Partager l'article ! Miro - Paysages catalan ou le chasseur: MOMA New-York 1923-1924 “Il n’y a de pays que de l’enfance” ...
MOMA New-York 1923-1924
“Il n’y a de pays que de l’enfance”, écrivait Roland Barthes, pointant par là l’importance fondatrice du lieu, berceau et réceptacle des premières expériences sensibles de tout sujet, qui marquerait à jamais la relation d’un individu au monde entendu en termes d’espace et de sensations. Miró a fait de sa Catalogne et surtout de Montroig, la chère ferme parentale où il se réfugiait la moitié de l’année, l’été et une partie de l’automne, le lieu par excellence de son art. Lieu de sensations et de souvenirs, la Catalogne est aussi cet espace où se décline pour l’artiste sa relation à la vie et à la mort.
L’aridité du sol catalan, sa végétation avec ses eucalyptus et ses caroubiers, ses ciels immenses et ses nuits étoilées, jusqu’à ses plus petits cailloux, sans compter la présence des figures qui habitent les campagnes, les paysans catalans, ont été la source à jamais épuisée de sa création.
Au-delà même du sol catalan avec ses inévitables présences, Miró en a revendiqué l’esprit, le caractère terrien et passionné, les élans qui le poussent vers le haut. Le motif du pied et de l’échelle conciliant les mouvements extrêmes de son art, ancré dans la terre et tendu vers le plus haut, se trouve relié à ses origines catalanes.
Comme Picasso, l’artiste a été profondément marqué par la montée du fascisme en Espagne (1936), l’exil obligé en France et l’impossibilité de retrouver pendant quelques années ses lieux. Miró écrit que, sans sa femme et sa fille, il serait rentré en Espagne. Les toiles de l’époque aux couleurs acérées et aux formes monstrueuses témoignent d’un tel déchirement. Contrairement à Picasso qui illustre dans ses tauromachies l’Espagne, dans l’irruption d’une virilité héroïque à laquelle il s’identifie, Miró n’est pas hanté par ce sujet. S’il a peint, lui aussi, des taureaux et des courses de taureaux, c’est autre chose qui l’intéresse de la Catalogne: son atmosphère, sa nature, qu’il peint d’abord fidèlement, pour ensuite aller à l’essence. Essence qui permettra à ses paysages de prétendre à la dimension de l’universel, et à l’artiste de se revendiquer “catalan universel”.


Derniers Commentaires