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Publié le 10 Avril 2017

Claude Gellée, dit « le Lorrain »

Toute la carrière de Claude Lorrain se déroule à Rome. Influencé par les grands paysages d'Annibal Carrache, il forge son propre style. Peu à peu, l’effet de la lumière devient sa préoccupation majeure.

Dans une première période, il reçoit des commandes du pape Urbain VIII. Il peint de nombreux ports imaginaires, invitations au voyage, à l'architecture néo-classique de la Renaissance italienne, baignés par la lumière rasante d'un soleil couchant situé dans la ligne de fuite du tableau. On y retrouve souvent des scènes d'embarquement grouillant de débardeurs affairés.

À partir de 1645, le Lorrain s'oriente vers des œuvres plus apaisées, à la lumière uniforme, d'inspiration mythologique ou biblique. Mais comme toujours chez le peintre, ces scènes ne sont que des prétextes pour l'exploration de l'espace infini du paysage.

Claude Gellée, dit « le Lorrain »
Claude Gellée, dit « le Lorrain »
Claude Gellée, dit « le Lorrain »

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Rédigé par rafael

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Publié le 2 Avril 2017

Pieter Saenredam - L’église Saint-Bavon à Haarlem

Peintre hollandais du XVIIe siècle Pieter Jansz Saenredam se spécialisa dans les vues d'intérieurs d'églises. Il fit preuve dans cet exercice particulier d'une savante minutie, souvent illusionniste qui n'exclut pas une certaine naïveté. Ce géomètre-poète réussit à fasciner par sa maitrise de la composition et de la lumière, mais il n’émeut pas. Il fut par ailleurs un excellent graveur.

Pieter Saenredam - L’église Saint-Bavon à Haarlem
Pieter Saenredam - L’église Saint-Bavon à Haarlem

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Rédigé par rafael

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Publié le 19 Février 2017

Elierzer et Rebecca

Elierzer et Rebecca

Les amateurs des arts ne peuvent entendre prononcer le nom du Poussin, sans éprouver un sentiment de respect et de vénération. Il est le premier des peintres Français dont la statue ait été placée parmi celles des hommes célèbres qui ont honoré la France ; et sans injustice on ne pouvoit accorder cet honneur à un autre peintre avant lui ; les circonstances l’ont empêché long-temps de faire connaître son génie, et s’il fût mort à quarante ans, sans doute il fût mort ignoré ; mais depuis qu’il put se fixer à Rome et s’y livrer à sa passion pour l’étude, rien ne l’empêcha plus de mûrir, de perfectionner son rare talent : il ne fut point distrait par une mauvaise santé, par l’amour des richesses, ni par le désir des places, ni par le tourbillon fatigant du monde ; solitaire, pendant une longue vie, dans le pays le plus favorable aux arts, il a constamment suivi son but, celui de faire de beaux tableaux.

On pourrait le comparer à Turenne ; l’un fut peintre, comme l’autre fut général : tous les deux, profonds dans leur art, durent leur talent et leur renommée à de longs travaux et à de longues années ; tous les deux, dédaignant la fortune, n’eurent jamais pour objet qu’une gloire plus solide que brillante ; ils se ressemblent même par la figure : un air de simplicité, je ne sais quoi d’austère et de bon, fait le caractère de leur physionomie.

Neptune

Neptune

Le Poussin est le plus sage des peintres, et, sans contredit, un des plus savants : ses tableaux sont remplis de pensées ; et plus on a de dignité et d’élévation dans l’âme, mieux on sent ses idées, et plus elles en font naître de nouvelles. Un des caractères distinctifs de ses ouvrages, est de nous transporter au temps dont ils représentent les sujets, et ils ressemblent plus aux peintures des anciens que tous ceux des peintres modernes : son dessin a de la grandeur et de la sévérité. On lui a reproché de ressembler plus aux statues antiques qu’à la nature ; cette critique spécieuse n’est pas fondée : l’étude de la beauté, celle du caractère des peuples qu’il peignait, ses études faites d’après les belles statues ne l’ont point entraîné à donner à ses figures l’air de pierre ou de marbre, comme cela est arrivé aux modernes Italiens ; elles vivent, elles se meuvent ; cette vie et cette physionomie antique font précisément le caractère le plus distinct de son originalité.

Souvent il a joint à la beauté, à la grandeur, une sorte de grâce sage et sévère, qui ne porte point les sens vers la volupté, mais qui plaît beaucoup à l’âme. Ses femmes ont toujours un air d’élévation et de vertu qui attache, inspire le respect, mais qui ne charme pas. C’est le peintre des gens d’esprit, des philosophes, des hommes vertueux ; et celui qui se plaît à vivre entouré de tableaux ou d’estampes du Poussin, n’est, à coup sûr, ni un petit maître, ni un libertin, ni un malhonnête homme, ni un sot. Ses tableaux excitent à la vertu, soit par le choix des sujets, soit par la manière dont il les a rendus. Il a porté l’expression à un très-haut degré ; cependant, l’amour qu’il avait pour le caractère élevé, lui a fait souvent sacrifier l’énergie de l’expression à la noblesse, à la beauté ; et il n’a pas cet abandon de sentiment que l’on trouve à chaque pas dans Raphaël, dans Michel-Ange, dans Rubens : il semble craindre d’altérer la dignité de ses figures en les peignant troublées, tourmentées par de fortes passions ; elles paraissent commander à leur sensibilité, et leurs âmes sont émues, lorsque leurs corps sont dans une attitude tranquille ; c’est, sans doute, ce qui leur donne l’air de philosophes. Ses compositions n’ont point la naïveté, le mouvement de celles de Raphaël ; elles paraissent le fruit de profondes réflexions ; mais elles plaisent par cela même, rien n’y est mis au hasard ; une raison éclairée, un goût sévère et grand y ont tout distribué : plus on voit ses productions nobles et savantes, moins on peut s’en détacher, et plus elles excitent l’enthousiasme et l’admiration.

Bacchus

Bacchus

L’étude qu’il a faite des statues antiques a déterminé son goût de draperies ; leur style est imposant et original ; et bien que les détails n’en soient pas toujours heureux, elles intéressent toujours par un bel agencement et un air de vérité. Il n’a pas suivi le costume avec un scrupule servile et fanatique ; mais il ne s’est point écarté des formes principales qui font le caractère distinctif des différents peuples. Quoique le Poussin se soit bien moins attaché au coloris qu’à la composition et au dessin, quoiqu’il ait été bien plus ambitieux de plaire à l’âme qu’aux yeux, sa couleur est quelquefois très-belle, et toujours elle a un ton vigoureux, peu ordinaire, et qui convient parfaitement à la sévérité de son style.

Les Hébreux sont de tous les hommes de l’antiquité ceux qu’il a le mieux peints : soit par les ajustements, soit par l’expression et le caractère du dessin, il a rendu mieux qu’aucun peintre l’austère simplicité de ce peuple religieux ; on pourrait dire même qu’il a donné quelque chose d’hébraïque à tous les peuples qu’il a peints. On voit peu de grands tableaux de lui, parce qu’il trouva rarement l’occasion d’en faire ; cependant celui qui représente le Temps enlevant la Vérité, et celui de St. François Xavier rappelant à la vie une jeune Japonaise, prouvent assez qu’en offrant sur de grands espaces l’abondance et la beauté de ses pensées, il fût devenu aussi célèbre qu’il l’a été en peignant sur des toiles de moyenne proportion, devenues vastes par le pouvoir de son art. Il a eu différentes manières de peindre, il les variait même selon les sujets qu’il traitait : son pinceau a été plus ferme et hardi que doux et moelleux ; son tableau de la Manne dans le Désert, est de sa plus parfaite manière : c’est aussi dans toutes ses parties un de ses plus admirables ouvrages.

Destruction du temple de Jérusalem et la manne dans le désert
Destruction du temple de Jérusalem et la manne dans le désert

Destruction du temple de Jérusalem et la manne dans le désert

Ô regrets ! ô révolution cruelle qui porta chez nos ennemis, ses fameux Sacrements, ces chefs-d’œuvres si attachants et si neufs ! que de belles expressions, que de pensées originales et sublimes se trouvent réunies dans cet ouvrage célèbre ! Avec quelle grave simplicité les saintes cérémonies y sont présentées, et combien elles y paraissent augustes et touchantes ! On seroit trop long à décrire toutes les belles compositions du Poussin ; cela serait même inutile, puisqu’elles sont si connues : mais peut-on parler de lui et ne pas nommer au moins ce beau sujet du Testament d’Eudamidas qu’il a traité d’une manière si sublime et qui montre si bien la physionomie de son génie ; comment ne pas nommer l’Évanouissement d’Esther, la Peste des Philistins, Moïse exposé sur les eaux, l’Enlèvement des Sabines ; peut-on ne pas offrir à la mémoire ce tombeau, qui, dans une riante campagne, rappelle à de jeunes voyageurs la mort d’un heureux berger d’Arcadie ; et ces Saisons si poétiquement nobles, dansant au son d’un instrument dont le Temps joue lui-même, tandis qu’un enfant, un sablier à la main, compte leurs rapides instants, et qu’un autre fait naître et voler des bulles de savon, image de l’éclat passager de la vie, et tandis qu’au plus haut du ciel, le Soleil, accompagné des Heures, parcourt sa carrière éternelle ?

Le testament d'Eudamidas

Le testament d'Eudamidas

Personne, dans ses tableaux, n’a fait des fonds aussi beaux que lui : cela pouvait-il être autrement ? Il était savant dans l’architecture, profond dans la perspective ; et l’un de ses plus glorieux caractères distinctifs, est d’avoir été aussi fameux peintre de paysage que d’histoire : tous ses tableaux d’histoire, fussent-ils détruits et oubliés, ne restât-il que ses paysages, il serait encore placé parmi les plus grands peintres ; il marche l’égal de ceux qui ont le plus de réputation dans ce genre, et aucun ne l’a fait avec des formes aussi héroïques : enrichies de fabriques nobles, les belles contrées qu’il a peintes ont toujours une imposante majesté ; il semble qu’en d’aussi beaux lieux, on ne puisse avoir que de grandes pensées ; et ils paraissent destinés à être les retraites paisibles des héros et des sages ; les figures qu’il y a placées sont bien dignes de ces demeures augustes.

La plupart de ses paysages offrent des sujets qui en accroissent l’intérêt : c’est Poliphême couvrant le sommet d’une montagne de l’immensité de son corps, et qui, pour attendrir Galathée, fait retentir des sons de ses chalumeaux une vaste et riche campagne ; c’est Orphée charmant les Nymphes des bois par les doux accords de sa lyre, et qui ne s’aperçoit pas que sa chère Euridice est blessée par un serpent ; Euridice dont le destin funeste réveille toutes les idées que l’harmonie et l’âme de Virgile ont rendues si touchantes. Dans l’un de ses tableaux, on voit le corps de Phocion porté avec ignominie loin des terres d’une ville ingrate, dont ce héros fut long-temps l’amour, l’orgueil et la défense ; dans un autre, une femme de Mégare recueille avec respect les os calcinés de cet illustre citoyen, afin de les porter, et de les conserver religieusement dans ses foyers : vaste matière aux réflexions sur la faveur populaire, sur les hautes fortunes et même sur les hautes vertus. Il a peint dans le Paradis Terrestre la Nature vierge et fortunée, parée de toute la pompe et de tout l’éclat de ses innombrables richesses : dans son fameux tableau du Déluge, avec quelles couleurs funèbres il offre la terre malheureuse frappée du courroux du Tout-Puissant, et sur le point d’être ensevelie sous l’abîme fangeux des eaux.

Poliphene et Phocion
Poliphene et Phocion

Poliphene et Phocion

Eh ! qui prouve comme lui que l’âme seule place au premier rang dans la peinture ? Qui prouve comme lui qu’une main adroite peut n’y être souvent qu’un instrument inutile ? C’est d’une main paralytique et tremblante qu’il a peint plusieurs chefs-d’œuvres dont nous venons de parler ; chefs-d’œuvres faits pour donner des leçons à tous les poëtes de l’univers ; que dis-je, sans ce faible instrument il pouvait leur dicter assez d’idées pour servir de matières à des poëmes entiers. Un sentiment profond, calme, élevé, est la source du style noble et sublime du Poussin ; génie neuf et la gloire de sa patrie : c’est un des hommes qui ont possédé plus de grandes parties de la peinture ; et il est placé par beaucoup de gens à côté de Raphaël même. Corneille et le Poussin ont tant de rapports entre eux, par la beauté mâle de leur génie, qu’ils semblaient devoir naître dans la même contrée ; honneur, respect à l’heureuse province qui vit s’élever de son sein, et l’un de nos plus célèbres poëtes, et le plus grand de nos peintres !

Moïse

Moïse

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Rédigé par rafael

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Publié le 30 Décembre 2016

La tentation de Saint-Antoine

La tentation de Saint-Antoine

"Au seul nom de Teniers, le sourire naît sur les lèvres de ceux qui connaissent ses ouvrages ; ils respirent, en effet, une si franche gaieté, qu’ils en donnent à tous ceux qui les voient. Teniers est, sans contredit, un des peintres les plus nés pour leur art. Il avait fixé son séjour dans un village près d’Anvers, pour mieux connaître la nature qu’il se plaisait tant à imiter. Ce fut de ce riche atelier qu’il la vit, et qu’il la saisit en grand ; c’était là, dans l’intérieur des ménages, dans les kermesses, au milieu des fêtes champêtres, au milieu des jeux et des plaisirs de ses héros, que son esprit se remplissait de toutes les scènes naïves qu’il a rendues avec tant de chaleur et de vérité.

Teniers est exact dans le dessin, et l’on ne peut rendre mieux que lui la forme des paysans de Flandre ; on ne peut mieux que lui peindre leurs attitudes, l’ensemble de leur personne, et l’esprit de leurs corps et de leurs vêtements. Comme il a bien donné le caractère qui leur est propre à leurs vestes, à leurs culottes, à leurs bas, à leurs souliers, à leurs chapeaux, à leurs pipes, et à tous les accessoires dont ils sont environnés ! Il peint leur moral avec autant d’exactitude que leur physique. Leurs passions, en effet, ne devaient pas avoir la même physionomie que celle des autres hommes. Dans ses tableaux on les entend raisonner, se disputer, politiquer ; on voit la santé de leur âme entretenue par les pots de bière dont ils sont entourés. Lorsqu’il les a peints jouant aux cartes, avec quelle justesse et quelle chaleur il a saisi l’espèce d’expression de cette espèce de joueurs ! Il sait distinguer les différents états des habitants des campagnes, et les nuances y sont clairement senties, depuis le mendiant jusqu’au seigneur de la paroisse. Dans ses Fêtes de Village, comme il a bien rendu la différente gaieté des différents personnages ! Le paysan aisé n’y danse pas comme le pauvre manœuvre, et il n’est pas jusqu’au magister du hameau qui n’y rie à sa manière.

Ses tons de couleur sont vrais et riches, vigoureux et argentins ; ses tableaux sont toujours harmonieux, sans affectation de sacrifices. Dans les scènes d’intérieur, dans celles qui se passent en plein air, le clair-obscur semble senti si aisément, qu’on dirait que le peintre n’y a pas songé. Le talent de Teniers est principalement caractérisé par une touche rapide et spirituelle qui, en se jouant, porte partout la lumière, la couleur, la vie et l’expression. Ce qui le caractérise encore, est d’avoir eu plus de parties qu’aucun peintre de son genre, et plus poëte qu’eux tous d’avoir vu la nature plus en grand. À beaucoup de poésie et de fécondité, il joint l’exactitude de l’imitation ; il réunit l’enthousiasme et la précision, la vérité de l’ensemble et celle des détails : d’autres peintres, en terminant leurs ouvrages plus que lui, intéressent infiniment moins ; on se persuade qu’en se donnant bien de la peine, en employant beaucoup de temps, on parviendrait à faire des tableaux comme eux : ils rendent exactement les détails, et sont gauches dans l’ensemble ; ils imitent et n’ont point de pensées, ils imitent et ne peignent pas. Teniers étonne bien davantage : ses ouvrages remplis de vérités, paraissent avoir été faits en un instant ; rien n’y sent la contrainte, rien n’y paraît servilement copié ; tout y semble créé ; une verve bouillante en vivifie toutes les parties ; et ses paysans et ses buveurs paraissent être sortis tout armés de son cerveau, comme Minerve de celui de Jupiter. Teniers, en effet, peignait fort vite ; et jamais fatigué par les soins qu’exige un extrême fini, il sentait mieux, il rendait mieux le mouvement général.

La chambre des gardes

La chambre des gardes

Il a quelquefois une espèce de noblesse, comme dans son tableau de l’Enfant Prodigue, et dans celui des Sept Œuvres de Miséricorde : mais habile peintre partout, c’est principalement lorsqu’il peint des hommes du peuple passionnés qu’il est génie plus original ; il est surtout sublime quand il offre les cabarets et les buveurs : c’est dans ces sortes de sujets que véritablement inspiré, il présente au spectateur la nature en traits de flamme. Voyez au Muséum des tableaux représentant l’intérieur d’un estaminet : en regardant les joueurs, les sacs à bière qu’on y voit, on se dit : « Si de tels hommes, sous des lambris dorés, étoient revêtus d’habits élégans et magnifiques, ils auroient toujours l’air de joueurs et d’ivrognes. »

L’originalité de son talent est si marquée, que les yeux les moins exercés reconnaissent ses tableaux au premier aspect ; et les artistes n’en voyant qu’une pipe, reconnoîtraient qu’elle appartient à une figure de Teniers. À côté de quelque sujets que ses tableaux soient placés, ils intéressent toujours ; ils charment le connaisseur, attachent celui qui ne l’est pas ; et l’âme exaltée par la peinture des grandes actions des hommes, agitée, troublée par l’image des situations extraordinaires de la vie, se délasse en voyant le rire naturel, le bonheur aisé de ses bons paysans Flamands. On dit que Louis XIV les chassa de sa Cour ; cela peut être, et ne prouve rien contre le peintre naïf, ni contre le fier monarque : n’ayant jamais sous les yeux que les formes des courtisans, il pouvait croire que la nature n’en avait pas fait d’autres.

Quoique ses paysages soient inférieurs à ses tableaux de figures, quoique les sites en soient ordinaires et trop souvent les mêmes, ils sont fort estimés des amateurs, comme tout ce qui vient de Teniers. La plupart représentent des hameaux de Flandre. Sans avoir une imitation parfaite de la nature, ils ont de la vérité et un ensemble agréable qui inspire la joie, qui inspire une douce philosophie ; sans élévation, ils ont de la poésie ; ils amusent, ils touchent, ils présentent le calme et la félicité des campagnes, et ils sont bien faits pour être la demeure des joyeux paysans qu’on y rencontre toujours avec plaisir.

Dans les arts, c’est le génie qui obtient la première place ; cette qualité brillante l’a fait donner à Teniers, parmi les peintres de son genre, et il la mérite si bien, qu’il paraît difficile qu’elle lui soit jamais ravie."

 

Duminil-Lesueur, 1807 (pp. 85-90).
L'Alchimiste

L'Alchimiste

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Rédigé par rafael

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Publié le 11 Décembre 2016

Bacchus et Cérè , nymphes et satyres

Bacchus et Cérè , nymphes et satyres

" Beaucoup de réputations ne laissent à l’esprit aucun regret, parce qu’on est persuadé qu’elles ont été aussi loin qu’elles pouvaient aller ; on est assuré que les circonstances ont parfaitement secondé les intentions de la nature : telles sont, dans la peinture, celles du Poussin, de Michel-Ange, qui ont dû tirer de leurs dispositions tout le parti possible : telle est celle de Racine, de Corneille, de Voltaire, et de tant d’autres poëtes. Il est d’autres célébrités auxquelles on ne pense point sans une sorte de douleur, en songeant que les circonstances ont plus ou moins contrarié les moyens donnés par la nature ; celles de Raphaël, de le Sueur sont de ce genre ; tous deux ils moururent jeunes ; et laissant après eux une grande renommée, ils laissèrent aussi les regrets des ouvrages qu’ils auraient pu produire, et de la perfection qu’ils auraient pu leur donner s’ils avaient vécu davantage. Celle du Bourdon, qui cependant mourut âgé, est du même genre : la fatalité ne lui permit pas d’étudier, et l’on ne sait pas jusqu’où son talent aurait pu être porté. À peine avait-il fait quelques études à Rome, qu’il eut une dispute avec un peintre, qui le menaça de déclarer au Saint-Office qu’il était calviniste : effrayé, il quitta promptement cette ville fameuse, fut à Venise, où il ne fit que passer, et revint en France.

Les ouvrages qu’il peignit à son retour, pleins de feu et des souvenirs de tout ce qu’il avait vu de beau dans son rapide voyage, donnaient les plus brillantes espérances à cause de la jeunesse de l’auteur. Ses tableaux, quoique peu terminés, se vendant très-bien, il ne se donna pas la peine de les finir davantage ; et il s’occupa bien moins à les étudier qu’à les peindre promptement ; peut-être aussi n’avait-il pas reçu de la nature cette tenue, ce courage de l’esprit qui par un travail constant lui donne les moyens de perfectionner tout ce qu’il enfante. Un des principaux caractères de ses ouvrages, est d’être abondants, faciles et peu terminés ; de tenir de presque tous les maîtres, et de n’avoir l’air ni de copies, ni de pastiches ; d’avoir même une originalité bien prononcée : il a imprimé à ses nombreux larcins une physionomie qui lui en assure la propriété. Il avait bien cette facilité de concevoir, de disposer, d’exécuter avec chaleur, qui entraîne avec elle le nom de génie ; nom cependant qui est bien plus souvent confirmé par tous les siècles, lorsqu’elle produit l’imitation de la nature, et particulièrement dans sa noblesse et dans sa beauté. L’invention et la composition sont les parties de la peinture que Bourdon sentait le mieux ; dans toutes les autres il a un mérite distingué, et une originalité qui plaît beaucoup.

Bacchanales

Bacchanales

Saint-Pierre

Saint-Pierre

Son dessin, peu correct et sans beaucoup de choix, a du mouvement, et une sorte de grandeur qui semble plus tenir de son enthousiasme que de sa science. Sa mémoire lui donna facilement une connaissance superficielle de beaucoup de choses ; de bonne heure sans doute il contracta l’habitude, en copiant la nature, de ne pas chercher à en faire l’exacte imitation, même dans ce qu’elle avait de plus beau : on assure que lorsqu’il voulait terminer davantage ses ouvrages, ils perdaient plus qu’ils ne gagnaient. Il paria avec un de ses amis qu’il peindrait, en un jour, douze têtes d’après nature, de grandeur naturelle, et il gagna ; on dit que ce ne sont pas les moindres choses qu’il ait peintes.

Sa galerie de l’hôtel Bretonvilliers est son plus important ouvrage ; elle ne subsiste plus : elle est célèbre par les éloges de tous ceux qui l’ont vue. Le plus estimé de ses grands tableaux est le Crucifiement de Saint Pierre, qu’il fit pour le mai de Notre-Dame, et qui est actuellement dans le Musée Napoléon. Cette hardie conception se distingue surtout par une belle couleur, par beaucoup de mouvement, par beaucoup de feu dans l’exécution, et par une composition singulière et tout-à-fait pittoresque.

Ses Œuvres de Miséricorde sont un de ses plus fameux ouvrages ; ce sont des compositions neuves et piquantes, dont la plupart feraient honneur aux maîtres du premier rang : quoique les pensées n’y soient pas touchantes, elles ont beaucoup d’intérêt par la chaleur et la sorte de bizarrerie grande avec laquelle elles sont présentées. Les principales lignes sont balancées d’une manière noble et poétique ; les détails ont peu de fini et de vérité, ils ont un caractère mâle ; et en général cet ouvrage, dont les gravures sont dans les porte-feuilles de tous les artistes, plaît infiniment à ceux qui ont l’imagination vive. Un des caractères distinctifs du talent de Bourdon, est sa manière d’agencer les draperies ; il est peu fidèle au costume, et même à la vérité : on aurait bien de la peine à rendre compte de la forme des vêtements de ses figures, à dire de quelle étoffe ils sont ; mais leur disposition a toujours de l’abondance, et une originalité bizarre, inspirante, et que les peintres aiment beaucoup. Une des choses encore qui caractérisent la plupart de ses compositions, est l’habitude qu’il avait de placer sur le devant quelques débris d’architecture, toujours des formes rondes en opposition avec des carrés : a-t-il trop de lignes droites ? le fût d’une colonne vient à son secours : veut-il faire courber, asseoir une figure pour varier avec celles qui sont debout ? soudain un fragment de mur, un heureux piédestal sortent de la terre à son commandement. Il tire de la variété de ces formes un parti très-pittoresque ; mais outre que cette répétition fatigue, elle ôte l’illusion en ôtant la vraisemblance.

Jacob enterrant les idoles au pied d'un chêne

Jacob enterrant les idoles au pied d'un chêne

Bourdon a fait aussi de très-beaux paysages dont les sites poétiques inspirent toujours un vif intérêt : très-differens de ceux du Poussin, ils ont avec eux de la ressemblance par le style héroïque. Ils ont plus de singularité, moins de grandeur et moins de vérité, de raison et de profondeur dans les épisodes ; mais remplis de mouvement, créés par l’imagination, ils électrisent celles des amateurs des arts ; ils présentent toujours des formes inconnues, pittoresques, et ils sont enrichis de sujets très-historiques, parfaitement d’accord avec les lieux où ils sont placés. La fécondité des pensées du Bourdon, et la rapide facilité de son exécution font souvent oublier ses torts, principalement dans ses petits tableaux très-estimés, et l’ornement des plus riches cabinets. Un des plus beaux de ce genre, est celui dont M. Dufourni est possesseur, et qui représente S. Charles donnant des secours aux Pestiférés de Milan. Une belle ordonnance, une belle couleur, de l’expression, de l’enthousiasme dans toutes les parties de ce tableau en forment un des chefs-d’œuvres du Bourdon.

Il a gravé à l’eau-forte avec beaucoup d’esprit ; les estampes des Sept Œuvres de Miséricorde sont de sa main. On connaît de lui de beaux portraits ; on connaît aussi des tableaux du genre familier qui ont un rang dans les cabinets ; et bien qu’ils tiennent au souvenir des peintres Flamands, ils ont cependant leur physionomie que les érudits reconnaissent aisément.

D’après ces faits, sans doute c’est avec raison que Montpellier s’enorgueillit d’avoir donné le jour au Bourdon, et c’est avec justice qu’il est placé parmi les artistes célèbres dont la France s’honore."

 

Duminil-Lesueur, 1807 (pp. 185-191).
Moïse et le serpent d'airain

Moïse et le serpent d'airain

Ulysse découvrant Astyanax caché dans la tombe d'Hector

Ulysse découvrant Astyanax caché dans la tombe d'Hector

Vénus donnant les armes à Enée

Vénus donnant les armes à Enée

Martyr de Saint-André

Martyr de Saint-André

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Rédigé par rafael

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Publié le 27 Octobre 2016

Louis XIV - le Roi Soleil

Le Roi Victorieux

Louis XIV est avant tout un roi conquérant, il tend à affirmer la puissance de son Royaume. Il utilise les armes traditionnelles de la diplomatie (ambassade, traités, alliances, unions dynastiques, soutien aux opposants de ses ennemis). Mais c'est surtout par l'armée qu'il s'impose. Jeune roi, il poursuit d'abord la stratégie de ses prédécesseurs depuis François Ier pour dégager la France de l'encerclement hégémonique des Habsbourg en Europe par une guerre continuelle contre l'Espagne, en particulier sur le front des Flandres. Le « grand Roi » en profite pour rendre son « pré carré » par des guerres de conquêtes sur ses voisins, négligeant toutefois l'expansion coloniale

Dans un premier temps, pour se dégager de l'encerclement des Habsbourg, le jeune Louis XIV avec son ministre Mazarin fait alliance avec les principales puissances protestantes, reprenant ainsi la politique de ses deux prédécesseurs et de Richelieu.

Cette guerre franco-espagnole connaît quatre phases : quand le règne débute, la France soutient directement les puissances protestantes contre les Habsbourg, lors du dernier tiers de ce qu'on a appelé ensuite la guerre de Trente Ans, conclue en 1648 par les traités de Westphalie. Profitant de la Fronde, l'Espagne tente d'affaiblir le Roi en soutenant la révolte militaire du Grand Condé (1653) contre Louis XIV. En 1659, des victoires françaises et une alliance avec les puritains anglais (1655-57) et les puissances allemandes (Ligue du Rhin) imposent à l'Espagne le traité des Pyrénées (soudé par le mariage entre Louis XIV et l'infante en 1659). Enfin, le conflit reprend à la mort du roi d'Espagne (1665) quand Louis XIV entame la guerre de Dévolution : au nom de l'héritage de son épouse, le roi réclame que des villes frontalières du royaume de France en Flandre espagnole lui soit dévolues. Il s'appuie sur les difficultés de l'Espagne au Portugal

À l'issue de cette première période, Louis XIV, jeune roi, est à la tête de la première puissance militaire et diplomatique d'Europe, s'imposant même au Pape. Il a agrandi son royaume vers le nord (Artois, achat de Dunkerque aux Britanniques) et conservé, au sud, le Roussillon. Sous l'influence de Colbert, le Roi a aussi construit une marine et agrandit son domaine colonial pour combattre l'hégémonie coloniale espagnole.

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La bataille des dunes par Charles-Philippe Larivière

La bataille des dunes par Charles-Philippe Larivière

La Bataille des dunes, 14 Juin 1658.

L'affrontement a lieu dans les dunes de Leffrinckoucke le 14 juin, non loin de Dunkerque. Le centre et la droite de l’archiduc sont enfoncés en un clin d’œil par des régiments de piquiers anglais, mais la gauche avec Condé, d’abord ébranlée, reprend une brillante offensive. Turenne peut concentrer sa cavalerie et aidé par les navires anglais repousse les gardes suisses. Les Franco-Anglais ont perdu 400 hommes, par contre les Espagnols et le corps de Condé laissent sur le terrain près de 5 000 hommes dont 3 000 à 4 000 prisonniers.

Le 25 juin, Dunkerque, espagnole le matin, française à midi, est finalement anglaise le soir, puisque Louis XIV la remet le jour même aux Anglais. (Charles II revendra Dunkerque à Louis XIV en 1662). Quelques jours après Bergues et Furnes tombent aux mains des Français. Le 7 novembre 1659, le traité des Pyrénées scellera la paix, et mettra fin à trente ans de guerre entre la France et l'Espagne. Turenne est récompensé en 1660 par Louis XIV et reçoit le titre de maréchal général des armées du roi.

A partir de 1672, sous l'influence de Louvois, le « Grand Roi » renonce à l'alliance protestante. Pour rendre son « pré carré », il s'isole diplomatiquement dans une politique belliqueuse de conquête qui l'oppose à toute l'Europe. La poussée vers les Flandres d'un monarque absolu catholique provoque l'inquiétude de la République protestante des Pays-Bas. Dès lors, France et Pays-Bas, anciens alliés, deviennent rivaux économiquement et politiquement.

En 1672, Louis XIV les attaque, ce qui provoque la guerre de Hollande. L'Espagne en profite pour tenter de récupérer les villes de Flandres perdues. Ce conflit isole diplomatiquement la France : opposée à la fois aux Habsbourgs, au pape et aux protestants d'Europe, après le rapprochement entre les Provinces-Unies des Pays-Bas, les princes allemands et le parlement anglais, elle n'a plus comme alliée protestante que la Suède. Sa puissance militaire lui permet toutefois d'imposer la paix sur le front Nord et de prendre le comté de Bourgogne à l'Espagne (1674, confirmé au traité de Nimègue, 1678). C'est ainsi que Besançon devient française. Louis XIV élargit ensuite ses ambitions aux possessions des villes conquises (politique des réunions). Cette politique d'expansion territoriale et la violence des massacres dans le Palatinat provoque la ligue d'Augsbourg (9-7-1686), alliance défensive de l'ensemble des puissances européennes (Habsbourg et protestants). Après la prise de Luxembourg en 1684, le conflit reprend de 1688 à 1697, années de guerre extrêmement violentes sur terre et sur mer : de l'Irlande où le roi soutient le prétendant catholique au trône de Grande-Bretagne, à l'Allemagne, où il soutient la Princesse Palatine, jusqu'à la Savoie, les guerres pèsent durement sur les finances royales et sur les populations, en particulier lors du terrible sac du Palatinat par Louvois. La paix négociée par la médiation de la Suède lui permet de prendre l'Alsace, terre traditionnelle du Saint-Empire et dont la population est germanophone.

 Le poids de la guerre et l'isolement diplomatique sont partiellement compensés par l'agrandissement du royaume. Le roi saisit ainsi l'occasion de faire de son royaume la première puissance catholique au vu de l'affaiblissement espagnol.

Le Passage du Rhin, Adam-François Van der Meulen

Le Passage du Rhin, Adam-François Van der Meulen

Le Passage du Rhin.

Le 6 avril 1672, Louis XIV déclare la guerre aux Provinces-Unies (Pays-Bas du Nord) afin d’abaisser l’outrageuse puissance économique et commerciale de la petite république protestante. Soigneusement préparée depuis deux ans, la campagne terrestre rencontre peu de résistance. À la tête de l’armée, Louis de Bourbon-Condé (1621-1686), cousin du roi, traverse les Pays-Bas espagnols et les provinces allemandes avant d’envahir les Provinces-Unies. Le 12 juin 1672, la cavalerie atteint un bras du Rhin à proximité de Schenk, en face du village de Tolhuys, la « maison du péage ». Le fleuve est à son étiage, ce qui rend son cours praticable par un gué. Les troupes du prince Guillaume d’Orange (1650-1702) rivalisent mal face aux 20 000 soldats français qui traversent le fleuve sans peine.

Cette action sans fait d’armes devient le sujet d’une vaste production artistique qui mobilise tous les arts (peinture, sculpture, littérature) ainsi que la numismatique. « une action éclatante et unique, célébrée alors comme un des grands événements qui dussent occuper la mémoire des hommes ». Voltaire

Le tableau d’Adam-François Van der Meulen, peintre flamand passé au service de la France, constitue un modèle du genre dans la mise en scène d’un fait militaire pour servir d’outil de propagande politique.

Michel Corneille, dit le Jeune (1642-1708) - Allégorie du passage du Rhin, 12 juin 1672

Michel Corneille, dit le Jeune (1642-1708) - Allégorie du passage du Rhin, 12 juin 1672

Les armées de Louis XIV devant Schenkenschanz, 1672

Les armées de Louis XIV devant Schenkenschanz, 1672

Louis XIV recevant le Doge de Venise 1685

Louis XIV recevant le Doge de Venise 1685

Portrait de Louis XIV au siège de Namur

Portrait de Louis XIV au siège de Namur

Bataille de Ramillies contre les anglais, 1706.

Bataille de Ramillies contre les anglais, 1706.

Ambassade de Perse auprès du roi 1715

Ambassade de Perse auprès du roi 1715

Le Roi protecteur des arts

Dans l'esprit du roi, la grandeur d'un royaume doit aussi se mesurer par son embellissement.

Sur les conseils de Colbert, un des premiers chantiers du roi sera la restauration du palais et du jardin des Tuileries confiée à Louis Le Vau et à André Le Nôtre. Les décors intérieurs sont confiés à Charles Le Brun et aux peintres de la brillante Académie royale de peinture et de sculpture. Outre le château de Versailles que Louis XIV fait agrandir petit à petit tout au long de son règne, il fait aussi construire le château de Marly afin d'inviter ses intimes. Dans ces deux châteaux, tout comme à Saint-Germain, le château qui vit le début de son règne, il confia la restauration des jardins à Le Nôtre.

 Dans Paris, on lui doit aussi, entre autres, le pont Royal (financé sur ses propres deniers), l'observatoire, les Champs-Élysées, les Invalides, la place Vendôme mais aussi la place des Victoires qui commémore la victoire sur l'Espagne, l'Empire, le Brandebourg et les Provinces-Unies. Deux arcs de triomphe, la porte Saint-Denis et la porte Saint-Martin, célèbrent les victoires du Roi-Soleil lors de ses guerres européennes.

 Il fait modifier aussi profondément la structure de villes françaises telles que Lille, Besançon, Belfort, Briançon en les fortifiant grâce aux travaux de Vauban. Certaines villes, telles que Versailles pour la cour ou Neuf-Brisach pour défendre les acquisitions d'Alsace, sont créées ou développées.

 

Louis XIV et sa famille, Jean Nocret 1670

Louis XIV et sa famille, Jean Nocret 1670

Versailles

Versailles

VersaillesVersaillesVersailles
VersaillesVersailles
VersaillesVersailles
VersaillesVersailles

Versailles

Versailles galerie des Glaces

Versailles galerie des Glaces

Puget présentant la statue de Milon de Crotone à Louis XIV dans les Jardins de Versailles

Puget présentant la statue de Milon de Crotone à Louis XIV dans les Jardins de Versailles

Après l'arrestation de Fouquet, le roi semble vouloir imiter sa vie fastueuse. Il se montre extrêmement dépensier en allouant des sommes immenses aux frais de la cour royale. Il dépense d'importantes sommes dans l'amélioration du Louvre avant de finalement choisir le château de Versailles comme résidence royale. Il y emménage en 1682 après plus de vingt ans de travaux.

Il se comporte en mécène et patron des arts en finançant les grandes figures culturelles de l'époque tels que Molière (en signe d'amitié, le roi accepta d'être le parrain de son premier enfant), le musicien Jean-Baptiste Lully ou le décorateur Charles Le Brun ainsi que le jardinier André Le Nôtre. Dans la compétition culturelle entre les cours, Lully devient l'organisateur des spectacles, influence Henry Purcell et Johann Sebastian Bach. Louis XIV place l'Académie française sous son contrôle et devient son « protecteur ».

Allégorie de la fondation de l'Académie royale de peinture et de sculpture ou le règne des arts sous le règne de Louis XIV, par Nicolas Loir, 1666.

Allégorie de la fondation de l'Académie royale de peinture et de sculpture ou le règne des arts sous le règne de Louis XIV, par Nicolas Loir, 1666.

Louis XIV au cour des âgesLouis XIV au cour des âges
Louis XIV au cour des âgesLouis XIV au cour des âges
Louis XIV au cour des âgesLouis XIV au cour des âges

Louis XIV au cour des âges

Michel Corneille, dit l'Ancien (1603-1664) – Ex-voto de la guérison de Louis XIV, commandé par les capucins de la rue Saint-Honoré à Paris, vers 1660

Michel Corneille, dit l'Ancien (1603-1664) – Ex-voto de la guérison de Louis XIV, commandé par les capucins de la rue Saint-Honoré à Paris, vers 1660

Le Roi et la religion

La révocation de l’édit de Nantes en 1685 par Louis XIV fait disparaître les Églises réformées en France et contraint les protestants à la clandestinité ou à l’exil. Ceux-ci perdent ainsi leur identité sociale. La révocation de l’édit de Nantes a été précédée par toute une série de mesures répressives à l’égard des protestants et du culte réformé. C’est la politique anti-réformée du roi Louis XIV pour réaliser l’unité religieuse du royaume.

 Cette politique se révélant insuffisante, le pouvoir a recours à la force : les dragonnades ou logement forcé des soldats chez les protestants avec autorisation de piller et malmener. Les protestants terrorisés par les dragons abjurent en masse.

 Face à cette situation, Louis XIV révoque l’édit de Nantes par l’édit de Fontainebleau. Ce nouvel édit interdit l’exercice de la religion réformée et décrète la démolition de tous les temples encore debout. Les pasteurs doivent abjurer ou s’exiler. Les fidèles n’ont plus d’état civil autre que catholique. Beaucoup choisissent l’émigration (cependant interdite) plutôt que de se soumettre.

La politique religieuse des dernières années de son règne est marquée par sa politique extérieure qui nécessite un rapprochement avec le pape. Après 1686, Louis XIV n'a plus de conflit diplomatique avec Rome dont il veut le soutien pour l'accession de son petit-fils au trône d'Espagne: à un pontife qui lui est plus favorable (Alexandre VIII), le roi donne des signes d'apaisement (Révocation, envoi de jésuites en Chine, restitution d'Avignon en 1690, réalisation par un sculpteur Français d'un tombeau de pape…) La réconciliation religieuse a lieu en décembre 1693 quand Louis XIV accepte que le clergé retire la déclaration des libertés gallicanes, ce qui permet de faire reconnaître les évêques nommés depuis 1673 jusqu'ici non validés par Rome. Clément XI, le nouveau pape est élu grâce à la France et soutient Louis XIV et les Bourbons au début de la guerre de Succession d'Espagne.

Dans le royaume, Louis XIV impose une stricte orthodoxie unifiant l'obéissance au roi et au pape (que symbolise la dédicace à Saint Louis, de l'église des Invalides en 1697). Il condamne avec le pape les factions religieuses qui tentent de réapparaitre en influençant une opinion publique naissante ou en s'attirant la protection de Madame de Maintenon. Il prend ainsi nettement le parti de Bossuet contre Fénelon (pourtant précepteur de son petit-fils) coupable d'avoir défendu le quiétisme de madame Guyon (1697): il le disgracie (1698) après l'avoir fait condamner par le pape Clément XI (qui ne l'excommunie toutefois pas). De même, devant des publications qui tendent à faire renaître le courant janséniste, la réaction du roi est ferme. Jean Racine est disgracié pour son soutien à ce mouvement et le pape condamne (en 1703 et surtout en 1709) les religieuses de Port Royal, qui ayant refusé de prêter le serment demandé, sont dispersées sans ménagement et dont l'abbaye est rasée en 1711. Enfin, une répression brutale est conduite contre les camisards protestants à partir de 1702.

Louis XIV - le Roi Soleil

La fin du Règne

En 1710, Louis XIV avait une grande famille, et de nombreux héritiers légitimes : un fils de 48 ans, trois petits-fils (dont Philippe, roi d'Espagne) et deux arrière-petits-fils sans compter les branches cadettes de la famille royale Orléans, Condé et Conti (que le roi a marié avec ses bâtardes pour mieux les humilier et les tenir en respect). Tous, (sauf le roi d'Espagne et son frère le duc de Berry) se prénommaient Louis pour montrer la continuité de la dynastie. Or, il perd presque tous ses héritiers légitimes entre 1711 et 1714.

L'âge de Louis XIV et la santé très fragile du futur Louis XV qui est désormais son héritier posent un grave problème dynastique. En effet, si l'enfant venait à mourir, l'arbre généalogique des Bourbon poserait un problème diplomatique majeur pour la succession du Roi de France.

Le 9 août 1715, au retour de Marly, le roi apparaît brusquement très abattu. Le 10, il se plaint d’une douleur à la jambe gauche qui se révèle être une gangrène sénile (ischémie aiguë probablement causée par un caillot venant boucher l'une des artères principales du membre) à la jambe contre laquelle les médecins sont impuissants. Le 1er septembre 1715 il meurt, s'achève ainsi le plus long règne de l'histoire de France.

 

Source: Wikipedia, Lankaart, museeprotestant.org, 

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Publié le 23 Octobre 2016

Two Horses in a Meadow near a Gate (1649)

Two Horses in a Meadow near a Gate (1649)

 

"Paul Potter, un des hommes célèbres de la Hollande, est fameux par les paysages, et surtout par les animaux qu’il a peints. Dans tous ses ouvrages, son caractère distinctif est d’avoir saisi la simplicité, la bonhomie de la nature. On connait de lui de très-beaux paysages : on se souvient que son tableau de la Forêt de la Haye, fut vendu 27,000 liv. à la vente du ministre Choiseul, et qu’il n’est entré dans d’autres cabinets que pour de grosses sommes. Peut-être est-il celui qui a le mieux rendu le vert brillant de la campagne : on lui reproche cependant, avec raison, de l’avoir fait trop égal, et de ne lui avoir pas donné assez de dégradation.

Je ne sais pourquoi quelques modernes ont établi en principe que les beaux tableaux ne devaient avoir que des gazons, des arbres roux, gris, noirs, sales, et que le vert étoit un défaut. Quoi ! ce qui nous charme dans les prés, dans les bois, ce qui est beauté dans la nature, deviendrait un défaut dans un art dont le but est de l’imiter ! On s’efforcerait d’atteindre à l’éclat des chairs, des draperies, des fleurs, et l’on salirait, pour nous plaire, la riche parure des campagnes ! Le printemps nous ravit, paré du vert le plus brillant ; et cette douce et riante couleur serait repoussée par la peinture ! Non, non ; si les plus grands artistes n’y sont pas arrivés, c’est que leur palette n’y pouvait atteindre, ou que leurs couleurs sont changées. Les peintres modernes, qui, regardant comme beauté ce manque de vérité dans les anciens tableaux, cherchent à l’imiter, ressemblent à de jeunes femmes qui, pour plaire davantage, s’efforceraient de se faire des rides. Sans doute si la mort n’eut pas enlevé Paul Potter à vingt-neuf ans, il aurait porté le genre du paysage au plus haut degré d’imitation. Ceux qui nous restent de lui, quelqu’intérêt qu’ils inspirent, ne sont pas cependant ce qu’il a fait de mieux ; et même dans la plupart de ses tableaux, le paysage n’est que l’accessoire ; il semble n’avoir choisi ses sites que pour faire valoir ses animaux : c’est donc principalement comme peintre d’animaux qu’il doit être considéré, et surtout de ceux qui composent les troupeaux. Dans ce genre, aucun homme n’a été aussi parfait que lui. Correction de dessin, force de couleur justesse de mouvement, énergie d’exécution, il a tout réuni. C’est aussi un de ces caractères distinctifs d’avoir pu joindre l’énergie à la naïveté. D’autres ont fait des vaches, des bœufs, des moutons bien dessinés, bien coloriés, bien peints ; lui seul les a rendus touchants, et lui seul a bien saisi leur sorte d’expression, la physionomie de leur âme, et tout l’esprit de leur instinct. On admire les troupeaux de Berghem, de Van den Velde, de Carle du Jardin ; ceux de Paul Potter attendrissent : on reconnaît les soins qu’ils ont pris de leur poil où le fumier s’attache quelquefois, et en les fixant long-temps, on croit sentir leur odeur.

Il n’a point fait ces chevaux brillants, fiers de leurs riches harnois, qui dans le faste et l’esclavage, ont pris l’orgueil de leurs maîtres corrompus ; il n’a point fait ces coursiers généreux qui s’élancent de leurs gras pâturages, au bruit des clairons et des trompettes, pour voler au milieu des hasards ; mais il a peint, avec la plus attachante exactitude, ces bons chevaux, si utiles aux travaux rustiques, dont le poil n’est point lustré sans cesse par des peignes de fer, et qui ont la parure, les mœurs et la simplicité des hommes qui les nourrissent.

Cattle in a Meadow (1652)

Cattle in a Meadow (1652)

Il a mis peu de figures dans ses tableaux ; elles ne sont pas même toujours heureuses ; ses bergers ne sont pas ceux de l’âge d’or, ni les pasteurs de la belle Arcadie. Il a peint quelquefois de bons pâtres Flamands qui ont de la vérité, et particulièrement le caractère de leur pays et de leur profession.

On ne trouve point dans ses ciels ces larges et belles formes de nuages, ces fiers déchiremens si bien sentis par Vernet ; ils sont, en général, mous et cotonneux, mais ils sont de la plus grande justesse de ton, et leur mollesse même contribue à l’effet de ses ouvrages, en faisant ressortir la touche ferme et la couleur vigoureuse de ses devans. Aucun homme n’a prouvé mieux que lui, qu’on peut faire des tableaux très-intéressans avec peu d’objets, quand ils sont bien vrais, et qu’on a bien saisi ce qui les rend attachans dans la nature. Souvent un peu de terrain couvert de gazon, quelques fleurs des champs, un mouton, un arbrisseau, un ciel presque sans nuages, lui ont fait faire un tableau délicieux, qui charme et les yeux et le cœur, et que l’on met toujours à un très-haut prix.

Quoiqu’en puisse penser et dire un écrivain de nos jours, il n’y a point de lieu plus favorable aux méditations d’un philosophe qu’une galerie de tableaux. Que de volumes seroient employés à décrire tout ce que la peinture y présente à ses yeux en un instant ! Là, semble s’ouvrir pour lui le grand livre de la nature ; auprès des portraits des bienfaiteurs de l’humanité, il voit ceux de ces illustres Érostrates, qui ne doivent leur renommée qu’à tous les maux qu’ils ont faits ; il voit encore les traits enchanteurs de ces femmes adorées, causes souvent des révolutions des États ; qui ont porté dans les âmes, tant de douleurs et tant de joie, et qui sont tombées comme les roses qui paraient leur front. Sous ses yeux, les plus puissants empires de la terre se heurtent et se dévorent pour de foibles intérêts ; une foule de climats différent, les vices, les vertus, les actions héroïques, s’offrent à la fois à ses regards, et les siècles s’écoulent devant lui avec la rapidité d’un coup d’œil. Après avoir vu le spectacle des folies et des cruautés que l’avarice, l’orgueil, la faiblesse, la superstition ont fait faire aux hommes, de quels nouveaux sentiments, de quelles nouvelles idées son esprit et son cœur ne se remplissent-ils pas en rencontrant les paysages nobles et touchants du Poussin, de Claude le Lorrain, ceux de Carle du Jardin ; en voyant dans ceux de Paul Potier, les paisibles troupeaux qui, sur des lits immenses de verdure qu’enrichissent de modestes fleurs, jouissent, sans prévoyance, de tous les bienfaits de la nature ; en voyant, presque vivant, ces bons animaux qui nous couvrent de leur laine, qui labourent nos champs, qui nous nourrissent de leur lait, et que nous payons, hélas ! de tant d’ingratitude !

On ne saurait donc accorder trop d’éloges à Paul Potter, parfait dans son genre, et dont les talents ne donnent que des plaisirs qui peuvent devenir utiles, en inspirant aux hommes le goût de la vie pastorale. Siècle des patriarches ! rêve sacré des amants et des poëtes, pourquoi ton image n’est-elle plus que dans les tableaux ! Non-seulement il doit être placé au rang des plus grands peintres, mais il pourrait l’être encore parmi ces pasteurs renommés, qui, dans les temps héroïques, étaient savants, philosophes, chantres nobles de la nature, des mortels et des dieux, qui n’ont éclairé les hommes que pour les rendre meilleurs, et dont la gloire ne rappelle rien qu’on puisse leur reprocher."

Duminil-Lesueur, 1807 (pp. 66-71).

 

Paul Potter - Jean-Joseph Taillasson - Paulus Potter
Wolf

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Publié le 29 Juin 2015

Le Louvre, Paris. 1654

Le Louvre, Paris. 1654

Bathsheba at Her Bath (Rembrandt) - Bathseba met de brief van koning David

Bethsabée au bain tenant la lettre de David est une peinture à l'huile de Bethsabée par Rembrandt de 1654.


La scène représente une femme sortant du bain. Une servante lui essuie les pieds. La femme est Bethsabée, épouse du soldat Urie. Son regard est songeur et indécis, car elle vient de lire la lettre qu'elle tient dans sa main droite et qui provient du roi David. Ce dernier, l'ayant observée durant son bain, l'invite à son palais. Bethsabée est plongée dans une douce lumière qui souligne son isolement et sa réflexion sur cette invitation qu'elle finira par accepter et qui aura de graves répercussions. La concubine de Rembrandt, Hendrickje Stoffels alors enceinte (elle donnera naissance à une fille en octobre 1654), a posé pour la figure de Bethsabée.

Source: Wikipedia

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Rédigé par rafael

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Publié le 22 Juin 2015

1636 Petit Palais Paris

1636 Petit Palais Paris

Pilastres, colonnes de marbre, voûtes et cartouche composent l’architecture de ce luxueux palais. Entre intérieur et extérieur, Dirck van Delen nous propose une vision fantaisiste d’une architecture d’inspiration antique, sortie tout droit de son imaginaire. L’artiste s’est fait le spécialiste de la peinture d’architecture, dans la lignée de P. Vredeman de Vries ou de H. van Steenwyck. Leurs tableaux accordent une moindre importance aux personnages, ayant pour rôle d’animer de scénettes les vastes espaces architecturés. Ici, Van Delen ne rétrécie pas la proportion de ses figures, dont l’exécution a longtemps été donnée à Anthonie Palamedesz. Il les isole sur la gauche du tableau, de manière à ouvrir une vaste perspective sur le jardin.


Le collier de perles de la femme, ses dentelles, la cruche de vin que tient le serviteur, confrontés aux fissures des pilastres évoque le thème de la vanité, cher aux peintres hollandais. La figure humaine, vulnérable, est associée au riche décor d’architecture dans lequel elle s’inscrit, alors que c’est le vide qui peuple la partie droite du tableau où une certaine sobriété s’impose, comme si le passage du temps avait effacé les fioritures pour ne conserver que l’essentiel.


« De toutes les vanités, la plus vaine c’est l’homme. » (Montaigne).

Source: Petit Palais

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Rédigé par rafael

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Publié le 16 Février 2015

 

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" Quel sujet pour un poëte et pour un peintre ! qu’il exige de génie et d’enthousiasme ! Ah ! mon ami, qui est-ce qui trouvera la vraie figure d’Eurydice ? et celle d’Orphée promenant ses doigts sur sa lyre et suspendant par ses accords harmonieux le travail des Danaïdes, le rocher de Sisyphe, la roue d’Ixion, les eaux du Cocyte ; récréant les serpents sur la tête des Euménides ; attirant Cerbère qui vient lui lécher les pieds, répandant un rayon de sérénité sur le front sévère du monarque souterrain ; arrachant l’urne fatale des mains de l’inflexible Rhadamante et arrêtant les fuseaux des Parques, qui en ont oublié de filer ? Telle fut l’apparition du chantre de la Thrace aux enfers au moment où ses accents interrompirent le silence éternel et percèrent la nuit du Tartare. Mais le peintre en a choisi un autre. Pluton va prononcer, et l’époux redevenir possesseur de sa moitié.

 

La composition est grande, belle et une. On voit en haut Pluton assis sur son trône ; Proserpine est à côté de lui. Au-dessous, à droite, deux des juges infernaux. Plus bas, Orphée, et Eurydice conduite par le Temps. Sur le devant, au-dessous du trône de Pluton, les portes sombres du Ténare ; à côté de ces portes, les trois Parques. Au-dessus des Parques et au-dessous de Pluton, le troisième juge. Voyez-vous comme tous ces objets se tiennent et s’enchaînent ?

 

Et ce Temps revenu sur ses pas pour rendre Eurydice à la vie et à son époux, n’est-il pas d’une belle poésie ?

 

Et cette Parque se refusant à la tâche inusitée de renouer son fil, est-ce une idée indigne de Virgile ? Pensez donc, mon ami, que l’artiste l’a trouvée à quatre-vingts ans.

 

Si son Pluton et sa Proserpine sont mesquins, n’ont rien de majestueux et de redoutable ; si son Eurydice est niaise ; si ses juges infernaux ont un faux air d’apôtres ; si son Orphée est plus froid qu’un ménétrier de village qui suit une noce pour un écu ; si ses Parques sont tournées à la française, il faut le lui pardonner ; le sujet était trop fort pour son âge.

 

N’est-ce pas assez que dans l’harmonie générale, dans la distribution des groupes, dans la liaison des parties de la composition on reconnaisse encore le grand maître ?

 

Ce Pluton et cette Proserpine sont pauvres, d’accord ; mais l’obscurité qui les environne est bien imaginée et bien faite.

 

La couleur du tout est faible ; mais les reflets de lumière sont bien entendus.

 

La tête d’Eurydice est sotte, ses pieds et ses mains sont mal dessinés ; mais la couleur de toute la figure fait plaisir.

 

Les pieds et les mains des autres figures sont assez mal dessinés ; mais qui est-ce qui se donne aujourd’hui la peine de finir ces parties ? Ce sont des détails qu’on renvoie aux écoliers.

 

Ses Parques sont un peu françaises ; mais l’attitude en est variée, et elles ne sont pas sans caractère.

 

Convenez, mon ami, qu’on a prononcé un peu légèrement sur le mérite de ce morceau. Retournez au Salon, et vous éprouverez comme moi qu’on le revoit avec plus de satisfaction qu’on ne l’a vu. Cet homme est encore un aigle en comparaison de Pierre et de beaucoup d’autres.

 

Cette composition a 17 pieds 8 pouces de large sur 11 pieds de haut. Ce n’est point une petite machine . "

 

 

 

Diderot, Salon 1763.

 

 

 

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Rédigé par rafael

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