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A l'éclair violent de ta face divine

Théodore Agrippa d' AUBIGNÉ   (1552-1630)

                       

 

A l'éclair violent de ta face divine,

N'étant qu'homme mortel, ta céleste beauté

Me fit goûter la mort, la mort et la ruine

Pour de nouveau venir à l'immortalité.

 

Ton feu divin brûla mon essence mortelle,

Ton céleste m'éprit et me ravit aux Cieux,

Ton âme était divine et la mienne fut telle :

Déesse, tu me mis au rang des autres dieux.

 

Ma bouche osa toucher la bouche cramoisie

Pour cueillir, sans la mort, l'immortelle beauté,

J'ai vécu de nectar, j'ai sucé l'ambroisie,

Savourant le plus doux de la divinité.

 

Aux yeux des Dieux jaloux, remplis de frénésie,

J'ai des autels fumants comme les autres dieux,

Et pour moi, Dieu secret, rougit la jalousie

Quand mon astre inconnu a déguisé les Cieux.

 

Même un Dieu contrefait, refusé de la bouche,

Venge à coups de marteaux son impuissant courroux,

Tandis que j'ai cueilli le baiser et la couche

Et le cinquième fruit du nectar le plus doux.

 

Ces humains aveuglés envieux me font guerre,

Dressant contre le ciel l'échelle, ils ont monté,

Mais de mon paradis je méprise leur terre

Et le ciel ne m'est rien au prix de ta beauté.

 

Théodore Agrippa d’Aubigné (1552-1630), protestant, est l’un des grands poètes de la fin de la renaissance en France. Favoris d’Henri IV, il est profondément engagé dans les polémiques de son époque et fait dans Les Tragiques une description des guerres de religions, des massacres et persécutions dont sont victimes les protestants. L’hiver est un beau poème sans artifice sur la vie, la mort et la vieillesse, hommage au maître qui sans artifices a rompu avec la tradition.

Tag(s) : #RENAISSANCE FRANCE - EUROPE DU SUD

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