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Publié le 25 Octobre 2016

Le Général Bonaparte et son état-major en Égypte, Jean-Léon Gérôme, 1867

Le Général Bonaparte et son état-major en Égypte, Jean-Léon Gérôme, 1867

" En 1796, on avait fait passer à Bonaparte un projet pour l’invasion de l’Égypte ; il l’examina et le renvoya au Directoire avec son avis. Dans son embarras mortel, le Directoire se souvint de cette idée et lui proposa le commandement de l’expédition. Refuser une troisième fois les offres du pouvoir exécutif, c’était donner lieu de croire qu’on tramait quelque chose en France, et très probablement, se perdre. D’ailleurs, la conquête de l’Égypte était faite pour éblouir une âme élevée, pleine de plans romanesques et passionnée pour les entreprises extraordinaires. « Songez que, du haut de ces Pyramides, trente siècles nous contemplent », disait-il quelques mois plus tard à son armée.

Comme toutes les guerres de l’Europe, cette agression était peu fondée en justice. Les Français étaient en paix avec le Grand Turc, souverain nominal de l’Égypte, et les beys, maîtres réels du pays, étaient des barbares qui, ne connaissant pas le droit des gens, ne pouvaient guère y manquer. Au reste, des considérations de cette nature n’étaient pas faites pour avoir une grande influence sur les déterminations du jeune général qui, d’ailleurs, croyait peut-être être le bienfaiteur du pays, en y portant la civilisation. L’expédition mit à la voile, et, par un bonheur qui doit faire bien des réflexions, Bonaparte put arriver devant Alexandrie après la prise de Malte, sans rencontrer Nelson.

On ne doit pas s’attendre à trouver ici cette suite de grandes actions militaires qui soumirent l’Égypte à Bonaparte. Les batailles du Caire, des Pyramides, d’Aboukir, ont besoin pour être comprises, d’une description de l’Égypte, et il faudrait donner une idée du courage sublime des Mamelouks. La plus grande difficulté était d’apprendre à nos troupes à leur résister.

En Égypte, Napoléon fit la guerre sur les mêmes principes qu’en Italie, mais dans un style plus oriental et plus despotique. Il avait affaire encore aux plus orgueilleux et aux plus féroces des hommes, à des gens à qui il ne manquait que l’aristocratie pour être des Romains. Il punit leurs perfidies avec une cruauté empruntée d’eux-mêmes. Les habitants du Caire se révoltent contre la garnison ; il ne se contente pas de faire un exemple de ceux qu’on avait pris les armes à la main. Il soupçonne leurs prêtres d’être les secrets instigateurs de l’insurrection, et il en fait prendre deux cents qu’on fusille.

Les bourgeois qui écrivent l’histoire font des phrases sur ces sortes d’actions. Les demi-sots excusent celles-ci par la cruauté et la brutalité de ces Turcs, qui, non contents de massacrer les malades des hôpitaux et quelques prisonniers qu’ils firent, avec des circonstances trop révoltantes pour être rapportées, s’acharnèrent encore à mutiler les cadavres de la manière la plus sauvage.

Il faut chercher la raison de ces malheureuses nécessités dans les conséquences du principe : Salus populi suprema lex esto. L’incalomniable despotisme a tellement avili les orientaux qu’ils ne connaissent d’autres principes d’obéissance que la crainte. Le massacre du Caire les frappa de terreur ; « et depuis ce temps-là, disait Napoléon, ils m’ont été fort attachés, car ils voyaient bien qu’il n’y avait pas de mollesse dans ma manière de gouverner ».

Girodet, La révolte du Caire, 1810

Girodet, La révolte du Caire, 1810

Le mélange de catholicisme et d’aristocratie qui aplatit nos âmes depuis deux siècles, nous rend aveugles aux conséquences du principe que je viens de rappeler. Sans entrer dans les petites objections qu’on fait à Napoléon sur sa conduite en Égypte, on a coutume de regarder comme ses plus grands crimes :

1° Le massacre de ses prisonniers à Jaffa.

2° L’empoisonnement de ses malades à Saint-Jean-d’Acre.

3° Sa prétendue conversion au mahométisme.

4° Sa désertion de l’armée.

Napoléon fit le récit suivant de l’événement de Jaffa à Mylord Ebrington, l’un des voyageurs les plus éclairés et les plus dignes de foi qu’il ait vus à l’île d’Elbe : « Quant aux Turcs de Jaffa, il est vrai que j’en fis fusiller à peu près deux mille. Vous trouvez ça un peu fort ; mais je leur avais accordé une capitulation à El Arisch ; la condition était qu’ils retourneraient à Bagdad. Ils rompirent cette capitulation, se jetèrent dans Jaffa et je les pris d’assaut. Je ne pouvais les emmener prisonniers avec moi, car je manquais de pain, et ils étaient des diables trop dangereux pour les lâcher une seconde fois dans le désert. Il ne me resta donc d’autre moyen que de les tuer. »

Il est vrai, d’après les lois de la guerre, qu’un prisonnier qui a une fois manqué à sa parole, n’a plus droit à recevoir quartier, mais l’affreux droit du vainqueur n’a été que rarement exercé, et jamais, ce me semble, dans nos temps modernes, sur un aussi grand nombre d’hommes à la fois. Si les Français avaient refusé quartier dans la chaleur de l’assaut, personne ne les aurait blâmés : les tués avaient manqué à leur parole ; si le général vainqueur avait su qu’une grande partie de la garnison consistait en prisonniers renvoyés sur parole à El Arisch, très probablement il eût donné ordre de les passer au fil de l’épée. Je ne crois pas que l’histoire offre d’exemple d’une garnison épargnée au moment de l’assaut, et, ensuite, envoyée à la mort. Mais ce n’est pas tout, il est probable qu’un tiers seulement de la garnison de Jaffa était composé de prisonniers d’El Arisch.

Pour sauver son armée, un général a-t-il le droit de mettre à mort ses prisonniers, ou de les placer dans une situation qui doit nécessairement les faire périr, ou de les livrer à des barbares, dont ils n’ont aucun quartier à espérer ? Chez les Romains, cela n’eût pas fait de question; au reste, de la réponse à celle-ci, dépend non seulement la justification de Napoléon à Jaffa, mais celle de Henri V à Azincourt, de lord Anson dans les îles de la mer du Sud, et du bailli de Suffren sur la côte de Coromandel. Ce qu’il y a de plus sûr, c’est que la nécessité doit être claire et urgente, et l’on ne peut nier qu’il n’y eût nécessité dans le cas de Jaffa. Il n’eût pas été sage de renvoyer les prisonniers sur parole. L’expérience montrait que ces barbares se jetteraient sans scrupule dans la première place forte qu’ils trouveraient, ou que, s’attachant à l’armée pendant qu’elle s’avançait dans la Palestine, ils inquiéteraient sans cesse ses flancs et son arrière-garde.

Le général en chef ne doit pas porter seul la responsabilité de cette action épouvantable. L’affaire fut décidée dans un conseil de guerre auquel se trouvèrent Berthier, Kléber, Lannes, Bon, Caffarelli et plusieurs autres généraux.

Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa, Jean Gros, 1804

Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa, Jean Gros, 1804

 

Napoléon a lui-même raconté à plusieurs personnes, qu’il eut l’intention de faire administrer de l’opium comme poison à quelques malades de son armée. Il est évident, pour qui l’a connu, que cette idée provenait d’une erreur de jugement, nullement de mauvais cœur, et moins encore d’indifférence pour le sort de ses soldats. Tous les récits sont d’accord sur les soins qu’il donna, dans sa campagne de Syrie, aux malades et aux blessés. Il fit ce qu’aucun général n’a encore fait : il visita en personne les hôpitaux des pestiférés. Il conversait avec les malades, écoutait leurs plaintes, voyait par lui-même si les chirurgiens s’acquittaient de leur devoir. À chaque mouvement de son armée, et particulièrement à la retraite de Saint-Jean-d’Acre, sa plus grande sollicitude fut pour son hôpital. La sagesse des mesures qui furent prises pour emmener les malades et les blessés, et les soins qu’on leur donna, lui valurent les louanges des Anglais. M. Desgenettes qui était médecin en chef de l’armée de Syrie, est aujourd’hui un royaliste prononcé, mais, même depuis le retour des Bourbons, il n’a jamais parlé de la conduite de Napoléon envers ses malades sans les plus grands éloges.

Le célèbre Assalini, médecin à Munich, se trouvait aussi en Syrie, et, quoiqu’il n’aime pas Napoléon, il en parle comme Desgenettes. Au moment de la retraite de Saint-Jean-d’Acre, Assalini ayant fait un rapport au général en chef, duquel il résultait que les moyens de transport pour les malades étaient insuffisants, il reçut l’ordre de se rendre sur la route, d’arrêter tous les chevaux de bagages, et même de démonter les officiers. Cette mesure pénible reçut son entière exécution, et l’on n’abandonna pas un seul des malades qui, au jugement des médecins, avaient quelque espoir de guérison. À l’île d’Elbe l’empereur, qui sentait que la nation anglaise compte parmi ses citoyens les têtes les plus saines de l’Europe, invita plusieurs fois lord Ebrington à le questionner franchement sur les événements de sa vie. D’après cette permission, quand le lord en fut venu au bruit d’empoisonnement, Napoléon répondit sur-le-champ et sans la moindre hésitation : « Il y a dans cela un fonds de vérité. Quelques soldats de l’armée avaient la peste ; ils ne pouvaient pas vivre vingt-quatre heures ; j’étais sur le point de marcher ; je consultais Desgenettes sur les moyens de les emmener ; il répondit qu’on courait le risque de communiquer la peste à l’armée et que, d’ailleurs, ce soin serait inutile pour les malades, qui ne pouvaient guérir. Je lui dis de leur donner une dose d’opium et que cela valait mieux que de les laisser à la merci des Turcs. Il me répondit, en fort honnête homme, que son métier était de guérir et non de tuer. Peut-être il avait raison, quoique je ne lui demandasse pour eux que ce que j’aurais demandé pour moi à mes meilleurs amis, dans une semblable situation. J’ai souvent réfléchi depuis sur ce point de morale, j’ai demandé leur avis à plusieurs personnes, et je crois qu’au fond, il vaut toujours mieux souffrir qu’un homme finisse sa destinée quelle qu’elle soit. J’en ai jugé ainsi plus tard, à la mort de mon pauvre ami Duroc, lequel, quand ses entrailles tombaient à terre sous mes yeux, me demanda plusieurs fois et avec insistance, de faire mettre un terme à ses douleurs ; je lui dis : Je vous plains, mon ami, mais il n’y a pas de remède ; il faut souffrir jusqu’à la foi. »

Quant à l’apostasie de Napoléon en Égypte, il commençait toutes ses proclamations par ces mots : « Dieu est Dieu et Mahomet est son prophète. » Ce prétendu crime n’a guère fait effet qu’en Angleterre. Les autres peuples ont vu qu’il fallait le mettre sur la même ligne que le mahométisme du major Horneman et des autres voyageurs que la société d’Afrique emploie pour découvrir les secrets du désert. Napoléon voulut se concilier les habitants de l’Égypte. Il avait raison d’espérer qu’une grande partie de ce peuple toujours superstitieux serait frappée de terreur par ses phrases religieuses et prophétiques, et qu’elles jetteraient même sur sa personne un vernis d’irrésistible fatalité. L’idée qu’il a voulu se faire passer sérieusement pour un second Mahomet est digne d’un émigré. Sa conduite eut le succès le plus complet. « Vous ne sauriez imaginer, disait-il à Mylord Ebrington, ce que je gagnais en Égypte à faire semblant d’adopter leur culte. » Les Anglais, toujours par leurs préjugés puritains qui, du reste, s’allient fort bien avec les cruautés les plus révoltantes, trouvèrent cet artifice bas. L’histoire remarquera que vers le temps de la naissance de Napoléon, les idées catholiques étaient déjà frappées de ridicule.

Napoléon devant le Sphinx, Jean-Léon Gêrome, 1868

Napoléon devant le Sphinx, Jean-Léon Gêrome, 1868

Quant à l’action bien autrement grave d’abandonner son armée en Égypte, c’était un crime envers le gouvernement d’abord, que ce gouvernement pouvait punir légitimement. Mais ce ne fut pas un crime envers son armée, qu’il laissa dans un état florissant, ainsi que le prouve la résistance qu’elle opposa aux Anglais. On ne peut lui reprocher que l’étourderie de ne pas avoir prévu que Kléber pouvait être tué, ce qui, dans la suite, livra l’armée à l’ineptie du général Menou.

Le temps nous fera connaître si, comme je le crois, Napoléon fut rappelé en France par les avis de quelques patriotes habiles, ou s’il se détermina à cette démarche décisive uniquement par ses propres réflexions. Il est agréable pour les grands cœurs de considérer ce qui dut alors se passer dans cette âme : d’un côté, l’ambition, l’amour de la patrie, l’espérance de laisser un grand nom dans la postérité ; de l’autre, la possibilité d’être pris par les Anglais ou fusillé. Et prendre un parti aussi décisif uniquement sur des conjectures, quelle fermeté de jugement ! La vie de cet homme est un hymne en faveur de la grandeur d’âme.

 

Stendhal, Vie de Napoléon, Texte établi par Henri Martineau, Le Livre du divan, 1930 (Napoléon. Tome I, pp. 50-53).

Leon Cogniet, L'Expedition d'Egypte sous les ordres de Bonaparte, 1829-35

Leon Cogniet, L'Expedition d'Egypte sous les ordres de Bonaparte, 1829-35

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Publié le 23 Octobre 2016

le cimetière de Saint Privat

le cimetière de Saint Privat

Deutsch-Französischer Krieg - Franco-Prussian War - Guerra franco-prusiana

Alphonse de Neuville (1836 – 1885) fut l'un des représentants principaux de la peinture militaire du XIXe siècle, il s'est rendu célèbre par des tableaux relatant la guerre franco-prussienne de 1870.

« Je désire raconter nos défaites dans ce qu’elles ont eu d’honorable pour nous, et je crois donner ainsi un témoignage d’estime à nos soldats et à leurs chefs, un encouragement pour l’avenir. Quoi qu’on en dise, nous n’avons pas été vaincus sans gloire, et je crois qu’il est bon de le montrer ! »

— Lettre d’Alphonse de Neuville au critique d’art Gustave Goestschy, 1881

Bivouac après la bataille du Bourget

Bivouac après la bataille du Bourget

Défense de la porte de Longboyau

Défense de la porte de Longboyau

Les dernières cartouches, Bazeilles.

Les dernières cartouches, Bazeilles.

Son œuvre la plus célèbre est intitulée Les Dernières Cartouches (1873), il s'agit d'une peinture militaire représentant un épisode de la bataille de Sedan, soit la défense jusqu'aux dernières cartouches d'une maison cernée par l'ennemi à Bazeilles dans les Ardennes durant la guerre franco-prussienne; de Neuville en a été récompensé par la Légion d'honneur.

 

Elle passa en vente à la fin du XIXe siècle et fut alors le tableau le plus cher du monde. L'original a été racheté en 1960 et est depuis conservé au musée de Bazeilles nommé pour l'occasion la « Maison de la dernière cartouche » et qui n'est autre que l'ancienne auberge Bourgerie dans laquelle s'est déroulée la scène historique dépeinte dans l'œuvre.

France 1870 - Alphonse de Neuville
France 1870 - Alphonse de Neuville
France 1870 - Alphonse de Neuville

La guerre franco-allemande, parfois appelée guerre franco-prussienne ou guerre de 1870, oppose, du 19 juillet 1870 au 29 janvier 1871, la France et les États allemands coalisés sous l’égide de la Prusse.

Ce conflit se solde par la défaite française, et, forts de cette victoire, les États allemands s’unissent en un Empire allemand, proclamé au château de Versailles, le 18 janvier 1871. La victoire entraîne l’annexion par le Reich du territoire d’Alsace-Moselle (dit Alsace-Lorraine) et l’affirmation de la puissance allemande en Europe au détriment de l’Autriche-Hongrie et de la France.

La défaite de Sedan et la capitulation de Napoléon III, provoquèrent, le 4 septembre 1870, la chute du Second Empire, l'exil de Napoléon III et marqua la naissance en France d'un régime républicain pérenne avec la Troisième République.

La défaite et la perte de l'Alsace-Lorraine provoquèrent en France un sentiment de frustration qui contribua à l'échec du pacifisme, et plus tard, à l'entrée du pays dans la Première Guerre mondiale.

(c) Wikipedia

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Rédigé par rafael

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Publié le 12 Octobre 2016

Musée Picasso Paris

Musée Picasso Paris

“Si, aujourd’hui, des millions d’hommes voient en Picasso, l’auteur de la Colombe, l’homme de la paix ils sont infiniment plus proches du vrai Picasso que les esthètes rabougris, qui se délectent de certains de ses tableaux en n’y voyant que des surfaces colorées sans signification objective, mais qui se détournent du Massacre de Corée avec dédain et dégoût.”

D. H. Kahnweiler

Premier grand conflit après la seconde guerre mondiale la guerre de Corée marque une étape importante dans l’irréversible tournant entrainant les États-Unis et l’Union Soviétique dans la guerre froide. Le conflit se déroula en quatre phases principales :

Mal préparée, face aux 200 000 soldats nord-coréens bien équipés par les Soviétiques, les forces du Sud accusèrent de lourdes pertes durant les deux premiers mois et, à la mi-septembre 1950, elles se retrouvèrent acculées dans le sud-est de la péninsule, repliées sur le périmètre de Busan.

Une rapide contre-offensive des forces de l'ONU, dirigées par le général MacArthur, avec un débarquement le 15 septembre à Incheon, non loin de Séoul, repoussa en octobre 1950 les Nord-Coréens bien au-delà du 38e parallèle, presque jusqu'au fleuve Yalou, à la frontière chinoise.

La République populaire de Chine entra en guerre aux côtés de la Corée du Nord. 1,7 million de « volontaires chinois », commandés par Peng Dehuai, forcèrent les Sud-Coréens et les troupes de l'ONU à se replier derrière le 38e parallèle à la mi-octobre 1950. En janvier 1951, les communistes reprirent Séoul, reconquise par les Américains en mars 1951.

Au printemps 1951, ce sont les troupes onusiennes qui gagnèrent peu à peu du terrain au nord, et le front s'établit de nouveau aux alentours du 38e parallèle, revenant peu ou prou aux positions d'avant le début du conflit.

La guerre fit plus de deux millions de victimes civiles, et plus de 800 000 militaires. Cette geurre est un exemple probant de l’application des principes de la « guerre totale » amenant chacun des belligérants à utiliser les bombardements massifs sur les villes, le napalm et les armes chimiques.La ville de Séoul fut détruite à 70 %.

Picasso signe ici une œuvre qui, comme Guernica, dénonce la guerre et ses atrocités. Cette guerre qui impose aux populations civiles un lourd tribu.

Source: Wikipedia, lankaart

Picasso - Massacre de Corée
La guerre dans SeoulLa guerre dans Seoul
La guerre dans SeoulLa guerre dans Seoul

La guerre dans Seoul

Picasso - Massacre de Corée
Picasso - Massacre de Corée

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Rédigé par rafael

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Publié le 11 Octobre 2016

Europe 2016 - James Nachtwey

James Nachtwey (né en 1948) est un photographe de guerre et photojournaliste américain.

Il est considéré comme l'un des plus grands photographes de guerre de notre époque, tant par les amateurs que ses pairs. Le photographe sillonne le globe depuis près de 20 ans et a couvert quasiment tous les conflits, Afghanistan et Bosnie-Herzégovine, Rwanda et Salvador, Irlande du Nord et Kurdistan, Somalie et Afrique du Sud.Il est connu pour sa grande proximité à ses sujets. Là où d'autres photographes reculent ou se protègent, il est souvent le seul à s'avancer, réussissant ainsi des prises de vues cadrées très proches de l'action, mais s'exposant également à de graves dangers.

En 2015 et 2016 il parcourt l'Europe suivant les centaines de milliers de réfugiés d'Irak, de Syrie, d'Afghanistan entre autres qui affluent vers l'Allemagne et l'Europe du Nord.

Durant la seule année 2015, plus d'un million de personnes entrent illégalement dans l'espace Schengen. Cette recrudescence de l’immigration cause des divisions et des tensions diplomatiques importantes entre les pays d'Europe, qui peinent à se mettre d'accord sur l'attitude à adopter : alors que la Commission européenne cherche à imposer des quotas à chaque pays de l'Union, et qu'Angela Merkel et François Hollande poussent dans cette direction, des pays d'Europe de l'Est s'y opposent fermement, le Premier ministre hongrois ayant notamment fait savoir qu'il considérait qu'un afflux d'immigrés musulmans constitue une menace pour l'identité chrétienne de l'Europe.

Les termes employés pour qualifier les migrants sont multiples et dépendent des situations de chacun. Dans certains cas, il s'agit de demandeurs d'asile ou de réfugiés, dans d'autres de personnes qui cherchent de meilleures perspectives économiques. Comme les mots employés peuvent avoir des conséquences juridiques non négligeables, l'utilisation des termes migrants et réfugiés fait l'objet d'un débat sémantique qui cacherait un débat politique. (c) Wikipedia

Réfugiés afghnas, syriens, irakiens traversant l'Europe
Réfugiés afghnas, syriens, irakiens traversant l'Europe
Réfugiés afghnas, syriens, irakiens traversant l'Europe

Réfugiés afghnas, syriens, irakiens traversant l'Europe

l n’y a jamais eu autant de réfugiés et déplacés depuis la Seconde Guerre mondiale. Avec plus de douze millions de personnes fuyant leur pays dévasté par la guerre, les Syriens sont désormais la première population concernée, devançant d'autres pays subissant des conflits interminables : l’Irak, l’Afghanistan, la République démocratique du Congo, l’Erythrée ou le Soudan du Sud. Ces réfugiés traversent la Méditerranée et empruntent la route des Balkans pour rallier l'Europe. Mais le continent s’est progressivement transformé en forteresse et de nombreux migrants se retrouvent bloqués en Grèce, empêchés de poursuivre leur route à cause du durcissement de la politique migratoire par de nombreux États membres. (c) Arte

Réfugiés en route vers la Macédoine, nord de la Grèce

Réfugiés en route vers la Macédoine, nord de la Grèce

Réfugiés arrivant sur l'île de Lesbos en Grèce

Réfugiés arrivant sur l'île de Lesbos en Grèce

« L’année 2016 se révèle particulièrement meurtrière. On déplore à ce jour la perte de  2510 vies humaines, par rapport à 1855 pour la même période en 2015 et 57 pour les cinq premiers mois de 2014 »,

En Méditerranée, la probabilité de décès lors d’une traversée s’élève actuellement à une personne sur 81. Cela souligne l’importance des opérations de sauvetage dans le cadre de la réponse aux mouvements de réfugiés et de migrants en Méditerranée, ainsi que la nécessité d’alternatives concrètes et plus sûres pour les personnes ayant besoin d’une protection internationale.

Les chiffres du HCR montrent également que, cette année, 203 981 personnes ont déjà effectué la traversée. Près de trois quarts d’entre elles sont parties depuis la Turquie vers la Grèce avant la fin mars et quelque 46 714 d’entre elles ont effectué la traversée vers l’Italie. C’est quasiment le même nombre que le total enregistré durant les cinq premiers mois de 2015 (47 463).

« L’itinéraire depuis l’Afrique du Nord vers l’Italie est bien plus dangereux : 2119 décès ont déjà été signalés cette année parmi les personnes ayant effectué cette traversée, avec une probabilité de décès s’élevant à une personne sur 23 », a expliqué William Spindler. (c) HCR

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Rédigé par rafael

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Publié le 28 Septembre 2016

Ethiopie 1935-1939 - Laurent Gaudé - Malaparte

1935, les troupes italiennes envahissent l’Ethiopie au mépris des conventions internationales. A Maichev la défaite des troupes éthiopiennes se transforme en carnage, face aux mitrailleuses, aux canons, aux avions et au gaz le Négus ne peut rien. Laurent Gaudé livre dans Ecoutez nos défaites une description poignante de cet affrontement.

1939, la pacification de l’Ethiopie se poursuit, Malaparte se rend sur place et décrit avec complaisance les progrès de « l’œuvre de civilisation » de l’armée italienne en ces terres lointaines.

Ethiopie 1935-1939 - Laurent Gaudé - Malaparte
Ethiopie 1935-1939 - Laurent Gaudé - MalaparteEthiopie 1935-1939 - Laurent Gaudé - Malaparte

«  Dans la plaine de Maichew, les italiens se sont réveillés. En réponse aux premiers tirs, les premiers obus tombent et les premiers guerriers d’Hailé Sélassié meurent. Les italiens n’ont aucune raison de paniquer. Ils ont construit un mur de pierre sèche pour protéger leur ligne et ils laissent les Ethiopiens s’approcher. Le jour se lève doucement. La plaine sera bientôt couverte de sang. Les obus tombent avec régularité. C’est ainsi qu’ils vont les tuer, en les disloquant, les éparpillant en milles morceaux. La victoire triomphale des guerriers éthiopiens d’Adoua ne se rejouera pas. L’Italie veut sa vengeance. C’est même cela qu’elle est venue chercher. Et ils vont l’obtenir. Lui, Hailé Sélassié, qu’elle sera sa place dans l’histoire ? Celle d’un empereur vaincu ? Le roi des rois tué par un tir d’obus ? Les combats sont engagés et le jour entier, désormais, ne sera plus consacré qu’à se tuer. Avancer. Crier pour se donner du courage et gémir lorsque la balle vous à traversé. Oh, comme la défaite est longue … Il faut la vivre totalement, jusqu’au bout, avec ces instant où l’on se prend à y croire encore, ces appels à l’aide auxquels on ne peut pas réponde, ces amis qui meurent, ces trouées superbes – le soleil parfois, la beauté des lieux … Comme c’est long … L’odeur de la poudre  et du sang est partout. Et puis, le jour finit par décliner doucement, après treize heures de combat durant lesquelles les Ethiopiens se ruent, torse nu parfois, sur les mitrailleuses lourdes. Soixante-quinze tonnes d’explosifs les disloquent sans répit. L’Italie ne compte pas. Le Duce a été parfaitement clair : il veut une victoire éclatante et rapide. Après treize heures de combat, il l’a. Et le Négus ordonne le repli. Mais c’est alors que le pire survient. Car la défaite a soif encore. Les italiens sortent de leur ligne et pourchassent l’ennemi. Hailé Sélassié voit la vague brutale qui court derrière ses hommes. Les avions survolent le champ de bataille et criblent de balles les fuyards. Le gaz brûle ceux qui voudraient courir. Tout explose et se tord. Ce n’est plus un repli, plus une débâcle, c’est un massacre. Ils sont anéantis. Et cela continue. « Nous ne pouvons rien faire », pense-t-il. Ses hommes, il les offre au carnage… »

Laurent Gaudé, Ecoutez nos défaites, Actes Sud, 2016.  

Armée italienne en Ethiopie
Armée italienne en EthiopieArmée italienne en Ethiopie

Armée italienne en Ethiopie

« En 1939, les Romagnols partent non plus pour les marais Pontins, mais pour l'Ethiopie. Quatre ans après la conquête du royaume du négus, le régime fasciste se lance dans sa "pacification". La presse, au service de la propagande, est conviée à chanter les louanges du nouvel empire. Tous les talents sont bienvenus, celui d'un débutant, Dino Buzzati, comme celui d'un journaliste aguerri, Curzio Malaparte. Celui-ci se fait d'autant moins prier pour exalter l'"oeuvre civilisatrice" dans les colonnes du Corriere della Sera qu'il est décidé à revenir dans le jeu après un séjour en résidence forcée ("confino") sur l'île de Lipari. Il part en reportage quatre mois, à dos de mulet ou motorisé, seul ou en compagnie de troupes coloniales, essuyant parfois les coups de feu des rebelles. 

 

Il en rapporte des articles sans ambiguïté : "L'Afrique n'est pas noire", "Des villes de l'Empire blanc", "Les Dolomites éthiopiennes"... Le propos est limpide. Les Italiens, peuple formidable pour qui "il n'existe rien au monde d'inconnu, de mystérieux et de monstrueux", sont ici "chez eux". Y compris, bien sûr, ces chers Romagnols, qu'on reconnaît au premier coup d'oeil, car "ils ont tous des mâchoires fortes, faites pour mâcher des mots amples, virils et sonores". Les coteaux où ils ont installé leurs baraques sont, bien sûr, la copie de ceux de "l'Appenin toscano-romagnol vus de Cesena, Forli, Rimini". La terre est identique à celle qu'ils ont quittée, "grasse et noire, à piocher sans retenue". Quant au "blé indigène", il est parfait, puisque, dur et semi-dur, "il convient aussi aux pâtes alimentaires". Etc. Soudain, l'écrivain s'éveille et accouche d'une scène lyrique, d'un rapprochement baroque, délaissant le propagandiste. Bref, Curzio fait du Malaparte al dente, cocktail de mauvaise foi et de sensibilité blessée, d'expressionnisme pompier et de fulgurances. »

Express 2012

Ethiopie 1935-1939 - Laurent Gaudé - Malaparte

« Je me tourne et, sur les vastes étendues de chaumes qui descendent doucement vers Debré Birhan, j’aperçois la colonne d’arrière-garde, précédée par l’armée immense de convois de ravitaillement, sorte d’armée de Xerxès. Le brouhaha confus des ascari, leurs chants de guerre mêlés aux hennissements et aux braiments nous arrivent, distincts et fragiles dans l’air de verre, que le soleil déjà haut dissout peu à peu. Une lente tiédeur se répand sur les hauts plateaux qui tout à l’heure brillaient de froid. A nos côtés, les flanqueurs glissent le long des ravins. On dirait que nous marchons dans le vide, flottant dans l’air. A notre droite les hommes se découpent sur le ciel oriental, tout ruisselant de lumière, à notre gauche, ils se projettent, souples, sur les montagnes lointaines de Selalé, bleues dans l’atmosphère verte … »

 «  Le bataillon des ascari n’est pas seulement un instrument de guerre. C’est aussi une école, un lieu d’entrainement physique et moral, un instrument de paix et de civilisation. Les ascari y apprennent la langue italienne, s’affinent au contact de nos officiers, à l’école de leur exemple, ils se transforment, lentement et profondément, pour s’adapter au moule d’une discipline fondée sur le sens du devoir et de l’honneur. (De ce point de vue, notre règlement militaire pour les troupes indigènes est un véritable chez d’œuvre, un modèle du genre.) Pour les enfants éthiopiens, le bataillon des ascari est un excellent instrument de préparation prémilitaire. En effet, si la limite d’âge d’enrôlement est fixée à 15 ans, il est toutefois permis aux ascari d’avoir des gourba, c'est-à-dire de petits assistants, des enfants qui suivent les bataillons en « jouant à la guerre », et qui, en même temps, s’instruisent, apprennent notre langue, notre règlement de discipline ; de vrais petits soldats qui un jour seront ascari, auront un fusil, une cartouchière, une écharpe, se battront pour nous « pour le gouvernement italien puissant et glorieux ». Un jour, quand ils auront 15ans. Et les enfants de 10, de 12 ans patientent, attendant avec anxiété le passage de quelques bataillons pour s’y intégrer, pour suivre les fanions des boulouks, les petits mulets piaffants des officiers, les barbiches taillées en pointes des choumbachis. »

Curzio Malaparte, Voyage en Ethiopie, 1939.

Ascari : soldats indigènes au sein de l’armée italienne

Boulouks : grade des troupes coloniales italiennes, équivalent à celui de sergent.

Choumbachis : grade des troupes coloniales italiennes, équivalent à celui de maréchal des logis.

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Rédigé par rafael

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Publié le 24 Septembre 2016

Hiroshima 1945 - Yoshito Matsushige

Yoshito Matsushige (1913 - 2005) est un photojournaliste japonais survivant du bombardement atomique sur Hiroshima le 6 août 1945, il prend cinq photographies le jour du bombardement, seuls clichés connus pris ce jour-là à Hiroshima.

Matsushige se trouve chez lui à 2,7 km au sud de l'hypocentre au moment de l'explosion. Il n'est pas sérieusement blessé et décide d'aller au centre ville. Un incendie le contraint à revenir au pont de Miyuki où la vue de gens désespérés et mourant l'empêche d'utiliser son appareil photo pendant vingt minutes, avant qu'il ne prenne deux clichés à environ 11h00. Il essaye de nouveau plus tard dans la journée, mais se sent trop nauséeux pour prendre plus de trois clichés. Les deux premières sont des blessés graves près du pont de Miyuki, le second d'entre eux est pris de près et montre de l'huile de cuisine appliquée sur leurs brûlures. Un troisième montre un policier, la tête bandée, délivrant des certificats pour les civils. Les deux dernières photos sont prises près de la maison : l'une témoigne des dommages au salon de coiffure familial, l'autre est prise de sa fenêtre.

Matsushige ne peut développer le film pendant vingt jours, et même alors doit le faire pendant la nuit et en plein air, puis le rincer dans un ruisseau. Dans les années 1970, les négatifs sont gravement détériorés, ce qui nécessite de minutieux travaux de restauration.

(c) Wikipedia

Hiroshima 1945 - Yoshito Matsushige
Hiroshima 1945 - Yoshito Matsushige
Hiroshima 1945 - Yoshito Matsushige

Le 6 août 1945 à 8 h 15 (heure locale), le bombardier B-29 piloté par Paul Tibbets, baptisé Enola Gay du nom de sa mère, décolle de la base de Tinian, avec à son bord une bombe atomique à l'uranium 235 d'une puissance de 15 kilotonnes, surnommée Little Boy. L'équipage est composé de douze hommes, dont quatre scientifiques. Deux autres B-29 l'escortent, emportant les instruments scientifiques destinés à l'analyse de l'explosion.

À 7 h 09, l'alarme aérienne est déclenchée à Hiroshima ; un avion isolé est repéré. Il s'agit du B-29 d'observation météorologique Straight Flush. Au même moment, deux autres appareils survolent Kokura et Nagasaki pour une mission de reconnaissance identique. Les conditions météorologiques sont très bonnes au-dessus de Hiroshima ; la ville est choisie comme cible. Au sol, l'alerte aérienne est levée à 7 h 30. La ville a été peu bombardée pendant la guerre et les habitants ont l'habitude de voir les bombardiers américains survoler leur ville pour se rendre plus au nord.

La bombe, recouverte de signatures et d'injures à l'adresse des Japonais est armée en vol et larguée à 8 h 15, à près de 9 000 mètres au-dessus de la ville. À 8 h 16 min 2 s heure locale, après 43 secondes de chute libre, la bombe explose à 587 mètres du sol, à la verticale de l’hôpital Shima, situé au cœur de l'agglomération, à moins de 300 mètres au sud-est du pont Aioi, initialement visé car reconnaissable par son plan en « T ».

L'explosion, équivalant à celle de 15 000 tonnes de TNT, rase instantanément la ville ; 75 000 personnes sont tuées sur le coup, dont un tiers de militaires, la ville étant entre autres le siège de la Deuxième armée générale  créée le 8 avril 1945 à partir de la dissolution du Commandement de la défense générale chargée de la défense de l'ouest du Japon, et de nombreux arsenaux et bases aériennes. Dans les semaines qui suivent, plus de 50 000 personnes supplémentaires meurent. Le nombre total de morts reste imprécis ; il est de l'ordre de 250 000. Sur les 90 000 bâtiments de la ville, 62 000 sont totalement détruits. Il ne resta aucune trace des habitants situés à moins de 500 mètres du lieu de l'explosion.

Au retour, les aviateurs verront pendant 500 kilomètres le champignon qui, en deux minutes, a atteint 10 000 mètres d'altitude. L’Enola Gay atterrit six heures plus tard à Tinian. Son équipage est aussitôt décoré.

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Rédigé par rafael

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Publié le 13 Septembre 2016

Alphone de Neuville, Le Bivouac

Alphone de Neuville, Le Bivouac

"Sur le plateau de Floing, au petit jour, dans le brouillard épais, le clairon Gaude sonna la diane, de tout son souffle. Mais l’air était si noyé d’eau, que la sonnerie joyeuse s’étouffait. Et les hommes de la compagnie, qui n’avaient pas même eu le courage de dresser les tentes, roulés dans les toiles, couchés dans la boue, ne s’éveillaient pas, pareils déjà à des cadavres, avec leurs faces blêmes, durcies de fatigue et de sommeil. Il fallut les secouer un à un, les tirer de ce néant ; et ils se soulevaient comme des ressuscités, livides, les yeux pleins de la terreur de vivre.

Jean avait réveillé Maurice.

— Quoi donc ? Où sommes-nous ?

Effaré, il regardait, n’apercevait que cette mer grise, où flottaient les ombres de ses camarades. On ne distinguait rien, à vingt mètres devant soi. Toute orientation se trouvait perdue, il n’aurait pas été capable de dire de quel côté était Sedan. Mais, à ce moment, le canon, quelque part, très loin, frappa son oreille.

— Ah ! Oui, c’est pour aujourd’hui, on se bat… tant mieux ! On va donc en finir !

Des voix, autour de lui, disaient de même ; et c’était une sombre satisfaction, le besoin de s’évader de ce cauchemar, de les voir enfin, ces Prussiens, qu’on était venu chercher, et devant lesquels on fuyait depuis tant de mortelles heures ! On allait donc leur envoyer des coups de fusil, s’alléger de ces cartouches qu’on avait apportées de si loin, sans en brûler une seule ! Cette fois, tous le sentaient, c’était l’inévitable bataille..."

Emile Zola La Débacle, 2e partie, chapitre 2, 1892.

"À cette heure, autour de Sedan, de toutes les positions perdues, de Floing, du plateau d’Illy, du bois de la Garenne, de la vallée de la Givonne, de la route de Bazeilles, un flot épouvanté d’hommes, de chevaux et de canons refluait, roulait vers la ville. Cette place forte, sur laquelle on avait eu l’idée désastreuse de s’appuyer, devenait une tentation funeste, l’abri qui s’offrait aux fuyards, le salut où se laissaient entraîner les plus braves, dans la démoralisation et la panique de tous. Derrière les remparts, là-bas, on s’imaginait qu’on échapperait enfin à cette terrible artillerie, grondant depuis bientôt douze heures ; et il n’y avait plus de conscience, plus de raisonnement, la bête emportait l’homme, c’était la folie de l’instinct galopant, cherchant le trou, pour se terrer et dormir."

~~Emile Zola La Débacle, 2e partie, chapitre 7, 1892.

Alphonse de Neuville

Alphonse de Neuville

"Dès les premiers pas, tous sentirent qu’ils entraient dans un enfer ; mais ils ne pouvaient reculer, il fallait quand même traverser le bois, leur seule ligne de retraite. à cette heure, c’était un bois effroyable, le bois de la désespérance et de la mort. Comprenant que des troupes se repliaient par là, les Prussiens le criblaient de balles, le couvraient d’obus. Et il était comme flagellé d’une tempête, tout agité et hurlant, dans le fracassement de ses branches. Les obus coupaient les arbres, les balles faisaient pleuvoir les feuilles, des voix de plainte semblaient sortir des troncs fendus, des sanglots tombaient avec les ramures trempées de sève. On aurait dit la détresse d’une cohue enchaînée, la terreur et les cris de milliers d’êtres cloués au sol, qui ne pouvaient fuir, sous cette mitraille. Jamais angoisse n’a soufflé plus grande que dans la forêt bombardée.

Tout de suite, Maurice et Jean, qui avaient rejoint leurs compagnons, s’épouvantèrent. Ils marchaient alors sous une haute futaie, ils pouvaient courir. Mais les balles sifflaient, se croisaient, impossible d’en comprendre la direction, de manière à se garantir, en filant d’arbre en arbre. Deux hommes furent tués, frappés dans le dos, frappés à la face. Devant Maurice, un chêne séculaire, le tronc broyé par un obus, s’abattit, avec la majesté tragique d’un héros, écrasant tout à son entour. Et, au moment où le jeune homme sautait en arrière, un hêtre colossal, à sa gauche, qu’un autre obus venait de découronner, se brisait, s’effondrait, ainsi qu’une charpente de cathédrale. Où fuir ? De quel côté tourner ses pas ? Ce n’étaient, de toutes parts, que des chutes de branches, comme dans un édifice immense qui menacerait ruine et dont les salles se succéderaient sous des plafonds croulants. Puis, lorsqu’ils eurent sauté dans un taillis pour échapper à cet écrasement des grands arbres, ce fut Jean qui manqua d’être coupé en deux par un projectile, qui heureusement n’éclata pas. Maintenant, ils ne pouvaient plus avancer, au milieu de la foule inextricable des arbustes. Les tiges minces les liaient aux épaules ; les hautes herbes se nouaient à leurs chevilles ; des murs brusques de broussailles les immobilisaient, pendant que les feuillages volaient autour d’eux, sous la faux géante qui fauchait le bois. à côté d’eux, un autre homme, foudroyé d’une balle au front, resta debout, serré entre deux jeunes bouleaux. Vingt fois, prisonniers de ce taillis, ils sentirent passer la mort."

Emile Zola La Débacle, 2e partie, chapitre 7, 1892.

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Rédigé par rafael

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Publié le 29 Août 2016

Prague 1968 - Koudelka

Koudelka est un photographe français d’origine tchèque, de 1967 à 1970 il suit la vie des gitans dans son pays. En 1968 il photographie l'invasion des troupes du Pacte de Varsovie, qui mit brutalement fin à l'expérience du Printemps de Prague, en août 1968 dans les rues de la capitale tchèque, et c’est tout d’abord anonymement que ses images sont publiées aux États-Unis. Il reçoit le prix Robert Capa pour ces images, icônes marquantes de l’histoire politique de la Tchécoslovaquie (sans que son nom soit mentionné). En 1970, il quitte son pays, devient apatride et s’installe en Angleterre jusqu’en 1979, continuant son travail photographique sur les Gitans et les diverses coutumes des pays d'Europe, toujours en quête d’instants de liberté. Il devient membre de l’agence Magnum en 1974 et se lie d’amitié avec Henri Cartier-Bresson et Robert Delpire.

(c) Wikipedia

Prague 1968 - Koudelka
Prague 1968 - Koudelka
Prague 1968 - Koudelka

Le Printemps de Prague est une période de l’histoire de la République socialiste tchécoslovaque durant laquelle le parti communiste tchécoslovaque introduit le « socialisme à visage humain » et prône une relative libéralisation. Il débute le 5 janvier 1968, avec l'arrivée au pouvoir du réformateur Alexander Dubček et s’achève le 21 août 1968 avec l’invasion du pays par les troupes du Pacte de Varsovie.

Dubček introduit la liberté de la presse, d’expression et de circulation dans la vie politique et enclenche une décentralisation de l’économie. Il dote le pays d'une nouvelle constitution qui reconnaît l'égalité des nations tchèque et slovaque au sein d'une république désormais fédérale. Cette innovation politique sera la seule à survivre à l’intervention soviétique.

Le Printemps de Prague provoque la réaction de l’URSS qui, après l’échec des négociations, envoie tanks et soldats pour imposer une « normalisation ». L’occupation soviétique entraîne des manifestations non violentes et une vague d’émigration parmi la population tchécoslovaque. Gustáv Husák remplace Alexander Dubček à la tête du parti et la plupart des réformes libérales sont abandonnées. Le Printemps de Prague a inspiré la culture des années 1960-1980 avec les œuvres de Karel Kryl et Milan Kundera (L'Insoutenable Légèreté de l'être).

(c) Wikipedia

Prague 1968 - Koudelka
Prague 1968 - Koudelka
Prague 1968 - Koudelka
Prague 1968 - Koudelka
Prague 1968 - Koudelka
Prague 1968 - Koudelka

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Rédigé par rafael

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Publié le 17 Août 2016

Inde 1947 - Margaret Bourke-White

India 1947 - Indien 1947 -

En 1947, le sous-continent indien est divisé en deux états : l’Inde et le Pakistan. Le Pakistan regroupe deux régions à majorité musulmanes à l’ouest le futur état du Pakistan et à l’est le Pakistan oriental qui deviendra plus tard le Bangladesh. Le long des frontières qui séparent ces deux régions du nouvel état indien des millions de personnes vont se déplacer dans les deux sens, provoquant émeutes et massacres entre Hindous et Musulmans.

Durant cette période Margaret Bourke-White, photographe américaine, parcouru le pays pour le magazine Life, livrant un témoignage précieux des événements en cours. Durant ce voyage elle rencontre Ghandi qu’elle suivra jusqu’à son assassinat en 1948.

Ces événements débouchèrent au nord du pays sur le premier conflit indo-pakistanais pour le contrôle du Cachemire, conflit encore aujourd’hui non résolue.

Inde 1947 - Margaret Bourke-White
Inde 1947 - Margaret Bourke-White
Inde 1947 - Margaret Bourke-White
Inde 1947 - Margaret Bourke-White
Inde 1947 - Margaret Bourke-White
Inde 1947 - Margaret Bourke-White
Inde 1947 - Margaret Bourke-White
Inde 1947 - Margaret Bourke-White

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Rédigé par rafael

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Publié le 14 Août 2016

un enfant déplacé et désinfecté au DDT, dans les camps de transit des zones américaines et soviétiques en 1945.

un enfant déplacé et désinfecté au DDT, dans les camps de transit des zones américaines et soviétiques en 1945.

Germany 1945 - Deutschland 1945 - Alemania 1945

Cartier-Bresson, 31 ans, réserviste dans l’infanterie rejoint l’unité « Film et Photographie » de la 3ème armée. Sa mission? Photographier les soldats à pied d’oeuvre sur la ligne Maginot. Mais lorsque débute l’offensive allemande, Cartier-Bresson est fait prisonnier avec ses camarades dans les Vosges. Durant trois années, il va passer d’un camp de travail à l’autre à Ludwigsburg puis en Forêt-Noire. A deux reprises, il tente de s’évader et chaque retour au camp s’accompagne de sanctions : le cachot. La troisième occasion sera la bonne. Il est à Paris au moment de la libération sur les Champs-Elysées ou avenue Foch. Cartier-Bresson a obtenu les autorisations nécessaires pour réaliser un film sur la libération des prisonniers Le Retour.

Allemagne 1945 - Henri Cartier-Bresson

Il part rejoindre les armées alliées sur le front. A Dessau, en Allemagne, il assiste à une scène impitoyable : une indicatrice est reconnue par celle qu’elle avait dénoncée. Il traverse une Allemagne dévastée par la guerre et les bombardements.

Allemagne 1945 - Henri Cartier-Bresson
Allemagne 1945 - Henri Cartier-Bresson
Allemagne 1945 - Henri Cartier-Bresson

Dans les camps de transit entre les zones soviétiques et américaines, ils témoignent de la déchéance humaine des rescapés des camps.

Allemagne 1945 - Henri Cartier-Bresson
Allemagne 1945 - Henri Cartier-Bresson
Allemagne 1945 - Henri Cartier-Bresson

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Rédigé par rafael

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