendant qu’il se livrait ainsi à une sorte d’extravagance, le capitaine prit la fuite en l’abandonnant sur la frégate, parmi les soixante-trois hommes qu’il y laissa Lorsqu’il se vit ainsi traité, M. Danglas donna décidément des marques du plus furieux désespoir. On fut obligé de l’empêcher d’attenter à ses jours ; il invoquait à grand cris la mort qu’il croyait inévitable au milieu de périls si imminens. Il est certain que si M. Espiau, qui avait déjà sa chaloupe pleine, ne fût point revenu prendre à bord de la frégate les quarante-six hommes, du nombre desquels fut M. Danglas, celui-ci eût pu avec tous ses compagnons ne pas éprouver un meilleur sort que les dix-sept qu’on laissa définitivement sur la Méduse.

Géricault - Le radeau de la Méduse

Nous étions tous partis du bord sans avoir pris aucune nourriture ; la faim commença à se faire sentir impérieusement. Nous mêlâmes notre pâte de biscuit mariné avec un peu de vin, et nous la distribuâmes ainsi préparée. Tel fut notre premier repas et le meilleur que nous fîmes pendant tout notre séjour sur le radeau.

Un ordre par numéros fut établi pour la distribution de nos misérables vivres. La ration de vin fut fixée à trois quarts par jour. Nous ne parlerons plus du biscuit ; la première distribution l’enleva entièrerement. La journée se passa assez tranquillement. Nous nous entretînmes des moyens que nous devions employer pour nous sauver ; nous en parlions comme d’une chose certaine, ce qui ranimait notre courage, et nous soutenions celui des soldats en le nourrissant de l’espoir de pouvoir sous peu nous venger sur ceux qui nous avaient si indignement abandonnés. Cet espoir de vengeance, il faut l’avouer, nous animait tous également, et nous vomissions mille imprécations contre ceux qui nous avaient laissés en proie à tant de maux et de dangers. L’officier qui commandait le radeaux ne pouvant se mouvoir, M. Savigny se chargea de faire installer la mâture. Il fit couper en deux un des mâts de flêche de la frégate ( mât de beaume ). Nous mîmes pour voile le cacatois de perruche. Le mât fut maintenu avec le cordage qui nous servait de remorque, et dont nous fîmes des étais et des haubans ; il était fixé sur le tiers antérieur du radeau. La voile orientait fort bien, mais son effet nous était de très-peu d’utilité. Elle nous servait seulement lorsque le vent venait de l’arrière ; et, pour que le radeau conservât cette allure, il fallait qu’elle fût orientée, comme si le vent nous était venu de travers. Nous croyons qu’on peut attribuer cette position en travers qu’a continuellement conservée notre radeau , aux trop longs morceaux de bois qui dépassaient de chaque côté. Le soir, nos cœurs et nos vœux, par un sentiment naturel aux infortunés, se portèrent vers Le ciel. Environnés de dangers présens et inévitables, nous élevâmes nos voix vers cette puissance invisible qui a établi et qui maintient l’ordre de l’univers. Nous l’invoquâmes avec ferveur, et nous recueillîmes de notre prière l’avantage d’espérer en notre salut. 11 faut avoir éprouvé des situations cruelles pour s’imaginer quel charme, au sein meme du malheur, peut nous offrir l’idée sublime d’un Dieu protecteur de l’infortune. Une pensée consolante berçait encore nos imaginations : nous présumions que la petite division avait fait route pour l’ile d’Arguin, et qu’après y avoir déposé une partie de son monde, elle reviendrait à notre secours. Cette pensée , que nous nous efforçâmes de faire goûter aux soldats et aux matelots , retint leurs clameurs. La nuit arriva sans que nos espérances fussent remplies ; le vent fraîchit, la mer grossit considérablement. Quelle nuit affreuse ! L’idée seule de voir les embarcations le lendemain consola un peu nos hommes qui, la plupart, n’ayant pas le pied marin, à chaque coup de mer tombaient les uns sur les autres. M. Savigny, secondé par quelques personnes qui, au milieu de ce désordre, conservaient encore leur sang-froid, plaça des filières ( cordes attachées aux pièces du radeau ). Les hommes les prirent à la main , et ayant un point d’appui ils purént mieux résister à l’effort de la lame ; quelques-uns furent obligés de s’attacher. Au milieu de la nuit, le temps fut très mauvais; des vagues extrêmement grosses déferlaient sur nous et nous renversaient quelquefois très-rudement. Les cris des hommes se mêlaient alors au bruit des flots, tandis qu’une mer terrible nous soulevait chaque instant de dessus le radeau, et menaçait de nous entraîner. Cette scène était encore rendue plus affreuse par l’horreur qu’inspirait une nuit très-obscure. Tout-à-coup nous crûmes, pendant quelques instans, découvrir des feux au large. Nous avions eu la précaution de pendre au haut du mât de la poudre à canon et des pistolets dont nous nous étions munis à bord de la frégate: nous fîmes des signaux, en brûlant une grande quantité d’amorces ; nous tirâmes même quelques coups de pistolet, mais il parait que la vue de ces feux n’était qu’une erreur de vision, ou peut-être était-ce l’effet des brisans des vagues. Nous luttâmes contre la mort pendant toute cette nuit, nous tenant fortement aux filières qui étaient solidement amarrées. Roulés par les flots de l’arrière à l’avant et de l’avant à l’arrière, et quelquefois précipités dans la mer, flottant entre la vie et la mort, gémissant sur notre infortune, certains de périr, disputant néanmoins un reste d’existence à cet élément cruel qui menaçait de nous engloutir, telle fut notre position jusqu’au jour. L’on entendait à chaque instant les cris lamentables des soldats et des matelots ; ils se préparaient à la mort; se faisaient leurs adieux en implorant la protection du ciel, et adressant de ferventes prières à Dieu. Tous lui faisaient des vœux, malgré la certitude où ils étaient de ne pouvoir jamais les accomplir. Affreuse position ! comment s’en faire une idée qui ne soit pas au-dessous de la réalité !

... Au milieu de ces horreurs, une scène attendrissante de piété filiale vint nous arracher des larmes: deux jeunes gens relèvent et reconnaissent leur père dans un infortuné sans connaissance étendu sous les pieds des hommes; ils le crurent d’abord privé de sa vie, et leur désespoir se signala par les regrets les plus touchans. On s’aperçut néanmoins que ce corps presqu’inanimé respirait encore; on lui prodigua tous les secours qui étaient en notre pouvoir. Il revint peu à peu et fut rendu à la vie et aux vœux de ses fils qui le tenaient étroitement embrassé. Tandis qu’ici les droits de la nature et le sentiment de la conservation reprenaient leur empire dans cette épisode touchante de nos tristes aventures, et qui venait de nous faire un peu de bien au cœur, nous eûmes bientôt le douloureux spectacle d’un sombre contraste. Deux jeunes mousses et un boulanger ne craignirent pas de se donner la mort, en se jetant à la mer, après avoir fait leurs adieux à leurs compagnons d’infortune. Déjà le moral de nos hommes était singulièrement altéré; les uns croyaient voir la terre, d’autres des navires qui venaient nous sauver: tous nous annonçaient par leurs cris ces visions fallacieuses.

Nous déplorâmes la perte de nos malheureux compagnons. Nous étions loin, dans ce moment, de prévoir la scène bien autrement terrible qui devait avoir lieu la nuit suivante; loin de là nous jouissions d’une certaine satisfaction, tant nous étions persuadés que les embarcations allaient venir à notre secours. Le jour fut beau, et la tranquillité la plus parfaite régna toute la journée sur notre radeau. Le soir vint et les embarcations ne parurent point. Le découragement recommença à s’emparer de tous nos hommes, et dès-lors l’esprit séditieux se manifesta par des cris de rage: la voix des chefs fut entièrement méconnue...

... Les infortunés que la mort avait épargnés dans la nuit désastreuse que nous venons de décrire se précipitèrent sur les cadavres dont le radeau était couvert, les coupèrent par tranches, et quelques-uns même les dévorèrent à l’instant. Beaucoup néanmoins ni touchèrent pas ; presque tous les officiers furent de ce nombre. Voyant que cette affreuse nourriture avait relevé les forces de ceux qui l’avaient employée, on proposa de la faire sécher pour la rendre un peu plus supportable au goût. Ceux qui eurent la force de s’en abstenir prirent une plus grande quantité de vin. Nous essayâmes de manger des baudriers de sabres et des gibernes ; nous parvînmes à en avaler quelques petits morceaux. Quelques-uns mangèrent du linge ; d’autres des cuirs de chapeaux sur lesquels il y avait un peu de graisse ou plutôt de crasse ; nous fûmes forcés d’abandonner ces derniers moyens. Un matelot tenta de manger des excréments, mais il ne put y réussir. ...

... Enfin, après des efforts inouïs, les révoltés furent encore une fois repoussés, et le calme se rétablit. Sortis de ce nouveau danger, nous cherchâmes à prendre quelques instants de repos : le jour vint enfin nous éclairer pour la cinquième fois. Nous n’étions plus que trente ; nous avions perdu quatre ou cinq de nos fidèles marins ; ceux qui survivaient étaient dans l’état le plus déplorable. L’eau de la mer avait enlevé presque entièrement l’épiderme de nos extrémités inférieures ; nous étions couverts ou de contusions ou de blessures qui, irritées par l’eau salée, nous arrachaient à chaque instant des cris perçants, de sorte que vingt tout au plus d’entre nous étaient capables de se tenir de bout et de marcher. Presque toute la provision de notre pêche était épuisée ; nous n’avions plus de vin que pour quatre jours, et il nous restait à peine une douzaine de poissons. Dans quatre jours , disions-nous , nous manquerons de tout, et la mort sera inévitable. Ainsi arriva le septième jour de notre abandon. Nous calculions que dans le cas ou les embarcations n’auraient pas échoué à la côte, il leur fallait au moins trois ou quatre fois vingt-quatre heures pour se rendre à Saint-Louis ; il fallait ensuite le temps d’expédier des navires, et à ces navires celui de nous trouver ; nous résolûmes de tenir le plus long-temps possible. Dans le courant de la journée, deux militaires s’étaient glissés derrière la seule barrique de vin qui nous restât, ils l’avaient percée , et buvaient avec un chalumeau. Nous avions tous juré que celui qui emploîrait de semblables moyens serait puni de mort. Cette loi fut à l’instant mise à exécution, et les deux infracteurs furent jetés à la mer . ...

... Trois jours se passèrent dans des angoisses inexprimables nous méprisions tellement la vie, que plusieurs d’entre nous ne craignirent pas de se baigner à la vue des requins qui entouraient notre radeau ; quelques autres se mettaient nus sur le devant de notre machine qui était alors submergée : ces moyens diminuaient un peu l’ardeur de leur soif. Une espèce de mollusques, connue à bord des vaisseaux sous le nom de galère , était quelquefois poussée sur noire radeau en très-grand nombre ; et lorsque leurs longues expansions se reposaient sur nos membres dépouillés, elles nous occasionnaient les souffrances les plus cruelles. Croirait-on qu’au milieu de ces scènes terribles, luttant contre une mort inévitable, quelques-uns de nous se soient permis des plaisanteries qui nous faisaient encore sourire, malgré l’horreur de notre situation. L’un, entre autres, dit en plaisantant : Si le brick est envoyé à notre recherche, prions Dieu qu’il ait pour nous des yeux d’Argus, faisant allusion au nom du navire que nous présumions devoir venir à notre recherche. Cette idée consolante ne nous abandonna pas d’un instant, et nous en parlions fréquemment. ...

Géricault - Le radeau de la Méduse

... Le brick l’Argus avait été expédié du Sénégal pour porter des secours aux naufragés des embarcations et chercher le radeau. Pendant plusieurs jours il longea la côte sans nous rencontrer, et donna des vivres aux naufragés des embarcations qui traversaient le désert de Sahara. Croyant que ses recherches seraient désormais inutiles pour trouver notre machine, il fit voile pour la rade d’où il avait été expédié, afin d y aller annoncer l’inutilité de ses perquisitions ; c’est quand il courait sa bordée sur le Sénégal que nous l’aperçûmes. Le matin il n’était plus qu’à quarante lieues de l’embouchure du fleuve, lorsque les vents passèrent au sud-ouest : le capitaine, comme par une espèce d’inspiration, dit qu’il fallait revirer de bord. Les vents portaient sur la frégate ; après avoir couru deux heures sur ce bord, les hommes de garde annoncèrent un navire ; quand le brick fut plus près, à l’aide de lunettes, on nous reconnut. Lorsque nous fûmes recueillis par l’Argus, notre première question fut celle-ci : Messieurs, nous cherchez-vous depuis long-temps ? « On nous répondit qu’oui ; mais que cependant le capitaine n’avait point reçu d’ordre positif à ce sujet, et que nous devions au hasard seul le bonheur d’avoir été rencontrés. Nous nous faisons un vrai plaisir de citer une phrase de M. Parnajou, adressée à l’un de nous : On m aurait donné le grade de capitaine de frégate, que j’éprouverais un plaisir moins vif que celui que j’ai ressenti en rencontrant votre radeau. ... "

 

Corréard (pp. 13-373).

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Rédigé par rafael

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Publié le 25 Mars 2018

Gustave Dotrée - La Bible - Jacob

Gustave Dotrée - La Bible - Jacob

" Gustave Doré a trente-trois ans. C’est à cet âge qu’il a cru devoir s’attaquer au grand poème humain, à ce recueil de récits terribles ou souriants que l’on nomme la Sainte Bible. J’aurais aimé qu’il gardât cette œuvre pour dernier labeur, pour le travail grandiose qui eût consacré sa gloire. Où trouvera-t-il maintenant un sujet plus vaste, plus digne d’être étudié avec amour, un sujet qui offre plus de spectacles doux ou terrifiants à son crayon créateur ? S’il est vrai que l’artiste soit fatalement forcé de produire des œuvres de plus en plus puissantes et fortes, je tremble pour lui, qui cherchera en vain un second poème plus fécond en visions sublimes. Lorsqu’il voudra donner l’œuvre dans laquelle il mettra tout son cœur et toute sa chair, il n’aura plus les légendes rayonnantes d’Israël, et je ne sais vraiment à quelle autre épopée il pourra demander un égal horizon.

Je n’ai pas, d’ailleurs, mission d’interroger l’artiste sur son bon plaisir. L’œuvre est là, et je dois seulement l’analyser et la présenter au public.

Je me demande, avant tout, quelle a été la grande vision intérieure de l’artiste, lorsque, ayant arrêté qu’il entreprendrait le rude labeur, il a fermé les yeux pour voir se dérouler le poème en spectacles imaginaires. Étant donnée la nature merveilleuse et particulière de Gustave Doré, il est facile d’assister aux opérations qui ont dû avoir lieu dans cette intelligence : les légendes se sont succédé, les unes claires et lumineuses, toutes blanches, les autres sombres et effrayantes, rouges de sang et de flammes. Il s’est abîmé dans cette immense vision, il a monté dans le rêve, il a eu une suprême joie en sentant qu’il quittait la terre, qu’il laissait là les réalités et que son imagination allait pouvoir vagabonder à l’aise dans les cauchemars et dans les apothéoses. Toute la grande famille biblique s’est dressée devant lui ; il a vu ces personnages que les souvenirs ont grandi et ont mis hors de l’humanité ; il a aperçu cette terre d’Égypte, cette terre de Chanaan, pays merveilleux qui semblent appartenir à un autre monde ; il a vécu en intimité avec les héros des anciens contes, avec des paysages emplis de ténèbres et d’aubes miraculeuses. Puis, l’histoire de Jésus, plus adoucie, tendre et sévère, lui a ouvert des horizons recueillis, dans lesquels ses rêves se sont élargis et ont pris une sérénité profonde. C’était là le champ vaste qu’il fallait au jeune audacieux. La terre l’ennuie, la terre bête que nous foulons de nos jours, et il n’aime que les terres célestes, celles qu’il peut éclairer de lumières étranges et inconnues. Aussi a-t-il exagéré le rêve ; il a voulu écrire de son crayon une Bible féerie, une suite de scènes semblant faire partie d’un drame gigantesque qui s’est passé on sait où, dans quelque sphère lointaine."

 

" L’œuvre a deux notes, deux notes éternelles qui chantent ensemble : la blancheur des puretés premières, des cœurs tendres, et les ténèbres épaisses des premiers meurtres, des âmes noires et cruelles. Les spectacles se suivent, ils sont tout lumière ou tout ombre. L’artiste a cru devoir appuyer sur ce double caractère, et il est arrivé que son talent se prêtait singulièrement à rendre les clartés pures de l’Eden et les obscurités des champs de bataille envahis par la nuit et la mort, les blancheurs de Gabriel et de Marie dans l’éblouissement de l’Annonciation, et les horreurs livides, les éclairs sombres, l’immense pitié sinistre du Golgotha.

Je ne puis le suivre dans sa longue vision. Il n’a mis que deux ou trois ans pour rêver ce monde, et sa main a dû, au jour le jour, improviser les mille scènes diverses du drame. Chaque gravure n’est, je le répète, que le songe particulier que l’artiste a fait après avoir lu un verset de la Bible ; je ne puis appeler cela qu’un songe, parce que la gravure ne vit pas de notre vie, qu’elle est trop blanche ou trop noire, qu’elle semble être le dessin d’un décor de théâtre, pris lorsque la féerie se termine dans les gloires rayonnantes de l’apothéose. L’improvisateur a écrit sur les marges ses impressions, en dehors de toute réalité et de toute étude, et son talent merveilleux a donné, à certains dessins, une sorte d’existence étrange qui n’est point la vie, mais qui est tout au moins le mouvement."

Gustave Dorée - La Bible - David

Gustave Dorée - La Bible - David

" J’ai encore devant les yeux le dessin intitulé Achan lapidé : Achan est étendu, les bras ouverts, au fond d’un ravin, les jambes et le ventre écrasés, broyés sous d’énormes dalles, et du ciel noir, des profondeurs effrayantes de l’horizon, arrivent lentement, un à un, en une file démesurée, les oiseaux de proie qui vont se disputer les entrailles que les pierres ont fait jaillir. Tout le talent de Gustave Doré est dans cette gravure qui est un cauchemar merveilleusement traduit et mis en relief. Je citerai encore la page où l’Arche, arrêtée sur le sommet du mont Ararat, se profile sur le ciel clair en une silhouette énorme, et cette autre page qui montre la fille de Jephté au milieu de ses compagnes, pleurant, dans une aurore douce, sa jeunesse et ses belles amours qu’elle n’aura point le temps d’aimer.

Je devrais tout citer, tout analyser, pour me mieux faire entendre. L’œuvre part des douceurs de l’Eden ; son premier cri de douleur et d’effroi est le déluge, cri bientôt apaisé par la vie sereine des patriarches, dont les blanches filles s’en vont aux fontaines, dans leur sourire et leur tranquille virginité. Puis vient l’étrange terre d’Égypte, avec ses monuments et ses horizons ; l’histoire de Joseph et celle de Moïse nous sont contées avec un luxe inouï de costumes et d’architectures, avec toute la douceur du jeune enfant de Jacob, toute l’horreur des dix plaies et du passage de la mer Rouge. Alors commence l’histoire rude et poignante de cette terre de Judée, qui a bu plus de sang humain que d’eau de pluie : Samson et Dalila, David et Goliath, Judith et Holopherne, les géants bêtes et les femmes cruelles, les terreurs de la trahison et du meurtre. La légende d’Elie est le premier rayon divin et prophétique trouant cette nuit sanglante ; puis viennent les doux contes de Tobie et d’Esther et ce sanglot de douleur, ce sanglot si profondément humain dans sa désespérance, que pousse Job râclant ses plaies sur le fumier de sa misère. Les vengeurs se dressent alors, la bouche pleine de lamentations et de menaces, ces vengeurs de Dieu, Isaïe, Jérémie, Ezéchiel, Baruch, Daniel, Amos, sombres figures qui dominent Israël, maudissant l’humanité féroce, annonçant la rédemption. ..."

Gustave Dorée - La Bible - Emile Zola
Mes haines, causeries littéraires et artistiques
G. Charpentier et E. Fasquelle, éditeurs (pp. 85-96).

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Publié le 22 Mars 2018

Géricault - La course Barberi

Géricault - La course Barberi

Théodore Géricault (1791 - 1824) est l'élève de Guérin et de Gros, il rompt avec académisme en 1812 avec l'Officier des Chasseurs, en posant les jalons du romantisme naissant.  dont le véritable manifeste fut Le radeau de la Méduse peint en 1819. 

Géricault - L'Officier des chasseurs - 1812

Géricault - L'Officier des chasseurs - 1812

En 1816 et 1817 il réside à Florence puis à Rome où il travaille sur La Course des Chevaux Barbes dont il produira de nombreuses esquisses et tableaux inachevés. Ses multiples études illustrent sa passion pour les chevaux. 

Le véritable manifeste du mouvement romantique sera Le radeau de la Méduse peint en 1819 et particulièrement mail acceuillit par la critique.  

Géricault - Le radeau de la Méduse - 1819

Géricault - Le radeau de la Méduse - 1819

De dépit il part à Londres où de 1820 à 1821 il peint plusieurs scènes de courses dont le célèbre Derby d'Epson. Il poursuit son travail en faisant les portraits de folles et d'internées. Promis à un destin de meneur de la nouvelle école romantique il meurt à 32 ans. 

 

Source: DA

Géricault - Derby

Géricault - Derby

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Publié le 11 Mars 2018

Gustave Doré - La Divine comédie de Dante
Gustave Doré - La Divine comédie de Dante
Gustave Doré - La Divine comédie de Dante
Gustave Doré - La Divine comédie de Dante

Gustave Doré - La Divine comédie de Dante

" Gustave Doré, pour le juger d’un mot, est un improvisateur, le plus merveilleux improvisateur du crayon qui ait jamais existé. Il ne dessine ni ne peint : il improvise ; sa main trouve des lignes, des ombres et des lumières, comme certains poètes de salon trouvent des rimes, des strophes entières. Il n’y a pas incubation de l’œuvre ; il ne caresse point son idée, ne la cisèle point, ne fait aucune étude préparatoire. L’idée vient, instantanée ; elle le frappe avec la rapidité et l’éblouissement de l’éclair, et il la subit sans la discuter, il obéit au rayon d’en haut. D’ailleurs, il n’a jamais attendu ; dès qu’il a le crayon aux doigts, la bonne muse ne se fait pas prier ; elle est toujours là, au côté du poète, les mains pleines de rayons et de ténèbres, lui prodiguant les douces et les terribles visions qu’il retrace d’une main prompte et fièvreuse. Il a l’intuition de toutes choses, et il crayonne des rêves, comme d’autres sculptent des réalités.

Je viens de prononcer le mot qui est la grande critique de l’œuvre de Gustave Doré. Jamais artiste n’eut moins que lui le souci de la réalité. Il ne voit que ses songes, il vit dans un pays idéal dont il nous rapporte des nains et des géants, des cieux radieux et de larges paysages. Il loge à l’hôtellerie des fées, en pleine contrée des rêves. Notre terre l’inquiète peu : il lui faut les terres infernales et célestes de Dante, le monde fou de don Quichotte, et, aujourd’hui, il voyage en ce pays de Chanaan, rouge du sang humain et blanc des aurores divines.

Gustave Dorée - Don Quichotte
Gustave Dorée - Don Quichotte

Gustave Dorée - Don Quichotte

" Le mal en tout ceci est que le crayon n’entre pas, qu’il effleure seulement le papier. L’œuvre n’est pas solide ; il n’y a point, sous elle, la forte charpente de la réalité pour la tenir ferme et debout. Je ne sais si je me trompe, Gustave Doré a dû abandonner de bonne heure l’étude du modèle vivant, du corps humain dans sa vérité puissante. Le succès est venu trop tôt ; le jeune artiste n’a pas eu à soutenir la grande lutte, pendant laquelle on fouille avec acharnement la nature humaine. Il n’a pas vécu ignoré, dans le coin d’un atelier, en face d’un modèle dont on analyse désespérément chaque muscle ; il ignore sans doute cette vie de souffrances, de doute, qui vous fait aimer d’un amour profond la réalité nue et vivante. Le triomphe l’a surpris en pleine étude, lorsque d’autres cherchent encore patiemment le juste et le vrai. Son imagination riche, sa nature pittoresque et ingénieuse lui ont semblé des trésors inépuisables dans lesquels il trouverait toujours des spectacles et des effets nouveaux, et il s’est lancé bravement dans le succès, n’ayant pour soutiens que ses rêves, tirant tout de lui, créant à nouveau, dans le cauchemar et la vision, le ciel et la terre de Dieu. 

Le réel, il faut le dire, s’est vengé parfois. On ne se renferme pas impunément dans le songe ; un jour vient où la force manque pour jouer ainsi au créateur. Puis, lorsque les œuvres sont trop personnelles, elles se reproduisent fatalement ; l’œil du visionnaire s’emplit toujours de la même vision, et le dessinateur adopte certaines formes dont il ne peut plus se débarrasser. La réalité, au contraire, est une bonne mère qui nourrit ses enfants d’aliments toujours nouveaux ; elle leur offre, à chaque heure, des faces différentes ; elle se présente à eux, profonde, infinie, pleine d’une vitalité sans cesse renaissante.  "

 

Gsutave Doré - Pantagruel

Gsutave Doré - Pantagruel

 "Aujourd’hui, Gustave Doré en est à ce point : il a fouillé, épuisé son trésor en enfant prodigue ; il a donné avec puissance et relief tous les rêves qui étaient en lui, et il les a même donnés plusieurs fois. Les éditeurs ont assiégé son atelier ; ils se sont disputé ses dessins que la critique tout entière a accueillis avec admiration. Rien ne manque à la gloire de l’artiste, ni l’argent, ni les applaudissements. Il a établi un vaste chantier, où il produit sans relâche ; trois, quatre publications sont là, menées de front, avec une égale verve ; le dessinateur passe de l’une à l’autre sans faiblir, sans mûrir ses pensées, ayant foi en sa bonne muse qui lui souffle le mot divin au moment propice. Tel est le labeur colossal, la tâche de géant que sa réussite lui a imposée, et que sa nature particulière lui a fait accepter avec un courage insouciant.

Il vit à l’aise dans cette production effrayante qui donnerait la fièvre à tout autre. Certains critiques s’émerveillent sur cette façon de travailler ; ils font un éloge au jeune artiste de l’effroyable quantité de dessins qu’il a déjà produits. Le temps ne fait rien à l’affaire, et, quant à moi, j’ai toujours tremblé pour ce prodigue qui se livrait ainsi, qui épuisait ses belles facultés, dans une sorte d’improvisation continuelle. La pente est glissante : l’atelier des artistes en vogue devient parfois une manufacture ; les gens de commerce sont là, à la porte, qui pressent le crayon ou le pinceau, et l’on arrive peu à peu à faire, en leur collaboration, des œuvres purement commerciales. Qu’on ne pousse donc pas l’artiste à nous étonner, en publiant chaque année une œuvre qui demanderait dix ans d’études ; qu’on le modère plutôt et qu’on lui conseille de s’enfermer au fond de son atelier pour y composer, dans la réflexion et le travail, les grandes épopées que son esprit conçoit avec une si remarquable intuition."

 

" Gustave Doré a trente-trois ans. C’est à cet âge qu’il a cru devoir s’attaquer au grand poème humain, à ce recueil de récits terribles ou souriants que l’on nomme la Sainte Bible. J’aurais aimé qu’il gardât cette œuvre pour dernier labeur, pour le travail grandiose qui eût consacré sa gloire. Où trouvera-t-il maintenant un sujet plus vaste, plus digne d’être étudié avec amour, un sujet qui offre plus de spectacles doux ou terrifiants à son crayon créateur ? S’il est vrai que l’artiste soit fatalement forcé de produire des œuvres de plus en plus puissantes et fortes, je tremble pour lui, qui cherchera en vain un second poème plus fécond en visions sublimes. Lorsqu’il voudra donner l’œuvre dans laquelle il mettra tout son cœur et toute sa chair, il n’aura plus les légendes rayonnantes d’Israël, et je ne sais vraiment à quelle autre épopée il pourra demander un égal horizon."

 

Mes haines, causeries littéraires et artistiques
G. Charpentier et E. Fasquelle, éditeurs (pp. 85-96).

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Publié le 16 Février 2018

Alexandre Gabriel Decamps
Alexandre Gabriel Decamps
Alexandre Gabriel Decamps
Alexandre Gabriel Decamps

Alexandre Gabriel Decamps

Alexandre Gabriel Decamps (1803 - 1860) est un peintre romantique français dont un grande partie de l'oeuvre trouve son origine dans son voyage à Smyrne et sa région. Il fut très célèbre et recherché pour ses thèmes orientalistes et ses toiles animalières. 

Alexandre Gabriel Decamps

Alexandre Gabriel Decamps

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Publié le 30 Janvier 2018

Georges Catlin - Le musée indien
Georges Catlin - Le musée indien
Georges Catlin - Le musée indien

Georges Catlin - Le musée indien

Georges Catlin (1796 - 1872)  fut parmi les premiers peintres américains à parcourir pendant de longues années l'Ouest américain. Il y collectionna de nombreux documents à partir desquels il exécuta des tableaux, portraits et scènes de vies, qui allaient constituer son "Musée indien" qu'il exposa aux Etats-Unis et en Europe dans les années 1840.  

" La présentation à Paris du Musée indien de George Catlin, de mai à septembre 1845, puis, en mars 1846, de deux de ses portraits d’Indiens au Salon annuel, ne déclencha pas seulement la curiosité générale, elle eut un effet immédiat sur la jeune génération des artistes. Ils trouvèrent dans ce musée-spectacle et dans cette peinture un aliment inattendu pour construire une esthétique nouvelle dans laquelle « l’autre de l’art », soit toutes les formes de création a priori exclues du champ académique, tenait un rôle majeur. "

« Le moment d’ouvrir ma collection et de la faire illustrer par les Indiens finit par arriver. Annoncée depuis quelques jours, l’heure était là. Les visiteurs furent introduits dans les pièces où ils examinèrent avec une curiosité renouvelée mes 600 peintures et plusieurs milliers d’objets produits par la main des Indiens. Quand le public commença à être dense, ceux-ci, sortant à un signal d’une pièce adjacente, s’avancèrent jusqu’à la scène qu’ils gravirent, en file indienne, tout habillés et peints, équipés et armés comme pour le champ de bataille. En entrant, ils lancèrent leur cri de guerre et rien ne peut se comparer à la secousse qui parcourut la foule dans tous les coins de la salle. On se rua pour voir, ce fut à qui serait le plus proche de la scène pour manger des yeux 

“Les Sauvages horribles”, “Les Peaux Rouges” ou “Les nouvelles (sic) Diables à Paris” » (Catlin, Adventures, II : 227).

 

" De ce dispositif spectaculaire, qu’ont retenu les artistes ? Théophile Gautier donna le ton avec son feuilleton, qui fit la une de La Presse, le 19 mai 1845 ; nous servira donc de guide. Comme la plupart des commentateurs, et selon l’esprit de Catlin, il place la rencontre sous le signe de la tristesse devant la fin inéluctable des vanishing Indians : « Quand une civilisation ou une barbarie va disparaître, il naît fatalement un historien qui en fait le portrait et en conserve ainsi le souvenir. » Ce que Fenimore Cooper a fait par le roman, Catlin le fait par l’image, il donne à voir, écrit Gautier, « le fac-similé le plus exact de la vie sauvage » au moment où ces « malheureuses tribus » sont décimées, quelques-unes anéanties « sans laisser d’autres traces que les croquis de M. Catlin ». Mais, loin de s’en tenir à cette mélancolie, qui venait de trouver chez Tocqueville ses accents les plus noblement pathétiques, Gautier accorde les deux expériences – celle du peintre et celle du spectateur – en inventant une intrigue qui les relie. C’est ici que la métaphore du voyage s’impose. Le visiteur est invité à suivre les pérégrinations du peintre, ou, plus exactement, à les revivre au fil des centaines d’images. Le voici lancé sur le fleuve, en steamboat d’abord, puis en ­­­pirogue, immergé dans la prairie, « mer d’herbes que le vent zèbre, moire d’ombres et de clairs, creuse en vagues, fait houler et déferler comme la mer véritable », apercevant au loin, « comme des nids de fourmis termites, des ruches d’abeilles », un village indien « avec ces wigwams de peaux de buffle […] gaufrés de hiéroglyphes bizarres ». Le seul lieu clos qui accueille le voyageur est la grande hutte où l’on initie les garçons par d’« affreuses tortures » qui prouvent leur « impassibilité dans la douleur ». Viennent ensuite les danses masquées où, dans les profils d’oiseaux, les museaux, les mufles, il croit ­recon­naître les divinités de « l’enluminure égyptienne », et, surtout, la chasse au bison longuement détaillée avec ses variantes d’été et d’hiver. Fin de l’« épopée sauvage » en images. Le coup d’œil sera beaucoup plus rapide sur les dizaines de portraits – « tous de face car les Indiens ne veulent pas être représentés de profil, comme des moitiés d’hommes » – où Gautier ne voit que des spécimens, des « individus caractéristiques des races éteintes ou même éteintes tout à fait depuis que l’auteur a commencé son voyage ». De même sera rapide l’énumération des objets dont il ne tire qu’un effet de bric-à-brac : « […] collection de tomahawks, de casse-têtes, de lances, d’arcs, de flèches, de mocassins, de calumets, de scalps, de berceaux, de crânes aplatis, de manteaux bariolés et autres curiosités indiennes [qui] vient à l’appui de l’authenticité des dessins. »

Source: http://journals.openedition.org

http://journals.openedition.org/gradhiva/194
 

Georges Catlin - Le musée indien
Georges Catlin - Le musée indien
Georges Catlin - Le musée indien
Georges Catlin - Le musée indien

Georges Catlin - Le musée indien

"Peu d’hommes ont – au complet – cette grâce du cosmopolitisme ; mais tous peuvent l’acquérir à des degrés divers. Les mieux doués à cet égard sont ces voyageurs solitaires qui ont vécu pendant des années au fond des bois, au milieu des vertigineuses prairies, sans autre compagnon que leur fusil, contemplant, disséquant, écrivant. Aucun voile scolaire, aucun paradoxe universitaire, aucune utopie pédagogique, ne se sont interposés entre eux et la complexe vérité. Ils savent l’admirable, l’immortel, l’inévitable rapport entre la forme et la fonction. Ils ne critiquent pas, ceux-là : ils contemplent, ils étudient."

« Quant à la couleur, elle a quelque chose de mystérieux qui me plaît plus que je ne saurais dire. Le rouge, la couleur du sang, la couleur de la vie, abondait tellement dans ce sombre musée que c’était une ivresse ; quant aux paysages – montagnes boisées, savanes immenses, rivières désertes – ils étaient monotonement, éternellement verts […]. » (II : 446)

Charles Baudelaire, Exposition universelle, 1855, Beaux-Arts.

Georges Catlin - Chef Crow

Georges Catlin - Chef Crow

« La tête de ces Indiens est rasée, à l’exception d’une touffe de cheveux réservée sur le sommet du crâne, qui semble défier le couteau à scalper et sert à fixer les plumes d’aigles, les aigrettes, les fleurs et autres ornements. Le cuir chevelu est plâtré de diverses couleurs […]. La face est teinte de plusieurs nuances, selon la fantaisie de chacun : l’un est enluminé de cinabre avec des raies d’azur se déployant, de chaque côté de la bouche, comme des moustaches de chat ou des côtes d’éventail ; l’autre est rayé de blanc et de vert. Le général-commandant s’était entouré la figure d’une ligne bleue qui en dessinait l’ovale […] et coloré les paupières supérieures de vermillon ; le cinquième portait une main bleue épatée sur l’œil et la moitié de la joue. […]. Ils devaient se trouver splendides, avec leurs manteaux de buffle et de peaux de loup, leur vampums de coquillages, leurs colliers de griffes d’ours, leurs médailles de cuivre et d’argent, leurs colliers de graines d’ambre, de verroterie et de rassades, leurs queues de renard et d’écureuils, leurs scalps, leurs plumes d’aigle et leurs mocassins brodés de tuyaux de hérisson. […]. Ils présentaient à l’œil le plus amusant ramage de nuances qu’on puisse imaginer. »

« Sur un signe de l’interprète, trois Indiens se sont levés de leurs banquettes et ont été s’accroupir au milieu de l’estrade, et là ont commencé à taper sur des troncs d’arbre, recouverts de peau en façon de tambour, un rythme infernal soutenu par une espèce de crécelle raclée sur un morceau de bois, et les danses ont commencé. Les Ioways ont exécuté la danse de l’approche, la danse du scalp, la danse de l’aigle. Dans cette dernière, les danseurs tirent de temps à autre d’un sifflet qu’ils portent à la ceinture un râle aigu qui est censé imiter le cri de l’aigle. Tout en imitant les battements d’aile et les efforts du noble oiseau s’élevant dans les airs, ils chantent un couplet dont voici le sens :
 

C’est moi. – Je suis un aigle de guerre
Le vent est violent mais je suis un aigle
Je ne suis pas honteux – non je ne le suis pas
La plume d’aigle se balance sur ma tête
Je vois mon ennemi au-dessous de moi
Je suis un aigle, un aigle de guerre.


Rien de plus fantastique et plus effrayant que ces danseurs. Les Ioways y mettent une énergie, une animation extraordinaires : ils se trémoussent, ils sautent, ils agitent leurs tomahawks, brandissent leurs lances en poussant des cris, en roulant des yeux. »

Théophile Gautier

Georges Catlin - Le musée indien
Georges Catlin - Le musée indien

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Publié le 24 Janvier 2018

Delacroix - Aspasie

Delacroix - Aspasie

Delacroix semble avoir éprouvé un penchant particulier pour cette œuvre restée dans son atelier jusqu’à sa mort et jamais exposée de son vivant. L’identité du modèle reste encore de nos jours une énigme. Le 4 octobre 1857, le peintre mentionne cette toile ainsi dans son journal:
« Pour Aspasie jusqu’à la ceinture grande comme nature, voir un bon croquis dans un album du temps ».
Le titre donné par l’artiste, Aspasie, est identique à celui des deux toiles conservées dans une collection particulière en Suisse et qui sont souvent confondues avec le tableau de Montpellier. On connait également, sous le titre de Étude pour Aspasie, un
dessin préparatoire au tableau. Il s’agit vraisemblablement du même personnage qui pose également pour La Mort de Sardanapale.

Au XIXe siècle, plusieurs modèles noirs sont connus à Paris. La physionomie du personnage de Delacroix renvoie au type physique de certaines femmes de l’Inde ou des Antilles, arrivées en France lors des guerres coloniales et de la révolution haïtienne (1801-1803). En peignant Aspasie, « Delacroix bouleverse la notion de l’idéal féminin alors que la beauté sombre est à l’époque un thème uniquement littéraire ». Ainsi ce tableau exprime l’idée chère au Romantisme de vouloir se perdre dans l’étranger: l’idée du rêve, de voyages exotiques à travers une nouvelle image de la féminité, abandonnée aux charmes de la sensualité. L’artiste qui cède à maintes reprises aux charmes de ses modèles montre la femme portant un corsage blanc qui dévoile une poitrine généreuse et la patine de bronze de sa peau. Ses cheveux noirs se déversent sur ses épaules; alors qu’un de ses bras semble retenir la chemise, la main droite reposant délicatement sur sa jupe rayée étalée sur ses genoux. Ici s’opposent l’art classique et cette recherche de la couleur par les effets de matière. Le peintre oublie le lissé et le dégradé. On lit sur le travail de la chair, « sabrée de touches juxtaposées », aux teintes roses, bleues et mauves, le mélange optique qui sera le propre des Impressionnistes, cinquante ans plus tard.

Musée Fabre

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Publié le 8 Novembre 2017

Musée des Beaux-arts de Lyon

Musée des Beaux-arts de Lyon

La Monomane de l’envie dit aussi La Hyène de la Salpêtrière est un tableau de Théodore Géricault datant des années 1819-18211 et appartenant à la série des cinq portraits de fous (les monomanes) qu’il a réalisés pendant ces années. 

Les noms de ces peintures évoquent la classification des différents types de folie mise en place par les médecins au temps de Géricault. Les folies étaient désignées sous le terme de « manies » ou de « monomanies », elles étaient considérées comme des « fixation(s) psychique(s) et obsédante(s) d'un malade sur un objet unique ». Cette classification devint obsolète dès la seconde moitié du XIXe siècle et laissa place à d'autres dénominations comme « délire de persécution », « folie des grandeurs » ou « délire de jalousie ».

La folie, l’aliénation et l’irrationalité, en tout cas, n’ont pas manqué de constituer une source d’inspiration pour Géricault, qui comme d’autres artistes de la même époque (Goya fut le premier) se place à l’opposé du rationalisme des Lumières. La peinture dans ce tableau devient introspective : Géricault examine l’influence de l’état mental sur le visage, car c’est à travers celui-ci que transparaît la personnalité réelle d’un être. Le visage révèle la nature de la folie, ici l’envie. Au cours de sa vie, Géricault a ainsi réalisé de nombreuses études d’aliénés internés en se rendant dans les différents hôpitaux et institutions de Paris où ils étaient enfermés. Il s'est intéressé à tous les individus relégués au bas de l'échelle sociale et, outre les aliénés, il a consacré une partie de son travail aux criminels, notamment à l'étude des têtes des guillotinés (on connaît de lui plusieurs peintures représentant criminels et membres humains coupés).

Source: Wikipédia

Géricault - La Folle Monomane de l'envie

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Publié le 25 Mars 2017

Henri Leys - Nature morte aux trois crânes

Jan August Hendrik Leys, connu aussi sous la forme française Henri Leys, né le 18 février 1815 à Anvers et mort le 26 août 1869 dans la même ville, est un peintre et graveur belge. Il était un des principaux représentants de l'école historique et romantique dans l'art belge. Il était aussi un pionnier du mouvement réaliste en Belgique. Ses peintures d'histoire et de genre et ses portraits lui ont valu une réputation à l'échelle européenne. Son style a influencé des artistes en Belgique et en Europe.

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