Publié le 1 Mars 2017

Vairumati

Vairumati

Dans ces toiles gonflées encore des souffles lointains qui nous les apportèrent, vivantes d'une vie à la fois élémentaire et fastueuse, c'est la sérénité de l'atmosphère qui donne à la vision sa profondeur, c'est la simplification des lignes qui projette les formes dans l’infini, c’est du mystère que l’intarissable lumière, en le désignant, irradie, révélant : une race.

Si distant de la nôtre, qu’elle te semble, dans le genre humain, une espèce différente de toutes, à part, exceptionnelle.

Dans la nature éternellement en fête qui lui fait un cadre de luxuriance, avec le frisson glorieux de ses grandeurs anciennes, avec le marques fatales de sa présente agonie, avec sa religion recherchée dans ses origines et poursuive jusque dans les conséquences qui l’amènent à l’orée du christianisme : une race, dite par un esprit, le mieux fait, ou l’unique, pour la comprendre et pour l’aimer, par les procèdes artistiques les plus voisins de ce luxe extraordinaire en sa simplicité, luxe animal et végétal où le prodige de l'éclat n'égale que le prodige de l'ombre installée au fond de cet éclat même.

L'esprit des morts veille

L'esprit des morts veille

Vois, par exemple.

Des formes féminines, nues ; dorées, bronzées, de colorations à la fois sombres et ardentes. Le soleil les a brulées, mais il les a pénétrées aussi. Il les habite, il rayonne d'elles, et ces formes de ténèbres recèlent la plus intense des chaleurs lumineuses. A cette clarté, l'âme, d'abord, te semble transparente de créatures promptes au rire, au plaisir, hardies, agiles, vigoureuses, amoureuses, comme autour d'elles les grandes fleurs aux enlacements audacieux, — de ces filles indolentes et turbulentes, aimantes et légères, entêtées et changeantes, gaies le matin et tout le jour, attristées, tremblantes des la fin de soir et tout la nuit : or, la lumière éblouit comme elle éclaire. Le soleil dévoile tous les secrets, excepté les siens. Ces obscurs foyers vivants de rayons, les Maories, sous des dehors de franchise, d'évidence, gardent peut-être aussi, dans leurs âmes, des secrets. Déjà, entre la majesté architecturale de leur beauté et la grâce puérile de leurs gestes, de leurs allures, un écart avertit.

Vois plus loin.

Musicienne

Musicienne

En effet, la Maorie a tout oublié les terreurs de la nuit pour la volupté d'être, dans la fraîcheur brillante de matin, et d'aller, et de s'ébattre, insoucieuse, libre dans la caresse de l'air, de l'herbe, du bain. Sa vie s'éveille avec la belle humeur de la terre et du soleil. Le plaisir est la grande affaire, et l'amour n'est que plaisir. Puis, elle danse, elle se couronne de fleurs, elle chante, elle rit, elle joue, et puis elle aime encore, à l'ombre des pandanus, et puis elle rit encore, et tout n'est que plaisir. Et la mer est là, dont elle préfère le blanc rivage aux fourrés de la foret, la mer jolie avec ses récifs de coraux, la mer vivante avec sa voix infinie qui accompagne sourdement l'iméné[1], la mer reposante qui baise de ses brises les brûlures de l'amour et du soleil. Et l'amour n'est que plaisir, et tout n'est que plaisir, même le travail : l'occasion d'une promenade en mer ou sur la montagne, la gloriole de montrer sa force ou son adresse, le douceur d'obliger un ami, -- le travail, plaisir des hommes qu'ils partagent avec les femmes et dont la nature a, d'avance, fait les frais. Et la sagesse, encore, est un jeu, le plaisir des vieillards, aux veillées -- aux veillées où la peur, aussi, amuse (tant, du moins, que le soleil n'a pas quitté l'horizon et qu'on est à plusieurs), par des récits fantastiques, préludes aux prochains cauchemars et qui relèvent d'un peu de religieuse horreur le délice accompli du jour, -- bien que déjà, durant la sieste, l'aile noire des Tupapaüs[2]ait effleuré le front des dormeuses.

Deux tahitiennes Parau api

Deux tahitiennes Parau api

Près de la case en bois de bourao, à distance du rivage que la matinée tropicale maintenant embrase, la forêt commence et de l'ombre fraîche tombe des premiers manguiers. Des hommes, des femmes, tanés, vahinés, sont là, groupés, épars, debout et affairés, assis ou couchés et déjà reposant. On boit, on bavarde, on rit. NOA NDA 9

An loin, la mer, égayèe de barques indolemment vites, que des jeunes gens dirigent, tantôt à la rame, tantôt par de simples déplacements du corps ; et leurs paréos (1) bleus et blancs, et leurs poitrines cuivrées. et le jaune rouge du bois des barques, font avec l’azur du ciel et le vert et l’orange des flots une harmonie large et gaie, que rythment l’éclair blanc des dents aux fréquents éclats de rire et la frange blanche de la mousse des vagues.

Sur le bord, iiiãlgré la chaleur, deux sœurs, qui viennent de se baigner, s’attardent en de gracieuses attitudes animales de repos, et parlent amours d’hier, de demain. Une querelle : un souvenir. n

— Eh ! quoi ? tu es jalouse ?

Au fond de l’anse, un jeune tanè, admirable dans l’équilibre de sa force et la justesse de ses proportions, tranche à coups de hache un tronc d’arbre. Sur une barque, disposant les éléments brève traversée, et se penchant, à genoux, le dos horizontal, les bras étendus, sa vahiné nue jusqu’aux hanches, les seins pendants, lourds et fermes et frémis sauts, garde, en dépit de la posture, une incontestable élégance. Là bas vers l’intérieur, dans la maison maorie, ouverte, une femme, assise sur ses jambes, devant la porte, le coude. Ceinture : unique vêtement.

 

Quoi tu es jalouse

Quoi tu es jalouse

Noa Noa
édition de Charles Morice [avec ses poèmes]
publiée en 1901

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Rédigé par rafael

Publié dans #FAUVISME etc..

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Publié le 28 Février 2017

Allégorie de l'Amour

Allégorie de l'Amour

Paolo Caliari, dit Paolo Veronese, naquit à Vérone en 1532. Son père, Gabrielle Caliari, sculpteur, le destina d’abord à sa profession et lui apprit à modeler ; mais bientôt, entraîné par un penchant irrésistible vers la peinture, il entra à l’atelier de son oncle, Antonio Badile. Vasari prétend qu’il eut pour maître Giovanni Carotto, qui avait des connaissances étendues en architecture et en perspective. Les gravures d’Albert Durer, les dessins du Parmesan, furent des modèles qu’il copia assidument pendant plusieurs années. Il fit des progrès rapides, et après avoir terminé différents travaux à Vérone, il fut conduit à Mantoue par le cardinal Ercolo Gonzaga, avec plusieurs de ses compatriotes, pour peindre plusieurs tableaux dans le Dôme. Le jeune Paolo, dans ces travaux, se montra supérieur à ses compagnons, et revint à Vérone ; mais n’y trouvant pas assez d’occupations, il passa à Vicence ; puis à Venise, où il s’établit.

Suzanne au bain

Suzanne au bain

Ses premières peintures, exécutées en 1555 dans la sacristie et dans l’église Saint-Sébastien, le placèrent immédiatement au rang des premiers artistes de l’époque, et son triomphe fut complet lorsque à la suite d’un concours établi par les procurateurs de Saint-Marc pour la peinture du plafond de la bibliothèque, ses rivaux lui décernèrent eux-mêmes la chaîne d’or destinée au vainqueur. Après cette lutte mémorable, Caliari fit un voyage à Vérone, puis revint à Venise, où il travaillait en 1560 à Saint-Sébastien, ainsi qu’au palais ducal. Le procurateur Girolamo Grimano ayant été envoyé par la république en qualité d’ambassadeur près du saint-père, Paolo l’accompagna. La vue des ouvrages de Raphaël, de Michel-Ange, et surtout l’étude des chefs-d’œuvre de l’antiquité, eurent l’influence la plus heureuse sur sa manière, qui s’agrandit et se simplifia encore sans perdre de sa grâce et de sa noblesse. Ce fut à son retour de Venise, en 1562, que Paul Véronèse peignit pour le réfectoire du couvent de Saint-Georges-Majeur son célèbre tableau des Noces de Cana. En outre de cette grande cène, il en peignit encore trois autres, le Repas chez Simon le Pharisien (de 1570 à 1575), pour le réfectoire des pères Servites ; le Repas chez Simon le Lépreux, pour le réfectoire des religieux de Saint-Sébastien (1570), et le Repas chez Lévi, pour les religieux de Saint-Jean et Saint-Paul. Le premier de ces trois tableaux, donné à Louis XIV en 1665 par la république de Venise, fait partie du Musée du Louvre.

Le Repas chez Lévi

Le Repas chez Lévi

Repas chez Simon le Pharisien

Repas chez Simon le Pharisien

Paul Véronèse était alors tellement recherché, que c’est à peine si, malgré son extrême assiduité et sa prodigieuse facilité d’exécution, il put suffire à tous les travaux publics et particuliers dont il fut chargé. Des églises presque entières ont été peintes par lui ; le palais ducal est rempli de ses œuvres gigantesques ; des maisons de campagne dans les environs de Vicence, de Trévise, de Vérone, sont couvertes de ses fresques, et ses tableaux se trouvent répandus dans toutes les galeries de l’Europe. Son dessin, ferme et noble, qui procède par de grands plans à la manière antique, le doux éclat de sa couleur argentine, la beauté et la grâce de ses têtes, la pompeuse magnificence de ses vastes compositions, enfin l’art admirable, et que lui seul a possédé à ce degré, de représenter sans sacrifice apparent et sans confusion de nombreuses figures enveloppées d’une atmosphère également lumineuse, toutes ces éminentes qualités font de Paul Véronèse un des plus rares génies dont la peinture puisse se glorifier.

Les Noces de Cana

Les Noces de Cana

Paul Véronèse mourut le 20 mai 1588 d’une fièvre aiguë gagnée dans une procession solennelle faite à l’occasion d’une indulgence accordée par le pape Sixte V. Il était âgé de cinquante-six ans. — Paul Véronèse, dit son biographe Ridolfi, était un homme au cœur noble et généreux. Simple dans ses actions, fidèle observateur de sa promesse, il sut conserver toujours la dignité de sa personne et de sa profession. Point de ces passions violentes, de ces haines retentissantes, de ces querelles d’amour-propre qui ternirent la gloire de quelques-uns des grands génies de ce temps. L’exercice de son art et l’éducation de ses enfants qu’il dirigea lui-même avec un soin extrême, suffirent à absorber sa vie tout entière. De ses deux fils, Carlo ou Carletto et Gabrielle, le premier est le plus connu ; il produisit un grand nombre de tableaux dignes de remarque. Paul Véronèse eut un frère nommé Benedetto (né en 1538, mort en 1598), qui l’aida dans ses travaux et acheva avec ses neveux ceux qu’il laissa non terminés.

Les Noces de Cana de Paul Véronèse
Goupil (pp. 5-17).

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Rédigé par rafael

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Publié le 26 Février 2017

Paris - Ville d'art et de culture - Photo: Lankaart (c)

Paris - Ville d'art et de culture - Photo: Lankaart (c)

Paris est l’une des villes d’art et de culture les plus connu au monde, ses musées et l’ensemble de ses monuments forment un condensé époustouflant de l’histoire artistique de l’Europe et du monde. Au centre du bassin parisien, Paris bénéficie d’une riche région agricole qui peut subvenir à tous ses besoins et est au carrefour d’itinéraires commerciaux terrestre et fluviaux qui mènent du Sud au Nord de l’Europe. Ici on parlera de « Paris » comme étant l’agglomération couvrant le Paris des XX arrondissements et l’ensemble des communes qui entourent Paris : de Versailles à La Défense, de Saint-Denis à Cergy, et d’Evry à Massy, le tout formant, aujourd’hui, une mégalopole de 11 millions d’habitants.

 

Paris, les origines.


Dès 3000 av. JC, plusieurs implantations ont existées dans le bassin parisien, les principales ont été identifiées à Bercy dans le XIIe arrondissement et à Nanterre à l’Ouest. La cité gauloise était implantée certainement à Nanterre selon les dernières recherches. Pendant l’occupation romaine, Lutèce (actuel Paris), n’est qu’une petite ville de quelques milliers d’habitants, sur la rive gauche de la Seine. Dans l’empire c’est une ville de second ordre. Les grandes villes romaines de France sont plus au sud, Lyon, Nîmes, Arles, Orange. Les vestiges aujourd’hui visibles, thermes de Cluny et arènes de Lutèce n’ont qu’un intérêt historique.

Durant le bas Moyen-âge, Paris devient la capitale du royaume de Clovis. Mais le centre névralgique de l’Europe se déplace et Charlemagne aura sa capitale à Aix-la-Chapelle. Paris perd son importance politique et poursuit lentement son développement et ce malgré les incursions vikings. Les capétiens qui montent sur le trône royal en 987, installe leur capitale à Orléans. Paris reste une ville prospère, de nombreuses abbayes se créent en périphérie du centre. Le palais royal construit sur l’île de la cité accueille de temps à autre les souverains. Mais c’est sa vocation de centre religieux et d’enseignement qui va renforcer le rôle de Paris comme pôle d’attraction pour le pouvoir.

C’est à partir du XIIe siècle que Paris, redevenant capitale du royaume, prend son véritable essor. Jusque-là les monuments réalisés dans la capitale ne peuvent rivaliser avec les édifices du sud-est et du sud-ouest, véritables chefs d’œuvre du roman français. Le royaume à l’époque est pauvre, ce sont les grands aristocrates de provinces et les abbayes qui détiennent la richesse et le pouvoir.

Paris - Ville d'art et de culture - Photo: Lankaart (c)

Paris - Ville d'art et de culture - Photo: Lankaart (c)

Le Paris Gothique

 

A partir des règnes de Louis VI (1108_1137) et de Philippe Auguste (1179-1223) Paris devient un centre artistique de premier plan. En 1163 est posé la première pierre de ce qui sera la cathédrale Notre-Dame de Paris, l’un des plus beaux monuments du gothique de France, dont Maurice de Sully entreprend l’édification. Paris s’organise, une enceinte est construite pour défendre la ville, le marché central est déplacé de l’île de la cité au lieu-dit les petits champs, ce qui deviendra les Halles de Paris. La bourgeoisie s’enrichit et le commerce bas son plein. Paris est au centre du mouvement gothique, le domaine royal couvre l’ensemble des régions qui vont développer cet art  au plus haut niveau, à travers la réalisation des  cathédrales de Reims, d’Amiens et de Chartres. Pour la première fois Paris est au centre d’un mouvement artistique de grande ampleur qui s’accompagne d’un renforcement de son rôle économique et politique.

Cathédrale Notre-Dame de Paris - Photos: Lankaart (c)Cathédrale Notre-Dame de Paris - Photos: Lankaart (c)

Cathédrale Notre-Dame de Paris - Photos: Lankaart (c)

Sainte-Chapelle - Photos: Lankaart (c)

Sainte-Chapelle - Photos: Lankaart (c)

Au XIVe siècle Paris est devenue la ville la plus peuplé d’Europe avec 200 000 habitants. La production artistique est très importante et de grande qualité, le Gothique toujours à l’honneur produit des monuments d’une grande beauté : Sainte-Chapelle, Cathédrale de Saint-Denis.

La nouvelle enceinte construite par Charles V s’étend du Pont royal à la porte Saint-Denis. Au XIVe siècle Paris est fortement impacté par la peste noire (1348) puis la guerre de Cent Ans (1337-1453), occupé par les anglais elle reste longtemps coupée d’une partie du royaume. La population s’effondre, Paris ne compte plus que 100 000 habitants à la fin du XIVe siècle, la moitié de sa population un siècle auparavant.


La Renaissance

Les rois de France exilés de force de la capitale durant la guerre ne reviennent pas et préfère résider au XVe siècle dans le Val de Loire où ils font construire de splendides châteaux. Une fois de plus Paris n’est pas au centre de l’évolution artistique, la Renaissance en France va naître dans un premier temps et se développer le long de la Loire dans de splendides châteaux que la noblesse et les rois construisent, Azay-le-Rideau, Chambord, Chenonceau.

Eglise Saint-Etienne du Mont, Château de Fontainebleau, Palais du Louvre - Photos: Lankaart (c)
Eglise Saint-Etienne du Mont, Château de Fontainebleau, Palais du Louvre - Photos: Lankaart (c)Eglise Saint-Etienne du Mont, Château de Fontainebleau, Palais du Louvre - Photos: Lankaart (c)
Eglise Saint-Etienne du Mont, Château de Fontainebleau, Palais du Louvre - Photos: Lankaart (c)

Eglise Saint-Etienne du Mont, Château de Fontainebleau, Palais du Louvre - Photos: Lankaart (c)

Mais la capitale n’est pas loin et son influence économique et religieuse se renforce peu à peu. En 1528 François Ier s’installe à Paris, qui avec 280 000 habitants est la plus grande ville d’Europe. Les artistes suivent le mouvement et cette deuxième phase de la Renaissance voit surgir de nombreux monuments et œuvres dans la capitale. Le Palais du Louvre est remanié, une extension est réalisé le long de la Seine, le sculpteur Goujon réalise la fontaine des innocents et de nombreuses œuvres dans un style maniériste tandis que Germain Pilon réalise de très belles sculptures. Paris devient une capitale artistique qui rayonne sur l’ensemble du royaume. Même si les guerres de religion vont marquer la capitale, celle-ci poursuit son extension. Et de nombreux hôtels fleurissent notamment dans le quartier du Marais, l’aristocratie s’installe dans la capitale.

Le palais du Louvre, Hôtel Lamoignon - Photos: Lankaart (c)
Le palais du Louvre, Hôtel Lamoignon - Photos: Lankaart (c)Le palais du Louvre, Hôtel Lamoignon - Photos: Lankaart (c)

Le palais du Louvre, Hôtel Lamoignon - Photos: Lankaart (c)

Le Classicisme, Paris capitale de l’Europe 1610-1780.

 

Henri IV porte une attention particulière à l’embellissement de la ville et  fait construire les premières places royales: la Place des Vosges et la Place Dauphine, ainsi que le Pont-Neuf, premier pont en pierre de Paris. La royauté imprime durablement son image dans le paysage urbain parisien.  Sous le règne de Louis XIII Paris est un centre de production artistique très importants, les peintres, sculpteure et architectes, bien qu’influencé par l’art italien, créée les bases du classicisme Français.

Place des Vosges - Photos: Lankaart (c)

Place des Vosges - Photos: Lankaart (c)

Simon Vouet, Philippe de Champaigne Simon Vouet, Philippe de Champaigne

Simon Vouet, Philippe de Champaigne

Paris - Ville d'art et de culture

Philippe de Champaigne et Simon Vouet sauront donner à la peinture un nouveau cadre à la hauteur des ambitions d’une ville en pleine expansion. Paris atteint 400 00 habitants et est difficilement gouvernable, c’est de loin la ville la plus peuplé du royaume, et même si les rois de France ont réussi à prendre le pas sur les grands aristocrates français, le peuple de Paris est difficile à maîtriser. Louis XIV décide de déserter le centre de la ville et de s’installer en périphérie à Versailles où il est fait construire un ensemble monumentale unique en Europe. La France nation puissante à la fin du XVIIe siècle va devenir le centre du continent. C’est durant ce siècle que le classicisme français va prendre son essor. Paris et ses environs vont se couvrir de monuments et de jardins somptueux.

Jardins du Luxembourg - Photos: Lankaart (c)
Jardins du Luxembourg - Photos: Lankaart (c)

Jardins du Luxembourg - Photos: Lankaart (c)

Si les aménagements urbains réalisés par Henri IV sont les prémices de la volonté royale d’aménagé la ville pour satisfaire leur gloire, les années qui vont suivre vont renforcer cet idéal. Sous Louis XIII les architectes vont mettre en place les bases de l’art classique, mélange d’emprunts à l’antiquité et à l’art italien et de principes innovant répondant aux exigences de l’aristocratie et de la cour.


Salomon de Brosse réalise le palais et les jardins du Luxembourg pour Marie de Médicis. Vaste édifice composé d’un corps de logis et de quatre pavillons d’angle, de deux bâtiments, d’une aile et d’un pavillon d’entrée, le palais est le prototype des grandes demeures seigneuriales, il s’accompagne d’un grand jardin d’inspiration italienne. François Mansart réalise le Château de Maisons à Maisons-Laffitte pour le richissime René de Longueuil président du parlement, en périphérie de la capitale, bénéficiant d’un grand domaine il préfigure les grandes demeures et châteaux qui vont bientôt couvrir toute l’Ile-de-France.

Château de Vaux le Vicomte - Photos: Lankaart (c)
Château de Vaux le Vicomte - Photos: Lankaart (c)Château de Vaux le Vicomte - Photos: Lankaart (c)

Château de Vaux le Vicomte - Photos: Lankaart (c)

Louis le Vau (1612-1670) met en place les grands principes qui vont bouleverser complètement l’appréhension de l’espace et de la vie dans les demeures royales, c’est à Vaux-le-Vicomte, au sud-est du centre de Paris qu’il réalise le prototype de ces demeures.  Construit à la demande de Nicolas Fouquet surintendant des finances, le château n’est pas un simple bâtiment mais le centre d’une grande composition paysagère, Le Nôtre y réalise son premier jardin, ouvrant de grandes perspectives vers la nature et vers le château. Construit entre cour et Jardin ; l’œuvre fit scandale, Nicolas Fouquet fut destitué et jeté en prison, le roi Louis XIV prit Le Vau et le Nôtre à son service et engagea les travaux de Versailles sur le modèle de Vaux-le-Vicomte mais à une échelle démesurée. 

« L’éclat et la magnificence qui entourent les rois sont des éléments de leur puissance » disait Montesquieu.  C’est le fondement du développement de Paris au XVIIe siècle.

Palais de l'Institut - Photos: Lankaart (c)

Palais de l'Institut - Photos: Lankaart (c)

Mais si les demeures et châteaux fleurissent autour de Paris, en son centre les architectes continuent à embellir la ville, la construction d’hôtel particulier, d’églises et de palais se poursuit dans la capitale. Louis Le Vau construit le palais de l’Institut pour abriter la toute nouvelle académie, ainsi que le très bel hôtel Lambert sur l’île Saint-Louis. Salomon de Brosse érige l’église de Saint-Gervais, Jacques Lemercier l’église de la Sorbonne, François Mansart l’église du Val-de-Grâce, Christophe Gaymard l’église Saint-Sulpice. Les dômes et les façades monumentales modifient la silhouette de la capitale.

Le Palais du Louvre - Photos: Lankaart (c)

Le Palais du Louvre - Photos: Lankaart (c)

Claude Perrault érige la grande façade du Louvre, d’un style monumental classique très imposant cette réalisation tranche avec les propositions faites par Le Bernin à l’époque et montre parfaitement tout ce qui oppose le classicisme français au baroque italien, tout en courbe et en effet dramatique.

Eglise des Invalides - Photos: Lankaart (c)

Eglise des Invalides - Photos: Lankaart (c)

Invalides et jardin des Tuilleries - Photos: Lankaart (c)
Invalides et jardin des Tuilleries - Photos: Lankaart (c)Invalides et jardin des Tuilleries - Photos: Lankaart (c)

Invalides et jardin des Tuilleries - Photos: Lankaart (c)

De tous ces monuments qui embellissent la capitale c’est l’église des invalides qui est certainement le monument le plus remarquable, construite par Jules Hardouin-Mansart et Libéral Bruant c’est un monument d’une très grande élégance dont la coupole est visible  depuis la Seine. L’embellissement de Paris passe également par la réalisation d’immenses complexe en périphérie immédiate du centre dense, ouvrant de nouveaux quartiers à l’urbanisation et s’accompagnant de grandes compositions ordonnancées intégrant  la Seine comme élément de composition majeur du centre de Paris. Ce seront les Invalides et son esplanade, le jardin des Tuileries, la toute nouvelle place de la Concorde, l’amorce de l’avenue des Champs Elysées. Tous ces grands tracés inspirés par Le Nôtre vont être les armatures urbaines du développement de Paris surtout à l’Ouest.

Versailles - Photos: Lankaart (c)

Versailles - Photos: Lankaart (c)

Versailles, les jardins - Photos: Lankaart (c)Versailles, les jardins - Photos: Lankaart (c)
Versailles, les jardins - Photos: Lankaart (c)Versailles, les jardins - Photos: Lankaart (c)

Versailles, les jardins - Photos: Lankaart (c)

En plus de toutes ces réalisations, la pièce maîtresse du règne de Louis XIV reste le château de Versailles, immense domaine où pendant 50 ans, architectes, paysagistes, sculpteures et peintres vont embellir sans relâches ce somptueux ensemble. La transformation de l’ancien pavillon de chasse de Louis XIII commença en 1668 sous la direction de Le Vau. Le Nôtre sera en charge des jardins, Le Brun de la décoration et des peintures. Mais plus qu’un château, Versailles c’est un système, une façon d’exercer le pouvoir et de rendre le pouvoir inusité, tout se décide à Versailles, l’ensemble de la cour et tous les ministères y résident, tout aristocrate voulant préserver son pouvoir se doit d’être à Versailles ; la ville autour se développe très vite. La concentration du pouvoir met un terme à l’opposition des provinces et fait de Paris l’hyper-centre qu’il restera pendant 300 ans, au dépend des grandes villes de province.


Le projet politique s’accompagne d’un  projet artistique, l’académie contrôle les arts, les artistes sont au service des monarques, les fêtes somptueuses marquent la vie du château.

Place de la Concorde, Place Vendôme - Photos: Lankaart (c)
Place de la Concorde, Place Vendôme - Photos: Lankaart (c)

Place de la Concorde, Place Vendôme - Photos: Lankaart (c)

Au début du XVIIIe siècle Paris poursuit son développement sur la base du grand tracé régulateur hérité du grand siècle. Louis XV décide de la réalisation de la place de la Concorde, de l’école Militaire et de l’édification de l’église Sainte-Geneviève au sommet de la montagne du même nom. Paris reste toujours la capitale artistique et culturelle du continent européen.

Les philosophes Voltaire, Rousseau, Montesquieu influencent par leurs écrits toute l’Europe.

Néo-classicisme et révolutions, 1780-1852

 

Paris s’oppose tés vite à Versailles, le peuple à l’aristocratie. Et au milieu du XVIIIe siècle si l’art officiel rayonne depuis Versailles, la pensée libre et contestataire illumine la capitale. Le siècle des Lumières s’épanouit dans la ville  loin des fastes de la cour, tout en gardant bien évidemment un lien toujours nourrit avec l’aristocratie et les gouvernants. La peinture  se libère des carcans du classicisme, le rococo qui naît après la mort du roi soleil loue une vie légère, harmonieuse, élégante loin des fastes grandiloquent de la cour. Art très aristocratique il fait de Watteau, Fragonard et surtout Boucher des peintres de grandes renommées.

Fragonard, portrait de Diderot

Fragonard, portrait de Diderot

Boucher, WatteauBoucher, Watteau

Boucher, Watteau

Eglise Sainte-Geneviève actuel Panthéon - Photos: Lankaart (c)

Eglise Sainte-Geneviève actuel Panthéon - Photos: Lankaart (c)

C’est dans ce contexte que Paris va devenir la capitale d’un art nouveau, né de la découverte des ruines de Pompéi et d’Herculanum et des nouvelles pensées philosophiques qui mettent de plus en plus les héritages romain et grec en avant. Le Néo-classicisme va envahir la capitale porté sous Louis XVI par la réalisation de l’immense édifice que Soufflot a imaginé pour l’Eglise Sainte-Geneviève, puis par l’idéal de la Révolution qui à travers l’art veut glorifier ses plus belles heures mais également mettre en avant cette filiation.

David, L'enlèvement des Saines et les Léonidas - Photos: Lankaart (c)
David, L'enlèvement des Saines et les Léonidas - Photos: Lankaart (c)

David, L'enlèvement des Saines et les Léonidas - Photos: Lankaart (c)

Le peintre David sera le grand défenseur du néo-classicisme. Plusieurs bâtiments construit à l’initiative de la République ou de Napoléon marqueront le paysage parisien de cette époque : l’Eglise de la Madeleine, l’Arc de Triomphe du Carrousel, l’Assemblé National, l’Enceinte des Fermiers Généraux,  puis plus tard l’Arc de Triomphe de l’Etoile.

Eglise de la Madeleine, Enceinte des Fermiers Généraux, Arc de Triomphe du Carrousel et Arc de Triomphe de l'Etoile - Photos: Lankaart (c)Eglise de la Madeleine, Enceinte des Fermiers Généraux, Arc de Triomphe du Carrousel et Arc de Triomphe de l'Etoile - Photos: Lankaart (c)
Eglise de la Madeleine, Enceinte des Fermiers Généraux, Arc de Triomphe du Carrousel et Arc de Triomphe de l'Etoile - Photos: Lankaart (c)Eglise de la Madeleine, Enceinte des Fermiers Généraux, Arc de Triomphe du Carrousel et Arc de Triomphe de l'Etoile - Photos: Lankaart (c)

Eglise de la Madeleine, Enceinte des Fermiers Généraux, Arc de Triomphe du Carrousel et Arc de Triomphe de l'Etoile - Photos: Lankaart (c)

Les années qui suivent l’effondrement de l’empire (1814-1815) et le départ de Napoléon, sont marquées par un développement non encadré de la ville et l’opposition constante du peuple et de la royauté, les révolutions de 1830 et de 1848 finissent par mettre fin à celle-ci et instaure in fine la République. Pour une courte période puisque Napoléon III instaure le second empire en 1852. Si entre 1840 et 1844 la dernière enceinte de Paris est construite, sur l’emplacement de l’actuel boulevard périphérique, les aménagements urbains au sein de la capitale ont été peu nombreux de 1800 à 1850. Pourtant les faubourgs sont surpeuplés, la ville devient un bassin industriel important, les chemins de fer commence à se réaliser reliant la capitale à son environnement proche et aux grandes villes de France puis d’Europe.

Palais Royal - Photos: Lankaart (c)

Palais Royal - Photos: Lankaart (c)

Galerie Vivienne et Passage Colbert - Photos: Lankaart (c)Galerie Vivienne et Passage Colbert - Photos: Lankaart (c)

Galerie Vivienne et Passage Colbert - Photos: Lankaart (c)

Durant cette période l’activité commerçante et intellectuelle se retrouve dans les passages parisiens, nouveaux lieux de divertissements et de commerces. Le premier ensemble est celui du Palais Royal qui à la fin du XVIIIe est le nouveau lieu à la mode. Mais c’est au début du XIXe siècle avec la réalisation des passages des panoramas, de Colbert, et de la Galerie Vivienne que ce modèle d’aménagement prend tout son essor, les verrières métalliques élégantes qui protègent ses nouvelles rues intérieures sont les premiers effets de la toute nouvelle industrie en pleine essor.

Le nouveau Paris d’Haussmann, 1852-1890


C’est sous Napoléon III et sous la direction du baron Haussmann, préfet de Paris, qu’une transformation radicale de la capitale va avoir lieu. De nouveau Paris va édifier un modèle, mais là il s’agit plus d’urbanisme que d’architecture au sens propre. Haussmann impose un tracé couvrant l’ensemble du centre de la ville, créant place, boulevard, avenue, parc, jardins et bois en périphérie. Les travaux gigantesques vont complètement transformer la ville, des quartiers populaires entiers vont disparaitres ou être éventrés par les nouvelles artères, larges, bordées d’arbres, de boutiques et de café ; la vie artistiques et culturelle va se recentrer sur ces nouveaux grands boulevards.

Les grands magasins font leur apparition reléguant les passages parisiens du début du siècle au second plan. La ville que nous connaissons aujourd’hui se construit à pas de course, elle sera bordé par de nouvelle gares véritables temples de la nouvelle ère, Gare du Nord, Gare d’Austerlitz, Gare de Lyon, Gare de l’Est.

Gare d'Austerlitz - Photos: Lankaart (c)

Gare d'Austerlitz - Photos: Lankaart (c)

Des parcs sont aménagés à l’ouest, le Bois de Boulogne, au nord le parc des Buttes-Chaumont et le parc Monceau, et à l’est, le  Bois de Vincennes. Des quartiers entièrement neufs apparaissent, la banlieue, au-delà des enceintes s’urbanise autour de ces bois et des artères qui mènent à la capitale. Paris devient la ville Lumière centre d’une activité artistique intense, où musiciens, poètes, romanciers, sculpteurs et architectes se mêlent  à une population de nouveaux riches, d’aristocrates de l’Empire, de membres de la vieille aristocratie,  de capitaines d’industrie et de savants.


Les places ainsi crées, place de l’Etoile, place de la Nation, place de la République, les avenues et les boulevards donnent naissance à une architecture de rapport d’immeubles en pierre de style dit haussmannien, sobre et élégant qui donne à la ville l’image d’un ensemble homogène en pierre sans tomber dans l’ennui et la répétitivité. De nombreux édifices sont réalisées dans un goût éclectique, alors en vogue en Europe, qui n’est pas particulièrement élégant, seul quelques monuments de l’époque sont remarquables : l’Opéra Garnier, les grands magasins du boulevard Haussmann, la Gare du Nord, la grande halle de la Gare d’Austerlitz.

Grande Halle de la Villette et Parc des Buttes Chaumont - Photos: Lankaart (c)Grande Halle de la Villette et Parc des Buttes Chaumont - Photos: Lankaart (c)

Grande Halle de la Villette et Parc des Buttes Chaumont - Photos: Lankaart (c)

Paris centre artistique mondiale, 1890-1940.

Après l’effondrement de l’empire en 1872, et jusqu’au début du XXe siècle, les grandes opérations d’urbanismes vont se poursuivre, le style haussmannien se libère, offrant des formes plus travaillées et plus baroques,  parallèlement  les grandes constructions métalliques fleurissent dans la capitale et marquent l’apogée de la puissance de la nouvelle industrie, la Tour Eiffel, la grande galerie des Machines, le Grand Palais, la Gare d’Orsay sont les témoins de cette nouvelle ère ponctuée par les expositions universelles de 1889 et 1900.

La Tour Eiffel, Le Grand Palais, Le Petit Palais - Photos: Lankaart (c)
La Tour Eiffel, Le Grand Palais, Le Petit Palais - Photos: Lankaart (c)La Tour Eiffel, Le Grand Palais, Le Petit Palais - Photos: Lankaart (c)
La Tour Eiffel, Le Grand Palais, Le Petit Palais - Photos: Lankaart (c)

La Tour Eiffel, Le Grand Palais, Le Petit Palais - Photos: Lankaart (c)

Par ailleurs Paris organise ses grandes collections, si le Palais du Louvre a été transformé par les révolutionnaires en Musée, les collections de peintures, dont certaines ont été amplifié par les conquêtes révolutionnaires et napoléoniennes s’enrichissent également de la production des grands artistes du XIXe. D’autre part les grandes campagnes archéologiques et les grandes expéditions outre-mer vont marquer le XIXe siècle. Initié lors de la campagne de Bonaparte en Egypte, ses expéditions sont la source de l’établissement de grandes collection d’antiquité grecques, romaines, égyptienne, mésopotamienne, khmer, africaine et océanienne.

A l’instar de Londres ou de Berlin, Paris rassemble les richesses du monde entier. L’Etat, mais aussi l’aristocratie et la grande bourgeoisie s’entiche des objets en provenance de Chine, du japon, d’Afrique, de Turquie, d’Inde, des lointaines îles océanienne. En parallèle les mêmes acquièrent une partie de la production artistique européenne et surtout parisienne, qui jusqu’au années 1950 restera de tout premier plan.  Le mouvement se poursuivra au début du XXe siècle. Il s’organisera également autour de grandes institutions qui peu à peu capteront les plus belles pièces des collections privés qui viendront enrichir le fond public préexistant.

Degas, Manet, Monet, PissaroDegas, Manet, Monet, Pissaro
Degas, Manet, Monet, PissaroDegas, Manet, Monet, Pissaro

Degas, Manet, Monet, Pissaro

A la fin du XIXe siècle Paris est toujours un centre artistique de première importance, les impressionnistes révolutionnent la peinture, Rimbaud et Verlaine ouvrent de nouvelles voies à la poésie. Paris a une activité artistique foisonnante. Les deux grandes expositions  universelles de 1889 et de 1900 font de Paris le centre du monde face à Londres et Berlin.


Le tournant du siècle voit s’affronter plusieurs courants artistique, Paris est devenu, plus qu’une capitale artistique, un véritable centre de réflexion des mutations  à venir. Tous les artistes d’Europe viennent à Paris, confrontent leurs réflexions, la peinture vit une époque extraordinaire d’inventions qui vont bouleverser l’art mondiale.  Paris est pendant cinquante ans, de 1890 à 1940 la capitale mondiale d’une révolution artistique majeur. Elle est peu visible dans l’architecture des bâtiments qui reste très académique pour l’essentiel, mais elle est incontestable dans la peinture, la musique, la littérature, la sculpture ; Rodin, Debussy, Rimbaud, Monet, Manet, PicassoBraque vont changer notre vision du monde. Les quartiers de Montparnasse et de Montmartre sont au centre de cette effervescence.

Rodin, Seurat, Gauguin, BraqueRodin, Seurat, Gauguin, Braque
Rodin, Seurat, Gauguin, BraqueRodin, Seurat, Gauguin, Braque

Rodin, Seurat, Gauguin, Braque

Station de Métro Guimard - Photos: Lankaart (c)

Station de Métro Guimard - Photos: Lankaart (c)

En architecture trois mouvements parallèle s’opposent, l’art Nouveau qui  se développe dans toute l’Europe en réaction à un art éclectique et académique qui n’a jamais eu véritablement de sens, donne lieu à des réalisations marquante, Guimard développe une décoration florale très caractéristique pour le métro parisien, plusieurs immeubles art Nouveau sont construit dans les nouveaux quartiers.

Sacré-Coeur de Montmartre - Photos: Lankaart (c)

Sacré-Coeur de Montmartre - Photos: Lankaart (c)

Mais l’académisme reste bien vivant, la réalisation du sacré cœur de Montmartre au début du XXe siècle en est un exemple.

Le troisième mouvement est issu de la convergence des études réalises sur de nouveau matériaux, le béton armé, et des nouveaux concepts issue de l’art moderne. Le Corbusier, Mallet-Stevens et Perret réaliseront quelques immeubles et villas à Paris et dans sa périphérie, mais aucun monument significatif. Par contre cette architecture porte en elle les fondements d’une nouvelle vision de l’espace qui vont bouleverser la deuxième moitié du XXe siècle, la villa Savoye de Le Corbusier à Poissy en est l’un des meilleurs exemples.

Villa Savoye, le Corbusier - Photos: Lankaart (c)

Villa Savoye, le Corbusier - Photos: Lankaart (c)

La première guerre mondiale frappe durement la France et Paris. La ville sort affaiblie de ces années de guerre. L’entre-deux guerres est marqué par la crise économique et les crises sociales et politiques, la vieille IIIe république manque de souffle. La production architecturale et urbaine reste limitée, les aménagements sur la colline de Chaillot face à la tour Eiffel sont le plus bel exemple de cette période. L’exposition coloniale de 1937 donnera lieu à la construction de quelques monuments dans un style Art déco entre académisme et modernisme, le palais de la porte Dorée en est un exemple. La banlieue se développe autour de grandes emprises industrielles, sans plans d’aménagements et sans vision globale dans une totale anarchie.

Paris, deuxième moitié du XXe siècle : modernisme et Ve république

La seconde guerre mondiale est un moment difficile pour Paris, occupé par les allemands, isolé de la province et séparé des ses colonies la métropole voit fuir une grande partie de ses artistes et intellectuels, certains ne reviendront pas. Après la guerre le développement de Paris s’accélère, la modernisation de la France durant les trente glorieuses (1945-1975) s’accompagne d’une augmentation importante de la population et d’une politique d’aménagement très volontariste, notamment après l’instauration de la Ve république en 1958. Paris métropole moderne se dote de nombreux bâtiments relevant du courant moderne, palais de l’UNESCO, CNIT à La Défense.

Quartier de La Défense, La Grande Arche, Tour Totem, BNF - Photos: Lankaart (c)Quartier de La Défense, La Grande Arche, Tour Totem, BNF - Photos: Lankaart (c)
Quartier de La Défense, La Grande Arche, Tour Totem, BNF - Photos: Lankaart (c)Quartier de La Défense, La Grande Arche, Tour Totem, BNF - Photos: Lankaart (c)

Quartier de La Défense, La Grande Arche, Tour Totem, BNF - Photos: Lankaart (c)

Les plans d’urbanisme de grande envergure modifient considérablement le paysage de l’ensemble de l’agglomération. De nouveaux équipements voient  le jour en périphérie, aéroport d’Orly puis de Roissy, nouveau quartier d’affaire à La Défense, ensembles de tours d’habitations et de bureaux sur les quais dans le XVe, autour de la gare Montparnasse et de la gare de Lyon et en banlieue.

A La Défense, nouveau coeur économique et financier de la capitale, de nombreuses tours seront construites des années 60 au début du XXIe siècle: Tour Nobel, Tour Areva, Coeur Défense ou la Tour EDF de Pei. entre autres. 

Le schéma directeur du département de la Seine impose la réalisation de 4 villes nouvelles et d’un système de transport rapide (le RER), les autoroutes dont le périphérique sur l’emplacement de l’enceinte de Thiers se construisent. Le paysage urbain de la ville change complètement surtout en périphérie.


A la fin du XXe siècle, la crise économique des années soixante-dix a stoppé le développement tout azimut de la capitale. Les projets se poursuivent notamment à La Défense et dans les villes nouvelles, mais la politique de décentralisation mené par le pouvoir privilégie le développement des grandes agglomérations de Province, Lyon, Marseille, Lille, Nantes, Bordeaux, Strasbourg deviennent des villes de plus en plus importantes, leur agglomération se développe elles captent une grande partie du dynamisme économique à l’heure où les grandes voies de communication et les grandes implantations industriels ne sont plus les seuls facteurs de développement.

Centre Pompidou, Rogers et Piano - Photos: Lankaart (c)

Centre Pompidou, Rogers et Piano - Photos: Lankaart (c)

Pyramide, Peï - Photos: Lankaart (c)

Pyramide, Peï - Photos: Lankaart (c)

Mais Paris avec 10 millions d’habitant reste l’une des villes-mondes de l’Europe Occidentale, aussi peuplé que Londres elle reste un centre névralgique très important pour le pouvoir, la mode, la culture, l’économie, la finance. Si les grands projets urbains ne sont plus d’actualité, le grands travaux liée à des projets culturels et scientifiques portées par l’état donne lieux à la réalisation de projet de grande envergure qui vont marquer le paysage de la ville : réalisation du Centre Pompidou en plein cœur de la capitale, rénovation complète du Musée du Louvre et réalisation de la pyramide de Peï au centre du cœur symbolique de la ville, construction de la Grande Arche à la Défense, de L’institut du Monde Arabe de Jean Nouvel, du musée des Arts Premiers du même Jean Nouvel, de la BNF par Dominique Perrault, et de l’aménagement du complexe de la Villette avec la construction de la cité de la Musique par Portzamparc, du parc par Bernard Tschumi, et du Musée des Sciences et Techniques.  A la fin du XXe siècle l’architecture à Paris bénéficie d’un renouveau, mais qui reste de courte durée.

IMA, Musée des Arts Premiers, La Vilette, La Géode - Photos: Lankaart (c)IMA, Musée des Arts Premiers, La Vilette, La Géode - Photos: Lankaart (c)
IMA, Musée des Arts Premiers, La Vilette, La Géode - Photos: Lankaart (c)IMA, Musée des Arts Premiers, La Vilette, La Géode - Photos: Lankaart (c)

IMA, Musée des Arts Premiers, La Vilette, La Géode - Photos: Lankaart (c)

Paris au XXIe siècle : état des lieux et perspectives


Au début du XXIe siècle Paris n’est plus une capitale artistique de premier plan, les choses se passent à New-York ou en Chine. Par contre le renouveau des grands musées parisiens (création du Grand Louve, du musée d’Orsay, rénovation du musée Guimet, création du Musée des Arts Premiers) a renforcé l’attrait touristique et culturel de Paris, qui reste la ville la plus fréquenté au monde, sans tomber dans une muséification à outrance, comme c’est le cas à Venise, Florence et presque à Rome. Paris offre aujourd’hui un ensemble de collections unique au monde couvrant les cinq continents.  5 000 ans d’histoires de l’art sont rassemblé dans des kilomètres de galeries somptueuses et à travers plusieurs centaines de musées dans la capitale et ses environs, dont les principaux sont : le Musée du Louvre (de l’antiquité au XIXe siècle), le Musée d’Orsay (XIXe s.), la Galerie du Jeu de Paume (début XXe), le centre Pompidou (XXe s.), le musée des Arts Modernes de la ville de Paris (XXe s.), le musée Guimet (arts asiatiques), le musée des art Premiers (Afrique, Océanie, Amérique), le musée Cernuschi (Chine, japon), le musée des antiquité nationales de Saint-Germain-en-Laye (préhistoire, antiquité, bas moyen-âge), le musée Cluny (Moyen-âge).

Fondation Louis Vuiton, Gehry - Photos: Lankaart (c)

Fondation Louis Vuiton, Gehry - Photos: Lankaart (c)

Au du XXIe siècle le manque d’ambition dans l’aménagement de la capitale et l’absence de dialogue constructif entre la périphérie et l’hyper centre ne permet pas le foisonnement créatif de ville comme Barcelone ou Londres.

Le lancement du Grand Paris pourrait redonné un dynamisme à une ville qui héritière d’un passé glorieux et extrêmement riche a besoin de se voir à sa véritable échelle, celle d’une ville de 11 millions d’habitant au cœur de l’Europe.La construction de la Fondation Louis Vuiton par Gehry symbolise ce renouveau.

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Rédigé par rafael

Publié dans #VILLES D'ART ET DE CULTURE, #PARIS

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Publié le 25 Février 2017

Paul Signac Notre Dame de la Garde

Paul Signac Notre Dame de la Garde

1. Croire que les néo-impressionnistes sont des peintres qui couvrent leurs toiles de petits points multicolores est une erreur assez répandue. Nous démontrerons plus tard, mais affirmons-le dès maintenant, que ce médiocre procédé du point n’a rien de commun avec l’esthétique des peintres que nous défendons ici, ni avec la technique de la division qu’ils emploient.

Le néo-impressionniste ne pointille pas, mais divise.

Or, diviser c’est :

S’assurer tous les bénéfices de la luminosité, de la coloration et de l’harmonie, par :

 Le mélange optique de pigments uniquement purs (toutes les teintes du prisme et tous leurs tons) ;

 La séparation des divers éléments (couleur locale, couleur d’éclairage, leurs réactions, etc.) ;

 L’équilibre de ces éléments et leur proportion (selon les lois du contraste, de la dégradation et de l’irradiation) ;

 Le choix d’une touche proportionnée à la dimension du tableau.

La méthode formulée en ces quatre paragraphes régira donc la couleur pour les néo-impressionnistes, dont la plupart appliqueront en outre les lois plus mystérieuses qui disciplinent les lignes et les directions, et en assurent l’harmonie et la belle ordonnance.

Ainsi renseigné sur la ligne et sur la couleur, le peintre déterminera à coup sûr la composition linéaire et chromatique de son tableau, dont les dominantes de direction, de ton et de teinte seront appropriées au sujet qu’il veut traiter.

Paul Signac Venise

Paul Signac Venise

Paul Signac l'Harmonie

Paul Signac l'Harmonie

2. Avant d’aller plus loin, invoquons l’autorité du génie haut et clair d’Eugène Delacroix : les règles de couleur, de ligne et de composition que nous venons d’énoncer et qui résument la division, ont été promulguées par le grand peintre.

Nous allons reprendre une à une toutes les parties de l’esthétique et de la technique des néo-impressionnistes, puis en les comparant aux lignes écrites sur les mêmes questions par Eugène Delacroix dans ses lettres, ses articles et dans les trois volumes de son Journal (Journal d’Eugène Delacroix, publié par MM. Paul Fiat et René Piot, — Pion et Nourrit, éditeurs), nous montrerons que ces peintres ne font que suivre l’enseignement du maître et continuer ses recherches.

3. Le but de la technique des néo-impressionnistes est d’obtenir, nous l’avons dit, un maximum de couleur et de lumière. Or, ce but n’est-il pas clairement indiqué par ce beau cri d’Eugène Delacroix :

« L’ennemi de toute peinture est le gris ! »

Pour arriver à cet éclat lumineux et coloré, les néo-impressionnistes n’usent que de couleurs pures se rapprochant, autant que la matière peut se rapprocher de la lumière, des couleurs du prisme. Et n’est-ce pas là encore obéir au conseil de celui qui écrit :

« Bannir toutes couleurs terreuses. »

De ces couleurs pures, ils respecteront toujours la pureté, se gardant bien de les souiller en les mélangeant sur la palette (sauf évidemment avec du blanc et entre voisines, pour toutes les teintes du prisme et tous leurs tons) ; ils les juxtaposeront en touches nettes et de petite dimension, et, par le jeu du mélange optique, obtiendront la résultante cherchée, avec cet avantage que tandis que tout mélange pigmentaire tend, non seulement à s’obscurcir, mais aussi à se décolorer, tout mélange optique tend vers la clarté et l’éclat. Delacroix se doutait bien des prérogatives de cette méthode :

« Teintes, de vert et de violet mis crûment, çà et là, dans le clair, sans les mêler. »

« Vert et violet : ces tons il est indispensable de les passer l’un après l’autre ; et non pas les mêler sur la palette. »

Et, en effet, ce vert, ce violet, couleurs presque complémentaires, mélangés pigmentairement eussent donné une teinte terne et sale, un de ces gris ennemis de toute peinture, tandis que, juxtaposés, ils reconstitueront optiquement un gris fin et nacré.

Le traitement que Delacroix imposait au vert et au violet, les néo-impressionnistes n’ont fait que le généraliser logiquement et l’appliquer aux autres couleurs. Prévenus par les recherches du maître, renseignés par les travaux de Chevreul, ils ont instauré ce mode unique et certain d’obtenir à la fois lumière et couleur : Remplacer tout mélange pigmentaire de teintes ennemies par leur mélange optique.

Delacroix, Chasse au lion

Delacroix, Chasse au lion

Georges Seurat Baignade à Asnières

Georges Seurat Baignade à Asnières

4. Toute teinte plate leur paraissant veule et éteinte, ils s’efforcent de faire chatoyer la moindre partie de leurs toiles par le mélange optique de touches de couleurs juxtaposées et dégradées.

Or, Delacroix a énoncé nettement le principe et les avantages de cette méthode :

« Il est bon que les touches ne soient pas matériellement fondues. Elles se fondent naturellement aune distance voulue par la loi sympathique qui les a associées. La couleur obtient ainsi plus l’énergie et de fraîcheur. »

Et plus loin :

« Constable dit que la supériorité du vert de ses prairies tient à ce qu’il est composé d'une multitude de verts différents. Ce qui donne le défaut d’intensité et de vie à la verdure du commun des paysagistes, c’est qu’ils la font ordinairement d’une teinte uniforme. Ce qu’il dit ici du vert des prairies peut s’appliquer à tous les tons. »

Cette dernière phrase prouve nettement que la décomposition des teintes en touches dégradées, cette partie si importante de la division, a été pressentie par le grand peintre que sa passion de couleur devait fatalement amener à constater les bénéfices du mélange optique.

Mais, pour assurer le mélange optique, les néo-impressionnistes ont été forcés d’user de touches de petite dimension, afin que les divers éléments puissent, au recul nécessaire, reconstituer la teinte voulue et non être perçus isolément.

Delacroix avait songé à employer ces touches réduites et se doutait des ressources que cette facture pouvait lui procurer, puisqu’il écrit ces deux notes :

« Hier, en travaillant l’enfant qui est près de la femme de gauche dans l’Orphée, je me souvins de ces petites touches multipliées faites avec le pinceau et comme dans une miniature, dans la Vierge de Raphaël que j’ai vue rue Grange-Batelière. »

« Tâcher de voir au Musée les grandes gouaches de Corrège. Je crois qu’elles sont faites à très petites touches. »

5. Pour le néo-impressionniste, les divers éléments qui doivent reconstituer la teinte par leur mélange optique seront distincts les uns des autres : la lumière et la couleur locale seront nettement séparées, et le peintre fera dominer tantôt lune, tantôt l’autre, à son gré.

Ce principe de la séparation des éléments ne se retrouve-t-il point dans ces lignes de Delacroix :

« Simplicité des localités et largeur de lumière. »

« Il faut concilier la couleur « couleur » et la lumière « lumière ». »

L’équilibre de ces éléments séparés et leur proportion ne sont-ils pas nettement indiqués :

« Faire trop dominer la lumière et la largeur des plans conduit à l’absence de demi-teintes et par conséquent à la décoloration ; l’abus contraire nuit surtout dans les grandes compositions destinées à être vues de loin. Véronèse l’emporte sur Rubens par la simplicité des localités et la largeur de la lumière. »

« Pour ne point paraître décolorée avec une lumière aussi large, il faut que la teinte locale de Véronèse soit très montée de ton. »

Delacroix, Belle

Delacroix, Belle

Pissarro, Paysanne faisant du feu

Pissarro, Paysanne faisant du feu

6. Le contraste de ton et de teinte que, seuls des peintres contemporains, les néo-impressionnistes observent, n’est-il pas défini et imposé par le maître :

« Ma palette brillante du contraste des couleurs.
Loi générale : plus d'opposition, plus d’éclat.
La satisfaction que donnent, dans le spectacle des choses, la beauté, la proportion, le contraste, l’harmonie de la couleur.
Bien que ce soit contre la loi qui veut les luisants froids, en les mettant jaunes sur des tons de chairs violets, le contraste fait que l’effet est produit.
Quand, sur le bord d’un plan que vous avez bien établi, vous avez un peu plus de clair qu’au centre, vous prononcez d’autant plus son méplat ou sa saillie… on aura beau mettre du noir, on n’aura pas de modelé. »

Cette note d’un des carnets du voyage au Maroc montre quelle importance Delacroix attachait aux lois du contraste et des couleurs complémentaires qu’il savait être des sources inépuisables d’harmonie et de puissance :

« Des trois couleurs primitives se forment les trois binaires. Si au ton binaire vous ajoutez le ton primitif qui lui est opposé, vous l’annihilez, c’est-à-dire vous en produisez la demi-teinte nécessaire. Ainsi, ajouter du noir n’est pas ajouter de la demi-teinte, c’est salir le ton dont la demi-teinte véritable se trouve dans le ton opposé que nous avons dit. De là, les ombres vertes dans le rouge. La tête des deux petits paysans. Celui qui était jaune avait des ombres violettes ; celui qui était le plus sanguin et le plus rouge, des ombres vertes. »

Delacroix au Maroc

Delacroix au Maroc

paul signac , Avant du Tub

paul signac , Avant du Tub

7. D’après la technique néo-impressionniste, la lumière, jaune, orangée ou rouge, selon l’heure et l’effet vient s’ajouter à la teinte locale, la réchauffer ou la dorer dans ses parties les plus éclairées. L’ombre, fidèle complémentaire de son régulateur la lumière, est violette, bleue ou vert bleuâtre et ces éléments viennent modifier et refroidir les parties sombres de la couleur locale. Ces ombres froides et ces lumières chaudes, dont les luttes et les jeux, entre elles et avec la couleur locale, constituent le contour et le modelé, se répandent, immiscées ou contrastées, sur toute la surface du tableau, l’illuminant ici, l’éteignant là, en place et proportion déterminées par le clair-obscur.

Or, ces lumières jaunes ou orangées, ces ombres bleues ou violettes, qui ont excité tant d’hilarité, les voici prescrites, et catégoriquement, par Delacroix :

« Dans Véronèse, le linge froid dans l’ombre, chaud dans le clair.
Tons dorés et rouges des arbres, ombres bleues et lumineuses.
Les tons de chrome du côté du clair et les ombres bleues.
À Saint-Denis du Saint-Sacrement j’ai dû peindre les lumières avec du jaune de chrome pur et les demi-teintes avec du bleu de Prusse.
L’orangé mat dans les clairs, les violets les plus vifs pour le passage de l’ombre et des reflets dorés dans les ombres qui s’opposaient au sol.
Tout bord de l’ombre participe du violet. »

Georges Seurat Un après-midi à la Grande Jatte

Georges Seurat Un après-midi à la Grande Jatte

8. On a souvent reproché aux néo-impressionnistes d’exagérer les colorations, de peindre criard et bariolé. Ils ne tiendront pas compte de ces critiques, formulées par des gens dont on peut dire avec Delacroix que :

« Le terreux et l’olive ont tellement dominé leur couleur que la nature est discordante à leurs yeux avec ses tons vifs et hardis. »

Le peintre vraiment coloriste, c’est-à-dire celui qui, comme les néo-impressionnistes, soumet la couleur aux règles de l’harmonie, n’aura jamais à craindre de paraître criard en étant trop coloré. Il laissera de plus timorés souhaiter « non la couleur, mais la nuance encor » et ne redoutera pas de rechercher l’éclat et la puissance par tous les moyens possibles. Car Delacroix l’avertit que :

« La peinture paraîtra toujours plus grise qu’elle n’est, par sa position oblique sous le jour… »

et lui montre le triste effet d’un tableau terne et décoloré :

« Il paraîtra ce qu’il est effectivement : terreux, morne et sans vie. — Tu es terre et tu redeviens terre. »

Il ne craindra donc pas d’employer les teintes les plus éclatantes, ces teintes

«… que Rubens produit avec des couleurs franches et virtuelles, telles que des verts, des outremers. »

Même lorsqu’il voudra obtenir des gris, il usera de teintes pures dont le mélange optique lui donnera la résultante voulue, combien plus précieuse que celle, non grise, mais sale, obtenue par un mélange pigmentaire. Ces colorations intenses et brillantes, il les exaltera encore, lorsqu’il le jugera utile, par la dégradation et le contraste.

S’il connaît les lois d harmonie, qu’il ne craigne jamais de dépasser la mesure. Delacroix l’incite à colorer à outrance, le lui ordonne même :

« Il faut que la demi-teinte, c’est-à-dire tous les tons, soit outrée.
Il faut que tous les tons soient outrés. Rubens outré. Titien de même. Véronèse quelquefois gris, parce qu’il cherche trop la vérité… »

Rubens, Les Titans

Rubens, Les Titans

Georges Seurat Les Poseuses

Georges Seurat Les Poseuses

9. Ce moyen d’expression, le mélange optique de petites touches colorées, posées méthodiquement les unes à côté des autres, ne permet guère l’adresse ni la virtuosité ; la main aura bien peu d’importance ; seuls le cerveau et l’œil du peintre auront un rôle à jouer. En ne se laissant pas tenter par les charmes du coup de pinceau, en choisissant une facture non brillante, mais consciencieuse et précise, les néo-impressionnistes ont tenu compte de cette objurgation d’Eugène Delacroix :

« La grande affaire, c’est d’éviter cette infernale commodité de la brosse.
Les jeunes gens ne sont entichés que de 1 adresse de la main. Il n’y a peut-être pas de plus grand empêchement à toute espèce de véritable progrès que cette manie universelle à laquelle nous avons tout sacrifié. »

Puis Delacroix revient encore sur les dangers d’une exécution trop facile :

« Le beau pinceau libre et fier de Van Loo ne mène qu’à des à-peu près : le style ne peut résulter que d’une grande recherche. »

Afin de défendre ces petites touches offusquantes à l’excès pour ceux qui, incapables de goûter le bénéfice harmonique du résultat, sont arrêtés par la nouveauté du moyen, citons ces lignes de Delacroix sur la touche. Tout ce qu’il dit de cette facture, dont il usait pour donner à la couleur plus de splendeur et d’éclat, peut s’appliquer au procédé employé, dans le même but, par les néo-impressionnistes :

« Il y a dans tous les arts des moyens d’exécution adoptés et convenus, et on n’est qu’un connaisseur imparfait, quand on ne sait pas lire dans ces indications de la pensée ; la preuve, c’est que le vulgaire préfère à tous les autres les tableaux les plus lisses et les moins touchés, et les préfère à cause de cela. »

« Que dirait-on des maîtres qui prononcent sèchement les contours, tout en s’abstenant de la touche ? »

« Il n’y a pas plus de contours qu’il n’y a de touches dans la nature. Il faut toujours en revenir aux moyens convenus dans chaque art, qui sont le langage de cet art. »

« Beaucoup de ces peintres qui évitent la touche avec le plus grand soin, sous prétexte qu’elle n’est pas dans la nature, exagèrent le contour qui ne s’y trouve pas davantage. »

« Beaucoup de maîtres ont évité de faire sentir la touche, pensant sans doute se rapprocher de la nature, qui effectivement n’en présente pas. La touche est un moyen comme un autre de contribuer à rendre la pensée dans la peinture. Sans doute une peinture peut être très belle sans montrer la touche, mais il est puéril de penser qu’on se rapproche de l’effet de la nature en ceci ; autant vaudrait-il faire sur son tableau de véritable reliefs colorés, sous prétexte que les corps sont saillants. »

Au recul commandé par les dimensions du tableau, la facture des néo-impressionnistes ne sera pas choquante : à cette distance, les touches disparaîtront et, seuls, seront perçus les bénéfices lumineux et harmoniques qu’elles procurent.

Peut-être cette note de Delacroix engagera-t-elle quelques-uns à prendre la peine de faire les pas nécessaires pour comprendre et juger un tableau divisé :

« Tout dépend, au reste, de la distance commandée pour regarder un tableau. À une certaine distance, la touche se fond dans l’ensemble, mais elle donne à la peinture un accent que le fondu des teintes ne peut produire. »

Delacroix essaye à plusieurs reprises de persuader ceux qui, n’aimant au fond que les tableaux bien ternes et bien lisses, sont déconcertés par toute peinture vibrante et colorée, et les prévient que :

« Le temps redonne à l’ouvrage, en effaçant les touches, aussi bien les premières que les dernières, son ensemble définitif. »

« Si l’on se prévaut de l’absence de touches de certains tableaux de grands maîtres, il ne faut pas oublier que le temps amortit la touche. »

Georges Seurat Femme

Georges Seurat Femme

10. Ne les dirait-on pas écrites par un adepte de la division, pour la défense de ses idées, toutes ces notes de Delacroix sur la couleur ? Et, sur combien d’autres points les néo-impressionnistes peuvent-ils encore en appeler au témoignage du maître !

Les notes répétées de celui dont ils s’efforcent de suivre les préceptes leur montrent trop clairement l’importance qu’il attachait au rôle de la ligne, pour qu’ils aient négligé d’assurer à l’harmonie de leurs couleurs le bénéfice d’un arrangement rythmique et d’un balancement mesuré :

« L’influence des lignes principales est immense dans une composition. »

« Un bon arrangement de lignes et de couleurs : autant dire arabesque. »

« En tout objet, la première chose à saisir pour le rendre avec le dessin, c’est le contraste des lignes principales. »

« Admirable balancement des lignes dans Raphaël. »

« Une ligne toute seule n’a pas de signification ; il en faut une seconde pour lui donner de l’expression. Grande loi : une note seule — musique… »

« La composition offre à peu près la disposition d’une croix de Saint-André… »

« Si, à une composition déjà intéressante par le sujet, vous ajoutez une disposition de lignes qui augmente l’impression… »

« La ligne droite n’est nulle part dans la nature. »

« Jamais de parallèles dans la nature, soit droites, soit courbes. »

« Il y a des lignes qui sont des monstres : la droite, la serpentine régulière et surtout deux parallèles. »

Georges Seurat Bateaux

Georges Seurat Bateaux

11. Sa composition linéaire une fois déterminée, le néo-impressionniste songera à la compléter par une combinaison de directions et de couleurs appropriées au sujet, à sa conception, dont les dominantes varieront selon qu’il veut exprimer la joie, le calme, la tristesse, ou les sensations intermédiaires.

Se préoccupant ainsi de l’effet moral des lignes et des couleurs, il ne fera que suivre une fois de plus l’enseignement de Delacroix.

Voici ce que le maître pensait de cet élément considérable de beauté, si négligé par tant de peintres d’aujourd’hui :

« Tout cela arrangé avec l’harmonie des lignes et de la couleur. »

« La couleur n’est rien si elle n’est pas convenable au sujet et si elle n’augmente pas l’effet du tableau par l’imagination. »

« Si, à une composition intéressante par le choix du sujet, vous ajoutez une disposition de lignes qui augmente l’impression, un clair-obscur saisissant pour l’imagination, une couleur adaptée aux caractères, c’est l’harmonie et ses combinaisons adaptées à un chant unique. »

« Une conception, devenue composition, a besoin de se mouvoir dans un milieu coloré qui lui soit particulier. Il y a évidemment un ton particulier attribué à une partie quelconque du tableau qui devient clef et qui gouverne les autres. Tout le monde sait que le jaune, l’orangé et le rouge inspirent et représentent des idées de joie, de richesse. »

« Je vois dans les peintres des prosateurs et des poètes. La rime les entrave, le tour indispensable aux vers et qui leur donne tant de vigueur est l’analogie de la symétrie cachée, du balancement, en même temps savant et inspiré, qui règle les rencontres ou l’écartement des lignes, les taches, les rappels de couleur… Seulement, il faut des organes plus actifs et une sensibilité plus grande pour distinguer la faute, la discordance, le faux rapport dans des lignes et des couleurs. »

Georges Seurat Musiciens

Georges Seurat Musiciens

12. Si les néo-impressionnistes s’efforcent d’exprimer les splendeurs de lumière et de couleur qu’offre la nature, et puisent à cette source de toute beauté les éléments de leurs œuvres, ils pensent que l’artiste doit choisir et disposer ces éléments, et qu’un tableau composé linéairement et chromatiquement sera d’une ordonnance supérieure à celle qu’offrira le hasard d’une copie directe de la nature.

Pour la défense de ce principe ils citeraient ces lignes de Delacroix :

« La nature n’est qu’un dictionnaire, on y cherche des mots… on y trouve les éléments qui composent une phrase ou un récit ; mais personne n’a jamais considéré le dictionnaire comme une composition dans le sens poétique du mot. »

« D’ailleurs la nature est loin d’être toujours intéressante au point de vue de l’effet de l’ensemble… Si chaque détail offre une perfection, la réunion de ces détails présente rarement un effet équivalent à celui qui résulte, dans l’ouvrage d’un grand artiste, de l’ensemble et de la composition. »

13. Un grand reproche qu’on leur fait, c’est d’être trop savants pour des artistes. Or, nous verrons qu’il s’agit tout simplement de quatre ou cinq préceptes énoncés par Chevreul et que devrait connaître tout élève des écoles primaires. Mais montrons, dès à présent, que Delacroix réclamait pour l’artiste le droit de n’être pas ignorant des lois de la couleur.

« L’art du coloriste tient évidemment par certains côtés aux mathématiques et à la musique.

De la nécessité pour l’artiste d’être savant. Comment cette science peut s’acquérir indépendamment de la pratique ordinaire. »

Georges Seurat Le Cirque

Georges Seurat Le Cirque

14. Il est curieux de noter que, même dans les plus petits détails de leur technique, les néo-impressionnistes mettent en pratique les conseils de Delacroix.

Ils ne peignent que sur des subjectiles d’une préparation blanche, dont la lumière traversera les touches de couleur en leur communiquant plus d’éclat et en même temps plus de fraîcheur.

Or, Delacroix note l’excellent résultat de ce procédé :

« Ce qui donne tant de finesse et d’éclat à la peinture sur papier blanc, c’est sans doute cette transparence qui tient à la nature essentiellement blanche du papier. Il est probable que les premiers Vénitiens peignaient sur des fonds très blancs. »

Les néo-impressionnistes ont répudié le cadre doré, dont le brillant criard modifie ou détruit l’accord du tableau. Ils usent généralement de cadres blancs, qui offrent un excellent passage entre la peinture et le fond, et qui exaltent la saturation des teintes sans en troubler l’harmonie.

Amusons-nous à signaler, en passant, qu’un tableau bordé d’un de ces cadres blancs, discrets et logiques, les seuls qui puissent, hormis le cadre contrasté, ne pas nuire à une peinture lumineuse et colorée, est d’emblée et sans examen, pour ce simple motif, exclu des Salons officiels ou pseudo-officiels.

Delacroix, en parfait harmoniste qui redoute d’introduire dans sa combinaison un élément étranger et peut-être discordant, pressentait les avantages du cadre blanc puisqu’il rêvait d’en orner ses décorations de Saint-Sulpice :

« Ils (les cadres) peuvent influer en bien ou en mal sur l’effet du tableau — l’or prodigué de nos jours — leur forme par rapport au caractère du tableau. »

« Un cadre doré d’un caractère peu assorti à celui du monument, prenant trop de place pour la peinture. »

« Faire à Saint-Sulpice des cadres de marbre blanc autour des tableaux… Si on pouvait faire des cadres en stuc blanc. »

Georges Seurat, la Seine à la Grande Jatte

Georges Seurat, la Seine à la Grande Jatte

15. Nous arrêterons là ces citations. Cependant, afin d’établir que nous n’avons point torturé les textes, nous reproduirons ces fragments des principaux critiques qui ont étudié Delacroix. Tous signalent sa constante préoccupation de s’assurer une technique savante et sûre, basée sur le contraste et le mélange optique, et reconnaissant la logique et l’excellence de cette méthode, en tant de points semblable à celle, si critiquée, de la division.

De Charles Baudelaire :

« C’est à cette préoccupation incessante qu’il faut attribuer ses recherches perpétuelles relatives à la couleur.

Cela ressemble à un bouquet de fleurs savamment assorties. » (L’Art Romantique.)

{{t| « Cette couleur est d’une science incomparable : la couleur, loin de perdre son originalité cruelle dans cette science nouvelle et plus complète, est toujours sanguinaire et terrible. Cette pondération du vert et du rouge plaît à notre âme.

« On trouve dans la couleur l’harmonie, la mélodie et le contrepoint. »(Curiosités esthétiques.) De Charles Blanc (Grammaire des arts du dessin) :

« La couleur, soumise à des règles sûres, se peut enseigner comme la musique… C’est pour avoir connu ces lois, pour les avoir étudiées à fond, après les avoir par intuition devinées, qu’Eugène Delacroix a été un des plus grands coloristes des temps modernes.

« La loi des complémentaires une fois connue, avec quelle sûreté va procéder le peintre, soit qu’il veuille pousser à l’éclat des couleurs, soit qu’il veuille tempérer son harmonie. Instruit de cette loi par l’intuition ou l’étude, Eugène Delacroix n’avait garde d’étendre sur sa toile un ton uniforme.

« La hardiesse qu’avait eue Delacroix de sabrer brutalement le torse nu de cette figure avec des hachures d’un vert décidé… »

...

Matisse, Luxe, calme et volupté - 1904-05

Matisse, Luxe, calme et volupté - 1904-05

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Rédigé par rafael

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Publié le 19 Février 2017

Europe - 1944-2019 - Portrait d'une histoire

 

Europe - 1944-2016 - Portrait d'une histoire

1944 La Libération de l’Europe, Paris

1944, Libération de Paris, Henri Cartier-Bresson1944, Libération de Paris, Henri Cartier-Bresson
1944, Libération de Paris, Henri Cartier-Bresson1944, Libération de Paris, Henri Cartier-Bresson

1944, Libération de Paris, Henri Cartier-Bresson

24 Août 1944, les Espagnols de la Nueve pénètrent dans Paris en rébellion, depuis le 19 Août Paris s’est soulevé contre l’occupation. Des barricades parsèment les rues de la capitale française, des combats ont lieu devant l’Hôtel-de-Ville, sur l’Île de la Cité, en bas des Champs-Elysées. La Nueve et le reste de la 2e DB remontent depuis les portes d’Italie et d’Orléans vers le centre de Paris. La Nueve rejoint les FFI devant l‘Hôtel de Ville. Le 25 Août les américains rentrent dans Paris.

Henri Cartier-Bresson est à Paris en Août 1944, les quartiers de Ménilmontant, les Batignoles, Saint-Germain-des-Prés lui ont été attribués.  Il parcourt les rues à vélo et se fait le témoin de la défaite allemande, de la victoire des alliés, des scènes d’épuration souvent sauvages, du défilé de De Gaulle sur les Champs Elysées. Il roule entre les barricades de la rue de Rivoli et se trouve face aux officiers allemands les bras levés, il est rue de Castiglione au milieu des étudiants et des résistants, au Jardin du Palais-Royal avec les FFI sous les tirs des derniers francs-tireurs. Et puis sur les Champs-Elysées face à De Gaulle, un tirailleur sénégalais à sa droite.

La libération de l’Europe se fait lentement et surement. La guerre a ravagé le continent depuis 5 ans. Les troupes alliées au sud, à l’est et à l’Ouest avancent face aux troupes de l’axe. Allemands, italiens, hongrois, polonais, russes, anglais, français, toutes les nations du continent se mêlent dans une danse macabre.

1945 Allemagne, année zéro

1945, Allemagne année 0, Werner Bischof1945, Allemagne année 0, Werner Bischof
1945, Allemagne année 0, Werner Bischof1945, Allemagne année 0, Werner Bischof

1945, Allemagne année 0, Werner Bischof

25 Août 1945, les armées soviétiques s’enfoncent dans le cœur de la capitale allemande, les combats sont violents, les pertes nombreuses. Les jours suivants sont éprouvants, autour du Reistag les dernières forces SS livrent un combat à mort. Allemands, mais aussi hollandais, scandinaves, français et baltes défendent le bâtiment et ses abords. Les dernières poches de résistance sont écrasées sous les obus de l’Armée Rouge.

C’est la fin de la guerre. L’Europe est exsangue. Varsovie sous les cendres. Berlin complètement détruite. Hambourg, Dresde, Le Havre, Rotterdam n’offrent que des silhouette disloqués, pilonnées par l’aviation alliée, les bombardements et les combats. La guerre Totale que se sont livrées les belligérants ne laisse qu’un champ de ruines.

Werner Bischof de 1944 à 1945 sillonne l’Europe témoin de la misère du peuple européen.

 « Il fallait que je parte, que j'apprenne à connaître le véritable visage du monde. Notre petite vie confortable empêchait un grand nombre de gens de voir l'immense détresse en dehors de nos frontières. On versait sa contribution aux œuvres d'entraide humanitaire, ainsi l'on se sentait dispensé de toute réflexion. Le visage de l'homme souffrant est passé au premier plan…

À la maison, j'ai regardé avec mélancolie les photos délicates que j'avais faites avant la guerre et qui m'avaient valu tant de louanges de la part de mon entourage - mais dans mon esprit je voyais les centaines de milliers de malheureux anéantis par la misère quotidienne et qui avaient besoin de notre aide. » Werner Bischof, Autobiographie.

Il nous restitue l’image de Berlin juste après la libération, la Ville est en grande partie détruite, la population désespérée. Bientôt les soviétiques déménageront les usines allemandes vers la Russie, laissant une ville détruite, sans industries, vide.

1945 Les Camps

1945, les Camps.1945, les Camps.
1945, les Camps.1945, les Camps.

1945, les Camps.

"J'ai donc touché le fond. On apprend vite en cas de besoin à effacer d'un coup d'éponge passé et futur. Au bout de quinze jours de Lager, je connais déjà la faim réglementaire, cette faim chronique que les hommes libres ne connaissent pas, qui fait rêver la nuit et s'installe dans toutes les parties de notre corps ; j'ai déjà appris à me prémunir contre le vol, et si je tombe sur une cuillère, une ficelle, un bouton que je puisse m'approprier sans être puni, je l'empoche et le considère à moi de plein droit. Déjà sont apparues sur mes pieds les plaies infectieuses qui ne guériront pas. Je pousse des wagons, je manie la pelle, je fond sous la pluie et je tremble dans le vent. Déjà mon corps n'est plus mon corps. J'ai le ventre enflé, les membres desséchés, le visage bouffi le matin et creusé le soir ; chez certains, la peau est devenue jaune, chez d'autres, grise ; quand nous restons trois ou quatre jours sans nous voir, nous avons du mal a nous reconnaître."

Primo Levi - Si c'est un homme - Citations et extraits

Les premiers témoignages seront des photos de soldats, puis des reportages ouvriront le regard du monde, mais pour un temps très court. La Shoa entrera dans la mémoire des européens et du monde peu à peu. Après-guerre l’histoire des camps ne fera pas explicitement référence aux juifs et à l’extermination programmé par les Nazis. La mémoire s’est construite à partir du procès d’Eichmann en 1961 et de la diffusion de nombreux films et reportages dans les années 70 à la télévision, pour aboutir en 1985 à la diffusion du documentaire Shoah de Claude Lanzmann. Aujourd’hui la Shoah constitue un moment de l’histoire, un fondement de notre mémoire.

1947 La Guerre civile en Grèce

1948, Guerre Civile en Grèce.

1948, Guerre Civile en Grèce.

1947, la guerre se poursuit dans les montagnes de Grèce entre les partisans communistes soutenue par l’Union Soviétiques, les Yougoslaves de Tito et le gouvernement mis en place par les Anglais et les américains. Symbole de la séparation en cours du continent, elle marque l’affrontement entre les deux blocs issus de la seconde guerre mondiale. Cette guerre se soldera par la défaite en 1948 des partisans et leur exil (80 à 100 000 personnes) vers la Yougoslavie, la Russie, L’Allemagne de l’Est. 

L’Europe est coupé en deux : à l’Est, l’Union-Soviétique s’est agrandi de la Lettonie, de la Lituanie, de l’Estonie et d’une bande de 200 km au cœur de l’Europe au dépend de la Pologne conformément au pacte germano-soviétique de 1940, ses satellites sont en cours de normalisation : Pologne, Allemagne de l’Est, Roumanie, Bulgarie, Hongrie et Tchécoslovaquie. En face le bloc de l’Ouest s’organise sous la domination américaine.

1954  La guerre d’Indochine

1954, guerre d'Indochine, Robert Capa.1954, guerre d'Indochine, Robert Capa.
1954, guerre d'Indochine, Robert Capa.1954, guerre d'Indochine, Robert Capa.

1954, guerre d'Indochine, Robert Capa.

Depuis 1946 la France s’est embourbée dans une guerre lointaine, difficile et ruineuse face aux forces du Vietminh soutenues par l’URSS et la Chine. C’est le début de la fin des empires coloniaux. L’Europe exsangue, ravagée par la guerre accorde l’indépendance à ces peuples qui ont contribué à la victoire de 1945 et qui, pour certains ont été occupées par les forces de l’axe. En 1947 l’Inde devient indépendante, l’Indonésie en 1949.  Après la défaite des armées française en 1954, le Viet Nam Nord devient indépendant suivi bientôt par le Viet Nam Sud, le Cambodge et le Laos en 1956. Mais l’Europe s’accroche encore, du 31 octobre au 1er novembre 1954 c’est la Toussaint Rouge qui marque le début de la guerre en Algérie. L’Europe de l’ouest hésite entre son passé colonial et un nouveau destin qui s’ouvre à elle : la construction européenne.

1954, Robert Capa, photoreporter pour Life, parcours le Vietnam. Il s’écarte de la route pour prendre une photo d’un groupe de soldat français, une mine explose emportant l’un des plus grands photographes du XXe siècle.

1950s : Allemagne la reconstruction

1950s, Allemagne, Chargesheimer .1950s, Allemagne, Chargesheimer .
1950s, Allemagne, Chargesheimer .1950s, Allemagne, Chargesheimer .

1950s, Allemagne, Chargesheimer .

L’Europe se reconstruit, à l’Ouest sous l’impulsion du plan Marshall et à l’Est selon les méthodes soviétiques. Des milliers d’immeubles et d’usines sont construits pendant ces années.  Les quartiers et les villes de la reconstruction changent le paysage urbain de l’Europe. L’architecture moderne triomphe, la construction des barres et des tours accompagne un développement économique qui marque à l’ouest le début des « trente glorieuses ».

Chargesheimer, originaire de Cologne, parcours l’Allemagne durant les années 50, photographiant un monde en pleine transformation.

1950s Les vacances en France

1950s, Les vacances en France, Marc Riboud.
1950s, Les vacances en France, Marc Riboud.1950s, Les vacances en France, Marc Riboud.

1950s, Les vacances en France, Marc Riboud.

C’est le bonheur après la guerre. Loin des conflits coloniaux qui marquent la fin des empires, l’Europe de l’Ouest s’enrichit. La France, l’Allemagne de l’Ouest, l’Angleterre, les pays du Benelux, la Scandinavie découvrent les avantages d’une société tournée vers l’émergence d’une classe moyenne aisée et portée par le modernisme.

En 1951, Marc Riboud intègre la célèbre Agence Magnum, pendant les années 50 il parcourt l’Europe. En France il se fait le témoin du retour de la douceur de vivre, des congés payés et des séjours en bord de mer. Le pays amorce sa mu, la société de consommation émerge en Europe.

1950 Yougoslavie, Leeds, Portugal, Espagne : l’autre Europe

1953, Yougoslavie, Marc Riboud1953, Yougoslavie, Marc Riboud

1953, Yougoslavie, Marc Riboud

Marc Riboud poursuit ses voyages, il découvre une Yougoslavie plurielle à la fois profondément traditionnel et en pleine mutation sous l’impulsion du collectivisme et d’une politique menée par un Tito de plus en plus indépendant.

1954, Leeds, Marc Riboud.1954, Leeds, Marc Riboud.

1954, Leeds, Marc Riboud.

A Leeds en Angleterre il découvre un pays en plein développement industriel, porté par l’industrie minière, fer de lance de l’économie locale. Les paysages changent, les campagnes reculent, l’industrie prend son essor.

1954, Portugal, Dieuzaine.1954, Portugal, Dieuzaine.

1954, Portugal, Dieuzaine.

1958, Galice, Dieuzaine. 1958, Galice, Dieuzaine.

1958, Galice, Dieuzaine.

Pendant que Marc Riboud parcourt l’Europe, un autre photographe, Dieuzaide, parti de Toulouse se fait le témoin d’un autre monde. L’Espagne et le Portugal vivent sous la coupe des derniers régimes fascistes d’Europe, Franco règne à Madrid, Salazar à Lisbonne. La société reste profondément agricole, conservatrice, passéiste et catholique.

1956 La Révolution de Budapest

1956, Budapest, la Révolution.1956, Budapest, la Révolution.
1956, Budapest, la Révolution.1956, Budapest, la Révolution.

1956, Budapest, la Révolution.

La révolte traverse les pays de l’Est en cette année 1956, en Pologne c’est à Poznan que les manifestations ouvrières commencent avant de se généraliser à tout le pays. En Hongrie ce sont les étudiants qui descendent dans la rue pour renverser le gouvernement. Très vite le mouvement bascule dans la violence, des milices affrontent les forces prosoviétiques puis bientôt l’Armée rouge. La résistance hongroise s’organise en plein hiver pour résister à l’invasion soviétique mais elle finit écrasée par les chars. La purge se poursuit au début de 1957. La chape de plomb retombe avec force sur le pays.

1961 Le mur de Berlin

1961, le mur de Berlin, Léon Herschritt.1961, le mur de Berlin, Léon Herschritt.
1961, le mur de Berlin, Léon Herschritt.1961, le mur de Berlin, Léon Herschritt.

1961, le mur de Berlin, Léon Herschritt.

Léon Herschtritt arrive à Berlin en Décembre 1961 peu après l’édification du mur. L’Europe est définitivement divisée en deux. La République Démocratique Allemande sous le contrôle des soviétiques ferme définitivement ses portes. L’Europe de l’Est vit sous l’autorité de Moscou. En face l’Europe de l’Ouest en cours d’unification est un nain politique. L’Allemagne de l’Ouest est occupée par les forces américaines, britanniques et françaises ; Washington impose sa politique tout en protégeant les européens de l’ouest d’une invasion soviétique. La Guerre Froide s’installe durablement.

1960s La nouvelle Vague

1960s, La Nouvelle Vague. 1960s, La Nouvelle Vague.
1960s, La Nouvelle Vague. 1960s, La Nouvelle Vague.

1960s, La Nouvelle Vague.

C’est en France, à travers La Nouvelle Vague qui surgit au Cinéma que la nouvelle civilisation européenne s’exprime le mieux : libération de la femme, liberté, conscience politique, réalisme, modernisme. Ce mouvement préfigure la fin des années 60 et le renouveau des années 70. Un monde prospère, une jeunesse éduquée et joyeuse s’exprime à l’écran.

1962 L'Indépendance de l’Algérie

1962, Indépendance de l'Algérie, Marc Riboud.1962, Indépendance de l'Algérie, Marc Riboud.
1962, Indépendance de l'Algérie, Marc Riboud.1962, Indépendance de l'Algérie, Marc Riboud.

1962, Indépendance de l'Algérie, Marc Riboud.

C’est fini, la page est tournée. Les dernières puissances coloniales, la France et la Grande-Bretagne accordent l’indépendance à leurs dernières colonies en Afrique. Seul, isolé et rêvant d'une autre époque, le Portugal de Salazar poursuivra la guerre jusqu’à la chute du dictateur en 1975.

En 1962, c’est l’indépendance de l’Algérie qui clôt le mouvement engagé depuis 1945 et qui mène à l’indépendance plus de 50 pays à travers le monde. L’Europe tourne le dos à ses empires et se consacre à la construction d’une Europe unie sous la protection des Etats-Unis. Elle conserve des liens privilégiés avec certaines de ses anciennes colonies. Le néo-colonialisme perdure encore aujourd’hui. Ces indépendances entraîneront le retour vers le continent de plus d’1 million d’européen, parfois né sur ces terres lointaines.

Marc Riboud est le témoin de ce changement profond, il est là au moment du vote qui consacre le basculement du pays.

1960s La France des trente glorieuses

1960s, la France des Trente glorieuses, Dieuzaine1960s, la France des Trente glorieuses, Dieuzaine
1960s, la France des Trente glorieuses, Dieuzaine1960s, la France des Trente glorieuses, Dieuzaine

1960s, la France des Trente glorieuses, Dieuzaine

Les années 60 marquent le décollement économique de l’Europe de l’Ouest qui a rattrapé son retard technologique et industrielle avec les Etats-Unis. La recherche, l’éducation, la consommation, l’accès des femmes au travail, l’arrivée massive de la voiture, l’expansion urbaine marquent profondément cette époque. La télévision envahit les foyers. L’Allemagne retrouve sa puissance économique d’avant-guerre.

Dieuzaide se fait le témoin de cette transformation en illustrant l’aventure franco-britannique du Concorde et en suivant la construction du paquebot France.

1962 Italie, les années de plomb

1962, Italie, Mario Giacomelli. 1962, Italie, Mario Giacomelli.
1962, Italie, Mario Giacomelli. 1962, Italie, Mario Giacomelli.

1962, Italie, Mario Giacomelli.

L’Italie du début des années 60 concentre les paradoxes d’une Europe en plein développement et en pleine crise d’identité. Débordé sur sa gauche par un grand nombre d’organisations marxistes le Parti Communiste Italien ne peut et ne veut pas empêcher la violence. Les années de plomb s’installent en Europe du début des années 60 à la fin des années 80. Elles seront marquées par des attentats, des enlèvements tant de la part des mouvements d’extrême-droite que d’extrême-gauche. L’ETA Portée par la lutte contre Franco en Espagne, les mouvements indépendantistes irlandais comme l’IRA, les Brigades Rouges en Italie, Action Directe en France, la Bande à Bader en Allemagne s’opposent à une société traditionaliste, pro-américaine et capitaliste.

A cette époque Mario Giacomelli illustre à travers ses photos l’Italie traditionnelle mais aussi cette peur de la mort, cette vie en suspens, cette attente de l’autre.

1965 Pays de Galles, Angleterre

1965, Pays-de-Galles, Bruce Davidson.1965, Pays-de-Galles, Bruce Davidson.
1965, Pays-de-Galles, Bruce Davidson.1965, Pays-de-Galles, Bruce Davidson.

1965, Pays-de-Galles, Bruce Davidson.

Bruce Davidson de l’agence Magnum parcours le Pays-de-Galles en 1965 illustrant le revers du développement économique de l’Europe, la misère des classes ouvrières, le dénuement des familles. L’envers du miroir du miracle européen. La misère ouvrière alimente les revendications sociales de différents mouvements révolutionnaires.   

1965-1967, L'Angleterre de Tony Ray-Jones.1965-1967, L'Angleterre de Tony Ray-Jones.
1965-1967, L'Angleterre de Tony Ray-Jones.1965-1967, L'Angleterre de Tony Ray-Jones.

1965-1967, L'Angleterre de Tony Ray-Jones.

Tony Ray-Jones, photographe anglais, illustre la face heureuse du miracle économique, celle des classes moyennes et supérieurs qui s’installent dans cette nouvelle prospérité. La fracture est nette entre les deux mondes. 

1968 Paris Mai 68 

1968, Paris, Marc Riboud.1968, Paris, Marc Riboud.
1968, Paris, Marc Riboud.1968, Paris, Marc Riboud.

1968, Paris, Marc Riboud.

1968 marque une rupture, portée par la génération du baby-boom né après la guerre, contre les classes dirigeantes, une société qui reste profondément patriarcale, sous domination américaine. Si le mouvement est initié par les étudiants parisiens il devient vite national et est rejoint par les ouvriers et une partie des français. Il se fait l’écho de mouvements similaires en Italie et en Allemagne qui n’auront pas l’ampleur de « Mai 68 ».

Marc Riboud parcourt les rues de Paris et de la banlieue ouvrière, témoin de ce mouvement profond de la société française.

1968 Prague

1968, Prague, Koudelka.1968, Prague, Koudelka.
1968, Prague, Koudelka.1968, Prague, Koudelka.

1968, Prague, Koudelka.

A Prague l’arrivée de Dubcek au pouvoir en Janvier amorce un changement profond dans le régime en place. Le pays s’ouvre aux libertés économiques, politiques et individuels. L’espoir nait au cœur du bloc soviétique, mais cet espoir sera de courte durée. En Août, les chars du Pacte de Varsovie envahissent le pays. Les soviétiques renversent le pouvoir et imposent une normalisation complète du pays.

Koudelka est l’un des témoins les plus importants de cette période. Ces images feront le tour du monde illustrant l’effondrement du rêve d’un monde meilleur. Il quittera son pays en 1970 devenant apatride et parcourant le reste du monde.

1970s Une nouvelle société occidentale

1970s, Amsterdam,  Ed van der Elsken
1970s, Amsterdam,  Ed van der Elsken1970s, Amsterdam,  Ed van der Elsken
1970s, Amsterdam,  Ed van der Elsken1970s, Amsterdam,  Ed van der Elsken

1970s, Amsterdam, Ed van der Elsken

Ed van der Elsken se pose entre deux voyages à travers le monde, il est le témoin du basculement de l’Europe de l’Ouest vers une société empreinte de libertés individuelles, loin du conformisme des années 50. L’époque change, la société aussi prônant, une plus grande place pour les femmes, l’égalité entre les sexes, la liberté de pensée et une culture ouverte et plurielle.

1974 la Révolution des Œillets

1974, Révolution des Oeillets, Anonymes.
1974, Révolution des Oeillets, Anonymes. 1974, Révolution des Oeillets, Anonymes.

1974, Révolution des Oeillets, Anonymes.

C’est la fin de Salazar, de la dictature et des guerres coloniales. Des militaires de gauche renversent le vieux dictateur et provoquent un bouleversement profond dans la société. Le Portugal bascule dans le monde moderne, celui de la démocratie, de la société de consommation, de l’ouverture à l’Europe.

Dernière étape de la décolonisation, les colonies portugaises, Angola et Mozambique accèdent à l’indépendance après des années de guerres.

1975 L'Espagne change

1971-1977, Espagne, Koudelka.1971-1977, Espagne, Koudelka.
1971-1977, Espagne, Koudelka.1971-1977, Espagne, Koudelka.

1971-1977, Espagne, Koudelka.

En 1975, Franco meurt. L’Espagne va basculer en quelques années d’un monde marqué par le franquisme vers une nouvelle aventure, adoptant un système démocratique, rejoignant les instances Européenne, ouvrant ses frontières et basculant dans un nouveau monde.

Après la révolution des Œillets au Portugal et la chute des Colonels en Grèce, c’est la fin du fascisme en Europe.

Koudelka parcours l’Espagne et nous donne une vision personnelle de ce pays encore traditionnel, marqué par 40 années de Franquisme. Mais l’espoir est là qui ouvre de nouveaux horizons à l’un des derniers pays fascistes d’Europe.

1978 Italie

1978, Italie,  Franco Fontana .1978, Italie,  Franco Fontana .
1978, Italie,  Franco Fontana .1978, Italie,  Franco Fontana .

1978, Italie, Franco Fontana .

Comme dans le reste de l’Europe, en Italie la population agricole représente un quart de la population dans les années 50, au milieu des années 70 elle n’en représente plus que 10 %. L’exode vers les villes a laissé une campagne vide, en partie industrialisée, rationnalisée, apte à nourrir des centaines de millions d’européens.

Franco Fontana, illustre à travers ses photos de paysages la transformation profonde de la société italienne.

1980 Glasgow, la crise

1980, Glasgow, Raymond Depardon.1980, Glasgow, Raymond Depardon.
1980, Glasgow, Raymond Depardon.1980, Glasgow, Raymond Depardon.

1980, Glasgow, Raymond Depardon.

La crise économique issue de la hausse des cours du pétrole en 1974 et 1980 frappe les classes ouvrières de plein fouet. Le chômage explose et l’image d’une Europe de l’Ouest prospère et à l’abri se fissure. Le taux de chômage en Grande Bretagne dépasse les 10%. Les régions minières sont les premières touchées. Les restructurations profondes de ce secteur entraineront des grèves sans fin et une lutte finalement inutile. Toute une partie de l’industrie minière et sidérurgique européenne disparait. Les régions qui ont assis leur prospérité sur le charbon et la sidérurgie basculent dans la précarité et le chômage.

Raymon Depardon témoigne sans concession à Glasgow de la paupérisation de cette classe laborieuse.

1980s L'Europe des villes

1980s, L'Europe de Thomas Struth. Genève, Desseau, Dublin, Liebliz, Dusseldorf.1980s, L'Europe de Thomas Struth. Genève, Desseau, Dublin, Liebliz, Dusseldorf.
1980s, L'Europe de Thomas Struth. Genève, Desseau, Dublin, Liebliz, Dusseldorf.1980s, L'Europe de Thomas Struth. Genève, Desseau, Dublin, Liebliz, Dusseldorf.1980s, L'Europe de Thomas Struth. Genève, Desseau, Dublin, Liebliz, Dusseldorf.

1980s, L'Europe de Thomas Struth. Genève, Desseau, Dublin, Liebliz, Dusseldorf.

1980, Thomas Struth, photographe allemand, peut commencer à arpenter les rues des villes européennes, somptueux décors du vieux continent. Il parcourt le monde figé d’une immense mégalopole de plusieurs dizaines de millions d’habitants. Villes anciennes, modernes, barres, tours, maisons forment un nouveau paysage urbain.

Ils étaient 65% à vivre en ville en 1960, 75 % en 1980, ils seront 80% en 2015. L’urbanisation de l’Europe aura été une prodigieuse aventure durant ces années. D’erreurs en réussites il transformera durablement la vie de millions d’habitants. 

Aujourd’hui, le cœur de l’Europe est constitué d’un immense océan de villes englobant Londres, la Belgique, les Pays-Bas, Rotterdam, Paris, la Ruhr, Francfort, Stuttgart, la Suisse jusqu’à Milan. Dans ce ring vivent et travaillent 100 millions d’européens.

1980s Solidarnosc

1980s, la Pologne de Solidarsnoc, Anonymes.1980s, la Pologne de Solidarsnoc, Anonymes.
1980s, la Pologne de Solidarsnoc, Anonymes.1980s, la Pologne de Solidarsnoc, Anonymes.

1980s, la Pologne de Solidarsnoc, Anonymes.

1980, la Pologne bascule dans les grèves. Solidarnosc, syndicat indépendant du pouvoir, mobilise plus de 10 millions de salariés. Le syndicat ouvert et militant prône l’autogestion des entreprises et l’ouverture du pays à la démocratie.

« Nous sommes en faveur d'un socialisme progressiste, ouvrier, pour un développement harmonieux et équitable de la Pologne, déterminé collectivement par l'ensemble du monde du travail (...) Nous ne voulons pas changer de système, mais nous nous orientons vers la réalisation d'un ordre social qui serait authentiquement ouvrier et socialiste. »

Le 14 décembre 1981 les principaux leaders du syndicat sont arrêtés. L’état policier à la botte du pouvoir soviétique écrase le mouvement syndical. Solidarnosc poursuit son action dans la clandestinité.  De nouvelles grèves en 1988 contraindront le gouvernement à négocier. Le syndicat est légalisé en 1989 et peut participer aux premières élections libres depuis la fin de la guerre. Le bloc soviétique s’effondre sous les coups des peuples.

1986 Tchernobyl

1986, Tchernobyl, Guillaume Herbault1986, Tchernobyl, Guillaume Herbault
1986, Tchernobyl, Guillaume Herbault1986, Tchernobyl, Guillaume Herbault

1986, Tchernobyl, Guillaume Herbault

26 Avril 1986, un mythe s’effondre. L’URSS se lézarde, et dans la centrale nucléaire de Tchernobyl la plus grave catastrophe industrielle commence. Le cœur nucléaire s’emballe. Le nuage radioactif traversera toute l’Europe. Tchernobyl marque symboliquement le début de la fin du régime soviétique.

Guillaume Herbault parcourt depuis 2001 le site déserté et à l’abandon.

1989 Berlin, la chute du mur

1989, Chute du mur à Berlin , Raymond Depardon.
1989, Chute du mur à Berlin , Raymond Depardon.1989, Chute du mur à Berlin , Raymond Depardon.

1989, Chute du mur à Berlin , Raymond Depardon.

1989 marque la fin d’un monde. Le bloc soviétique s’effondre, les pays d’Europe de l’Est basculent dans l’indépendance. Ils s’ouvrent à la démocratie et au capitalisme. Dans une liesse populaire indescriptible le mur de Berlin s’effondre.

Raymond Depardon est là, au milieu de la foule des berlinois, en cet instant où l’histoire de l’Europe bascule.

1989 La Révolution Roumaine

1989, révolution roumaine, Anonymes.
1989, révolution roumaine, Anonymes.1989, révolution roumaine, Anonymes.

1989, révolution roumaine, Anonymes.

1989, un mouvement de liberté traverse tous les pays du bloc de l’Est, parfois pacifiquement d’autre fois plus violement. En Roumanie la révolte est violente et armée. La population renverse sans ménagement le régime en place. Les affrontements font plusieurs centaines de morts.

Mais ce mouvement se poursuivra, ouvrant la voie à l’éclatement de l’URSS, la fin de la guerre froide, l’indépendance des pays Baltes, de l’Ukraine et de la Biélorussie.

A partir de 2004 les pays de l’Est rejoindront l’Union Européenne.

1990s Espagne la Movida

1990s, L'Espagne de Pedro Almodovar .1990s, L'Espagne de Pedro Almodovar .
1990s, L'Espagne de Pedro Almodovar .1990s, L'Espagne de Pedro Almodovar .

1990s, L'Espagne de Pedro Almodovar .

L’Espagne a réussi sa transformation économique et politique. Les villes de Madrid et Barcelone ont explosé. La vie des espagnols a profondément changé et rien mieux que la Movida et les films de Pedro Almodovar ne peuvent illustrer ce monde en perpétuel changement. C'est une explosion de couleurs, de tempéraments, de sexes et de violences. L’Espagne rentre comme une furie dans le concert européen.

1994 Bosnie 1997 Kosovo

1994, Guerre en Bosnie, Ron Haviv.1994, Guerre en Bosnie, Ron Haviv.
1994, Guerre en Bosnie, Ron Haviv.1994, Guerre en Bosnie, Ron Haviv.
1994, Guerre en Bosnie, Ron Haviv.1994, Guerre en Bosnie, Ron Haviv.

1994, Guerre en Bosnie, Ron Haviv.

6 avril 1992 l’armée serbe attaque la Bonsie-Herzégonvine. L’effondrement de la Yougoslavie a suivi de peu celle de l’URSS, mais ici le nationalisme, la haine de l’autre, la peur, le désir de vengeance vont transformer une terre d’abondance en théâtre des pires atrocités depuis la 2nd guerre mondiale. Massacres, camps, bombardements, destructions rien ne sera épargné à l’ex-Yougoslavie pendant ces 3 années d’horreur. Et l’Europe n’y pourra rien, incapable d’agir de concert, seul l’intervention américaine permettra de rétablir la paix.

Ron Haviv, photojournaliste américain sera le témoin de ces années de guerres et d’atrocités.

La région reste à l’agonie, en 1997 c’est le Kosovo qui est frappé. Les agressions sont de nouveaux le fait des serbes. Plus d’un million d’Albanais fuient le pays. Pendant deux ans les affrontements et les bombardements se succéderont jusqu’au retrait des serbes sous la menace de l’OTAN. 

1990s L’Europe de Matin Parr

1990s, L'Angleterre de Martin Parr. 1990s, L'Angleterre de Martin Parr.
1990s, L'Angleterre de Martin Parr. 1990s, L'Angleterre de Martin Parr.

1990s, L'Angleterre de Martin Parr.

Martin Parr sillonne le monde et l’Europe un appareil photo à la main et un regard amusé sur ce monde de l’ultra consommation qui marque cette fin de siècle. L’opulence, la consommation, l’individualité, le matérialisme, la surpopulation tout est prétexte à une critique sans concession d’un monde à la dérive. Le marketing et la publicité règnent en maître sur un monde banalisé à outrance. Avec l’effondrement de l’idéologie communiste, le capitalisme triomphe dans la vulgarité et l’idéologie néo-libéral submerge tout jusqu’à son effondrement prévisible.

2000s L’Europe de Gursky et Butursky

2000s L'Europe de Gursky et Bustinsky. Le Rhin, stade de foot, Montparnasse, Carrare, Andalousie, Benidor, Rimini. 2000s L'Europe de Gursky et Bustinsky. Le Rhin, stade de foot, Montparnasse, Carrare, Andalousie, Benidor, Rimini.
2000s L'Europe de Gursky et Bustinsky. Le Rhin, stade de foot, Montparnasse, Carrare, Andalousie, Benidor, Rimini. 2000s L'Europe de Gursky et Bustinsky. Le Rhin, stade de foot, Montparnasse, Carrare, Andalousie, Benidor, Rimini. 2000s L'Europe de Gursky et Bustinsky. Le Rhin, stade de foot, Montparnasse, Carrare, Andalousie, Benidor, Rimini.
2000s L'Europe de Gursky et Bustinsky. Le Rhin, stade de foot, Montparnasse, Carrare, Andalousie, Benidor, Rimini. 2000s L'Europe de Gursky et Bustinsky. Le Rhin, stade de foot, Montparnasse, Carrare, Andalousie, Benidor, Rimini.

2000s L'Europe de Gursky et Bustinsky. Le Rhin, stade de foot, Montparnasse, Carrare, Andalousie, Benidor, Rimini.

Gursky et Butursky parcourent le monde et l’Europe dénonçant un monde pris de folie. Le capitalisme aveugle nourrit d’un néo-libéralisme sans complexe met à mal l’ensemble de la planète. L’Europe n’est pas épargné, l’industrie, les mines, le tourisme de masse, l’urbanisation galopante détruisent peu à peu les écosystèmes du continent. Une nouvelle conscience voit le jour en ce début du XXIe siècle et dénonce cet emballement suicidaire.

2010s L’Europe Néo-Libéral

2010s, L'Europe d'Erwin Olaf. 2010s, L'Europe d'Erwin Olaf.
2010s, L'Europe d'Erwin Olaf. 2010s, L'Europe d'Erwin Olaf.

2010s, L'Europe d'Erwin Olaf.

 

Une Europe libérale et décomplexée apparue après l’effondrement du bloc soviétique impose ses valeurs : réussite et cynisme. Nait un monde artificiel où le clown pleure. l’Europe se vend aux financiers.

Erwin Olaf dénonce ce monde remplie d’artifices, vendu aux grandes marques.

2010s La crise Européenne

2010s, La Crise en Europe.2010s, La Crise en Europe.
2010s, La Crise en Europe.2010s, La Crise en Europe.
2010s, La Crise en Europe.2010s, La Crise en Europe.
2010s, La Crise en Europe.2010s, La Crise en Europe.

2010s, La Crise en Europe.

En 2008 la crise mondiale frappe soudainement l’ensemble des économies européennes. L’effondrement du système financier, les faillites en cascades, la crise de la dette, l’insolvabilité de certains états, le chômage de masse, la paupérisation se succèdent. Face à cette situation, les peuples d’Europe descendent dans la rue, les partis politiques traditionnels sont déstabilisés, certains vont disparaitre dans la tourmente, de nouveaux mouvements apparaissent issus des courants alternatifs et de l’extrême gauche. Une conscience politique européenne commence à voir le jour. Les destins des uns et des autres sont profondément liés. Mais la crise ne se résorbe pas et 9 ans plus tard elle sévit toujours. Le chômage de masse perdure dans de nombreux pays, les écarts de richesses se sont creusés, le nombre des pauvres a explosé. L’Europe de la misère réapparait.

2014 Les banlieues

2014, Banlieues, Mohamed Bourouissa2014, Banlieues, Mohamed Bourouissa
2014, Banlieues, Mohamed Bourouissa2014, Banlieues, Mohamed Bourouissa

2014, Banlieues, Mohamed Bourouissa

Depuis 70 ans l’Europe a accueilli des millions d’immigrés qu’ils soient de l’Union ou de l’extérieur. Les chiffres sont éloquents, le % de natifs extérieurs au pays en 2015 est de 12% en France, de 15% en Allemagne et de 13 % en Grande-Bretagne. Ces hommes et ces femmes immigrés ou issus de l’immigration vivent des parcours contrastés. Dans les banlieues des grandes villes misère, pauvreté et chômage riment avec immigration.

Mohamed Bourouissa, photographe algérien, nous donne à voir cette banlieue à la fois imagée, complexe et ritualisée. Là se joue une partie de l’avenir du continent.

2014 Kiev la révolution de Février

2014, Kiev, Guillaume Herbaut.
2014, Kiev, Guillaume Herbaut.

2014, Kiev, Guillaume Herbaut.

Dernier acte du recul de la Russie, la révolution orange en Ukraine puis la révolution de février 2014 font basculer le pays du côté européen. La Russie de Poutine riposte en envahissant la Crimée et en soutenants les séparatistes du Donbass région la plus orientale du pays. L’Europe intervient pour rétablir la paix et négocier un cessez le feu. Les limites de l’idéal européen se dessine peu à peu à l’Est du continent. Mais la guerre continue, larvée, rampante, toujours là.

2015 2016 Les attentats

2001 puis 2015-2016, Les attentats, Berlin, Bruxelles, Paris, Londres, Madrid ...2001 puis 2015-2016, Les attentats, Berlin, Bruxelles, Paris, Londres, Madrid ...
2001 puis 2015-2016, Les attentats, Berlin, Bruxelles, Paris, Londres, Madrid ...2001 puis 2015-2016, Les attentats, Berlin, Bruxelles, Paris, Londres, Madrid ...

2001 puis 2015-2016, Les attentats, Berlin, Bruxelles, Paris, Londres, Madrid ...

Les guerres lointaines et meurtrières, l’effondrement des systèmes mis en place dans plusieurs pays, les désastres écologiques, mènent au terrorisme et aux migrations massives. L’Europe vis sous le choc d’une menace permanente.

Après Londres et Madrid au début du siècle c’est à Berlin, Paris, Bruxelles, Nice que les attentats aveugles font des dizaines de mort. La solidarité de tout un continent s’exprime dans la douleur et sans relâche face à la barbarie.

2015 La crise des réfugiés

2015, L'afflut des réfugiés en Europe,  James Watchewey2015, L'afflut des réfugiés en Europe,  James Watchewey
2015, L'afflut des réfugiés en Europe,  James Watchewey2015, L'afflut des réfugiés en Europe,  James Watchewey

2015, L'afflut des réfugiés en Europe, James Watchewey

2015 marque une étape dans l’attitude de l’Europe face aux centaines de milliers de réfugiés qui arrivent du monde entier. Les guerres en Afghanistan, en Irak, en Syrie, en Somalie, au Soudan, en Erythrée provoquent le départ de millions de réfugiés. La plupart s’installent dans les pays limitrophes, d’autres continuent vers l’Europe. En 2015 un flot continue submerge l’Europe Centrale à destination de l’Allemagne. Elle accueillera en une année plus de 800 000 réfugiés. Face à cette crise l’Europe finira par fermer ces frontières. « La forteresse Europe » se met en place pour les années à venir.

Pendant ce temps les naufrages se multiplient en méditerranée. Les guerres se poursuivent, et l’explosion démographique du continent africain devrait continuer à alimenter le mouvement faute de développement économique sur place.

James Watchewey, photographe américain, suivra durant ces dernières années le périple de ces réfugiés qui, bravant l’impossible, se lancent sans relâche à l’assaut de la forteresse. 

2016 Le Brexit

2016, Le Brexit. 2016, Le Brexit.
2016, Le Brexit. 2016, Le Brexit.

2016, Le Brexit.

2016-2019, l’Europe existe, la preuve : La Grande-Bretagne vote le Brexit après des mois de campagnes ubuesques. Face aux flux migratoires, à la présence sur son sol de centaines de milliers d’européens et excédé par une crise qui a appauvrit une partie de la population, les Anglais décident de sortir de l’Union. L’Europe est sous le choc, une nouvelle page de son histoire s’ouvre.

 

texte: lankaart (c)

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Rédigé par rafael

Publié dans #HISTOIRE, #PHOTOS XXe, #XXIe: PHOTOS

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Publié le 19 Février 2017

Elierzer et Rebecca

Elierzer et Rebecca

Les amateurs des arts ne peuvent entendre prononcer le nom du Poussin, sans éprouver un sentiment de respect et de vénération. Il est le premier des peintres Français dont la statue ait été placée parmi celles des hommes célèbres qui ont honoré la France ; et sans injustice on ne pouvoit accorder cet honneur à un autre peintre avant lui ; les circonstances l’ont empêché long-temps de faire connaître son génie, et s’il fût mort à quarante ans, sans doute il fût mort ignoré ; mais depuis qu’il put se fixer à Rome et s’y livrer à sa passion pour l’étude, rien ne l’empêcha plus de mûrir, de perfectionner son rare talent : il ne fut point distrait par une mauvaise santé, par l’amour des richesses, ni par le désir des places, ni par le tourbillon fatigant du monde ; solitaire, pendant une longue vie, dans le pays le plus favorable aux arts, il a constamment suivi son but, celui de faire de beaux tableaux.

On pourrait le comparer à Turenne ; l’un fut peintre, comme l’autre fut général : tous les deux, profonds dans leur art, durent leur talent et leur renommée à de longs travaux et à de longues années ; tous les deux, dédaignant la fortune, n’eurent jamais pour objet qu’une gloire plus solide que brillante ; ils se ressemblent même par la figure : un air de simplicité, je ne sais quoi d’austère et de bon, fait le caractère de leur physionomie.

Neptune

Neptune

Le Poussin est le plus sage des peintres, et, sans contredit, un des plus savants : ses tableaux sont remplis de pensées ; et plus on a de dignité et d’élévation dans l’âme, mieux on sent ses idées, et plus elles en font naître de nouvelles. Un des caractères distinctifs de ses ouvrages, est de nous transporter au temps dont ils représentent les sujets, et ils ressemblent plus aux peintures des anciens que tous ceux des peintres modernes : son dessin a de la grandeur et de la sévérité. On lui a reproché de ressembler plus aux statues antiques qu’à la nature ; cette critique spécieuse n’est pas fondée : l’étude de la beauté, celle du caractère des peuples qu’il peignait, ses études faites d’après les belles statues ne l’ont point entraîné à donner à ses figures l’air de pierre ou de marbre, comme cela est arrivé aux modernes Italiens ; elles vivent, elles se meuvent ; cette vie et cette physionomie antique font précisément le caractère le plus distinct de son originalité.

Souvent il a joint à la beauté, à la grandeur, une sorte de grâce sage et sévère, qui ne porte point les sens vers la volupté, mais qui plaît beaucoup à l’âme. Ses femmes ont toujours un air d’élévation et de vertu qui attache, inspire le respect, mais qui ne charme pas. C’est le peintre des gens d’esprit, des philosophes, des hommes vertueux ; et celui qui se plaît à vivre entouré de tableaux ou d’estampes du Poussin, n’est, à coup sûr, ni un petit maître, ni un libertin, ni un malhonnête homme, ni un sot. Ses tableaux excitent à la vertu, soit par le choix des sujets, soit par la manière dont il les a rendus. Il a porté l’expression à un très-haut degré ; cependant, l’amour qu’il avait pour le caractère élevé, lui a fait souvent sacrifier l’énergie de l’expression à la noblesse, à la beauté ; et il n’a pas cet abandon de sentiment que l’on trouve à chaque pas dans Raphaël, dans Michel-Ange, dans Rubens : il semble craindre d’altérer la dignité de ses figures en les peignant troublées, tourmentées par de fortes passions ; elles paraissent commander à leur sensibilité, et leurs âmes sont émues, lorsque leurs corps sont dans une attitude tranquille ; c’est, sans doute, ce qui leur donne l’air de philosophes. Ses compositions n’ont point la naïveté, le mouvement de celles de Raphaël ; elles paraissent le fruit de profondes réflexions ; mais elles plaisent par cela même, rien n’y est mis au hasard ; une raison éclairée, un goût sévère et grand y ont tout distribué : plus on voit ses productions nobles et savantes, moins on peut s’en détacher, et plus elles excitent l’enthousiasme et l’admiration.

Bacchus

Bacchus

L’étude qu’il a faite des statues antiques a déterminé son goût de draperies ; leur style est imposant et original ; et bien que les détails n’en soient pas toujours heureux, elles intéressent toujours par un bel agencement et un air de vérité. Il n’a pas suivi le costume avec un scrupule servile et fanatique ; mais il ne s’est point écarté des formes principales qui font le caractère distinctif des différents peuples. Quoique le Poussin se soit bien moins attaché au coloris qu’à la composition et au dessin, quoiqu’il ait été bien plus ambitieux de plaire à l’âme qu’aux yeux, sa couleur est quelquefois très-belle, et toujours elle a un ton vigoureux, peu ordinaire, et qui convient parfaitement à la sévérité de son style.

Les Hébreux sont de tous les hommes de l’antiquité ceux qu’il a le mieux peints : soit par les ajustements, soit par l’expression et le caractère du dessin, il a rendu mieux qu’aucun peintre l’austère simplicité de ce peuple religieux ; on pourrait dire même qu’il a donné quelque chose d’hébraïque à tous les peuples qu’il a peints. On voit peu de grands tableaux de lui, parce qu’il trouva rarement l’occasion d’en faire ; cependant celui qui représente le Temps enlevant la Vérité, et celui de St. François Xavier rappelant à la vie une jeune Japonaise, prouvent assez qu’en offrant sur de grands espaces l’abondance et la beauté de ses pensées, il fût devenu aussi célèbre qu’il l’a été en peignant sur des toiles de moyenne proportion, devenues vastes par le pouvoir de son art. Il a eu différentes manières de peindre, il les variait même selon les sujets qu’il traitait : son pinceau a été plus ferme et hardi que doux et moelleux ; son tableau de la Manne dans le Désert, est de sa plus parfaite manière : c’est aussi dans toutes ses parties un de ses plus admirables ouvrages.

Destruction du temple de Jérusalem et la manne dans le désert
Destruction du temple de Jérusalem et la manne dans le désert

Destruction du temple de Jérusalem et la manne dans le désert

Ô regrets ! ô révolution cruelle qui porta chez nos ennemis, ses fameux Sacrements, ces chefs-d’œuvres si attachants et si neufs ! que de belles expressions, que de pensées originales et sublimes se trouvent réunies dans cet ouvrage célèbre ! Avec quelle grave simplicité les saintes cérémonies y sont présentées, et combien elles y paraissent augustes et touchantes ! On seroit trop long à décrire toutes les belles compositions du Poussin ; cela serait même inutile, puisqu’elles sont si connues : mais peut-on parler de lui et ne pas nommer au moins ce beau sujet du Testament d’Eudamidas qu’il a traité d’une manière si sublime et qui montre si bien la physionomie de son génie ; comment ne pas nommer l’Évanouissement d’Esther, la Peste des Philistins, Moïse exposé sur les eaux, l’Enlèvement des Sabines ; peut-on ne pas offrir à la mémoire ce tombeau, qui, dans une riante campagne, rappelle à de jeunes voyageurs la mort d’un heureux berger d’Arcadie ; et ces Saisons si poétiquement nobles, dansant au son d’un instrument dont le Temps joue lui-même, tandis qu’un enfant, un sablier à la main, compte leurs rapides instants, et qu’un autre fait naître et voler des bulles de savon, image de l’éclat passager de la vie, et tandis qu’au plus haut du ciel, le Soleil, accompagné des Heures, parcourt sa carrière éternelle ?

Le testament d'Eudamidas

Le testament d'Eudamidas

Personne, dans ses tableaux, n’a fait des fonds aussi beaux que lui : cela pouvait-il être autrement ? Il était savant dans l’architecture, profond dans la perspective ; et l’un de ses plus glorieux caractères distinctifs, est d’avoir été aussi fameux peintre de paysage que d’histoire : tous ses tableaux d’histoire, fussent-ils détruits et oubliés, ne restât-il que ses paysages, il serait encore placé parmi les plus grands peintres ; il marche l’égal de ceux qui ont le plus de réputation dans ce genre, et aucun ne l’a fait avec des formes aussi héroïques : enrichies de fabriques nobles, les belles contrées qu’il a peintes ont toujours une imposante majesté ; il semble qu’en d’aussi beaux lieux, on ne puisse avoir que de grandes pensées ; et ils paraissent destinés à être les retraites paisibles des héros et des sages ; les figures qu’il y a placées sont bien dignes de ces demeures augustes.

La plupart de ses paysages offrent des sujets qui en accroissent l’intérêt : c’est Poliphême couvrant le sommet d’une montagne de l’immensité de son corps, et qui, pour attendrir Galathée, fait retentir des sons de ses chalumeaux une vaste et riche campagne ; c’est Orphée charmant les Nymphes des bois par les doux accords de sa lyre, et qui ne s’aperçoit pas que sa chère Euridice est blessée par un serpent ; Euridice dont le destin funeste réveille toutes les idées que l’harmonie et l’âme de Virgile ont rendues si touchantes. Dans l’un de ses tableaux, on voit le corps de Phocion porté avec ignominie loin des terres d’une ville ingrate, dont ce héros fut long-temps l’amour, l’orgueil et la défense ; dans un autre, une femme de Mégare recueille avec respect les os calcinés de cet illustre citoyen, afin de les porter, et de les conserver religieusement dans ses foyers : vaste matière aux réflexions sur la faveur populaire, sur les hautes fortunes et même sur les hautes vertus. Il a peint dans le Paradis Terrestre la Nature vierge et fortunée, parée de toute la pompe et de tout l’éclat de ses innombrables richesses : dans son fameux tableau du Déluge, avec quelles couleurs funèbres il offre la terre malheureuse frappée du courroux du Tout-Puissant, et sur le point d’être ensevelie sous l’abîme fangeux des eaux.

Poliphene et Phocion
Poliphene et Phocion

Poliphene et Phocion

Eh ! qui prouve comme lui que l’âme seule place au premier rang dans la peinture ? Qui prouve comme lui qu’une main adroite peut n’y être souvent qu’un instrument inutile ? C’est d’une main paralytique et tremblante qu’il a peint plusieurs chefs-d’œuvres dont nous venons de parler ; chefs-d’œuvres faits pour donner des leçons à tous les poëtes de l’univers ; que dis-je, sans ce faible instrument il pouvait leur dicter assez d’idées pour servir de matières à des poëmes entiers. Un sentiment profond, calme, élevé, est la source du style noble et sublime du Poussin ; génie neuf et la gloire de sa patrie : c’est un des hommes qui ont possédé plus de grandes parties de la peinture ; et il est placé par beaucoup de gens à côté de Raphaël même. Corneille et le Poussin ont tant de rapports entre eux, par la beauté mâle de leur génie, qu’ils semblaient devoir naître dans la même contrée ; honneur, respect à l’heureuse province qui vit s’élever de son sein, et l’un de nos plus célèbres poëtes, et le plus grand de nos peintres !

Moïse

Moïse

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Rédigé par rafael

Publié dans #CLASSICISME

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Publié le 17 Février 2017

Monet - Ile sous la neige

Le gel prolongé et les fortes neiges de l’hiver 1892-93 ont inspiré Monet. Il est en bord de Seine non loin de Giverny quand il peint une série de tableau dont celui du MET. Mais le dégel est venu trop tôt comme l’exprime Monet dans une lettre : "le dégel est venu trop tôt pour moi ... les résultats juste quatre ou cinq toiles et c’est loin d'être complets."

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Rédigé par rafael

Publié dans #NATURALISME et IMPRESSIONISME

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Publié le 16 Février 2017

Vase en Verre - Egypte - XIIIe

Les premiers verres artisanaux datent du troisième millénaire avant J-C, au Moyen-Orient et en Égypte. Ils sont d'abord utilisés à des fins décoratives et c'est vers 1500 avant J-C que les premiers objets en verre destinés à devenir des contenants alimentaires apparaissent, la technique du verre soufflé connaît alors son apogée.

Au fil du temps, le travail du verre soufflé est devenu un art que perpétuent les artisans souffleurs de verre du Caire. Les ateliers se situent dans le quartier d'El-Gamaleya et au cœur de la Cité des Morts.

Mettant en application depuis longtemps les principes écologiques de récupération des déchets, les souffleurs de verre fabriquent à partir de verres cassés et de bouteilles en tous genres, des verres, carafes, bol, vases, coupes, etc..

 

 

Vase en Verre - Egypte - XIIIe

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Rédigé par rafael

Publié dans #ISLAM CLASSIQUE

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Publié le 15 Février 2017

Goa - Patrimoine mondial UNESCO - Photos: Lankaart (c)

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"Ancienne capitale des Indes portugaises, Goa a conservé un ensemble d'églises et de couvents qui illustrent l'activité des missionnaires en Asie, en particulier l'église du Bom Jesus où se trouve le tombeau de saint François Xavier. Ces monuments ont exercé une influence dans tous les pays de mission d'Asie, diffusant à la fois les modèles de l'art manuélin, du maniérisme et du baroque. "

UNESCO

Goa - Patrimoine mondial UNESCO - Photos: Lankaart (c)
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"Avec le démantèlement du royaume de Bahmanî, en 1482, Goa passa sous le contrôle de Yusuf Adil Shah, le roi de Bîjâpur, qui régnait lorsque les Portugais arrivèrent en Inde.

À l'époque, Goa était un important point d'embarquement des pèlerins indiens pour La Mecque, mais c'était surtout un port de commerce sans rival sur la côte occidentale, hormis Calicut. C'était en particulier un centre d'importation de chevaux arabes, en provenance d'Ormuz, marchandises vitales pour les royaumes du Dekkan en guerre perpétuelle. La place était facilement défendable par n'importe quelle puissance qui avait la maîtrise des mers, car les fleuves qui encerclent la région ne pouvaient être traversés à gué qu'en un seul point qui avait été infesté délibérément par des crocodiles.

Les Portugais attaquèrent le 10 février 1510 sous le commandement d'Afonso de Albuquerque. Un ascète hindou ayant prédit la chute de la ville et la garnison de mercenaires ottomans étant dépassée par le nombre, la ville se rend sans combattre, et Albuquerque y entre en triomphe, acclamé par la population hindoue.

Trois mois plus tard, Yusuf Adil Shah arrive avec 60 000 hommes de troupe, force le passage à gué, et bloque les Portugais dans leurs bateaux de mai à août, jusqu'à ce que la fin de la mousson leur permette de reprendre la mer. En novembre, Albuquerque revient avec des forces plus importantes et, après avoir réduit une résistance désespérée, reprend la ville, autorise ses soldats à la piller pendant trois jours, et fait massacrer toute la population musulmane."

Wikipedia

Goa - Patrimoine mondial UNESCO - Photos: Lankaart (c)
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"Goa est la première implantation portugaise en Asie. Albuquerque l'imagine comme une colonie et une base navale, à la différence des comptoirs fortifiés qui avaient été établis dans certains ports indiens. Il encourage ses hommes à épouser des femmes indigènes, et à s'installer comme fermiers, commerçants ou artisans. Ces hommes deviennent bientôt une caste de privilégiés, et la population eurasienne de Goa augmente considérablement. Albuquerque et ses successeurs respectent les coutumes des trente communautés villageoises de l'île, interdisant seulement le rite de la satî. Un recueil de ces coutumes (Foral de usos e costumes) est édité en 1526, et constitue un document historique de grande valeur.

Goa devient la capitale de tout l'empire portugais en Orient. Les mêmes privilèges civiques que Lisbonne lui sont accordés. Son Sénat ou chambre municipale était en communication directe avec le roi et payait un représentant spécial pour s'occuper de ses intérêts à la cour. En 1563, le gouverneur propose même de faire de Goa le siège d'un parlement, auquel toutes les parties de l'orient portugais seraient représentées, ce à quoi le roi met son veto.

En 1542, saint Francois Xavier mentionne la splendeur architecturale de la ville qui atteint l'apogée de sa prospérité entre 1575 et 1625. La « Goa Dourada », en français « Goa Dorée », est alors la « merveille des merveilles », selon tous les voyageurs qui s'y rendent, et un proverbe portugais disait : « Celui qui a vu Goa n'a pas besoin de voir Lisbonne ».

Des marchandises de tout l'Orient étaient disponibles dans le bazar de Goa, telles les perles et le corail de Bahreïn, la porcelaine et la soie de Chine, les drogues et les épices de l'archipel malais. Des esclaves étaient vendus aux enchères dans les rues principales.

Siège de la cour du vice-roi, mais aussi place militaire et religieuse importante, la vie sociale de Goa est alors très brillante. Cependant, au cours du XVIe siècle, le luxe et l'ostentation de toutes les classes sociales y deviennent outranciers. La quasi-totalité des travaux manuels sont le fait des esclaves et la société goanaise entre en décadence.

L'arrivée des Néerlandais dans les eaux indiennes entraîne la ruine progressive de Goa. En 1603 et 1639, ces derniers font le siège de la ville sans réussir à la prendre. En 1635, elle est ravagée par une épidémie.

Le commerce est graduellement monopolisé par les Jésuites. Thevenot en 1666, Baldaeus en 1672, Fryer en 1675 décrivent sa paupérisation et son déclin inéluctable. En 1683, la ville est sauvée in extremis d'une capture par les Marathes par l'arrivée opportune de l'armée moghole et en 1739, le territoire attaqué par le même ennemi n'est sauvé que par l'arrivée inattendue d'un nouveau vice-roi et de sa flotte. Ce péril était toujours imminent et ce jusqu'en 1759, quand une paix est conclue avec les Marathes. Cette même année, la proposition, discutée depuis 1684, du déplacement du siège du gouvernement vers Panjim devient réalité. Entre 1695 et 1775, la population diminua de 20 000 à 1 600 habitants, et en 1835, Goa n'est plus habitée que par quelques prêtres, moines et nonnes.

En 1943, Goa subit un raid des forces britanniques, dénommé opération Boarding Party. Sa baie abrite alors des navires allemands, internés par le Portugal, pays pourtant neutre et dont le régime de l'Estado Nuevo est plutôt proche de l'Axe."

Wikipedia

Goa - Patrimoine mondial UNESCO - Photos: Lankaart (c)
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Rédigé par rafael

Publié dans #VILLES D'ART ET DE CULTURE, #INDE

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Publié le 14 Février 2017

Metropolitan Museum of Art, New York.1640

Metropolitan Museum of Art, New York.1640

Marie-Madeleine est un personnage du Nouveau Testament, disciple de Jésus-Christ. Mais un sermon du pape Grégoire prononcé en 591 l’assimila à Marie de Béthanie, également présente dans le récit biblique, mais qui est une « pécheresse ». Sermon de Grégoire : « Elle, celle que Luc appelle la femme pécheresse, celle que Joseph appelle Marie de Béthanie, nous croyons que c’est Marie, de qui sept démons furent chassés selon Marc. » Cette réputation lui est restée, d’où la pénitence.
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Georges de la Tour - Madeleine en pénitence
Georges de la Tour - Madeleine en pénitence

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Rédigé par rafael

Publié dans #BAROQUE

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