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Simone de Beauvoir - Le deuxième sexe - Extraits

 

 

1

" On ne naît pas femme: on le devient. Aucun destin biologique,psychique, économique ne définit la figure que revêt au sein de la société la femelle humaine; c'est l'ensemble de la civilisation qui élabore ce produit intermédiaire entre le mâle et le castrat qu'on qualifie de féminin. Seule la médiation d'autrui peut constituer un individu comme un Autre."

 

 

13-14

"... elle se tourne vers la mère : c'est la chair féminine douce, lisse, élastique qui suscite les désirs sexuels et ces désirs sont préhensifs; c'est d'une manière agressive que la fille, comme le garçon, embrasse sa mère, la palpe, la caresse; ils ont la même jalousie s'il naît un nouvel enfant; ils la manifestent par les mêmes conduites : colères, bouderie, troubles urinaires; ils recourent aux mêmes coquetteries pour capter l'amour des adultes. Jusqu'à douze ans la fillette est aussi robuste que ses frères, elle manifeste les mêmes capacités intellectuelles; il n'y a aucun domaine où il lui soit interdit de rivaliser avec eux. Si, bien avant la puberté, et parfois même dès sa toute petite enfance, elle nous apparaît déjà comme sexuellement spécifiée, ce n'est pas que de mystérieux instincts immédiatement la vouent à la passivité, à la coquetterie, à la maternité: c'est que l'intervention d'autrui dans la vie de l'enfant est presque originelle et que dès ses premières années sa vocation lui est impérieusement insufflée."

 

 

14-15

" C'est dans l'angoisse que l'homme éprouve son délaissement. Fuyant sa liberté, sa subjectivité, il voudrait se perdre au sein du Tout : c'est là l'origine de ses rêveries cosmiques et panthéistiques, de son désir d'oubli, de sommeil, d'extase, de mort. Il ne parvient jamais à abolir son moi séparé: du moins souhaite-t-il atteindre la solidité de l'en-soi, être pétrifié en chose; c'est singulièrement lorsqu'il est figé par le regard d'autrui qu'il s'apparaît comme un être. C'est dans cette perspective qu'il faut interpréter les conduites de l'enfant: sous une forme charnelle, il découvre la finitude, la solitude, le délaissement dans un monde étranger; il essaie de compenser cette catastrophe en aliénant son existence dans une image dont autrui fondera la réalité et la valeur. Il semble que ce soit à partir du moment où il saisit son reflet dans les glaces -moment qui coïncide avec celui du sevrage- qu'il commence à affirmer son identité : son moi se confond avec ce refle tsi bien qu'il ne se forme qu'en s'aliénant."


Paris, Gallimard: 1947,

 

 

 

 

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À propos

rafael

architecte passionné d'art et de voyages
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