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Solitude, fatigue, ratage, trahison, chagrin, intermittence du coeur, suicide. Le fond est cafardeux. La forme, elle, est affamée, c'est une boulimie prométhéenne d'art et de signes. BD, roman américain, série noire, musique symphonique, twist, chansonnette, peinture espagnole, pop art, lettrisme, architecture, poésie, mode, pub : cinquante ans après Picabia et vingt ans avant le sampling, Godard pratique l'accumulation, le court-circuit, le collage, le recyclage, comme nul autre dans le cinéma. Il est jeune, dingue amoureux des hanches d'Anna, il est dans l'élan, il fonce vers l'absolu, emprunte, donne énormément. Du Technicolor, de la Côte d'Azur, de l'action, de l'amour, de la haine, en veux-tu, en voilà. Le cinéma ? De l'émotion. C'est l'ami Samuel Fuller qui le dit... Godard fait comme si, et de cette imitation naît son devenir. Pierrot le Fou est le plus romantique et le plus romanesque de ses films. Plus exactement : celui qui a le plus envie de l'être. Entre éloge et fracture, enthousiasme et dérision, Godard balance, mais c'est le lyrisme - mélancolique - qui l'emporte. Parce que l'art sert à passionner le désert de la vie, Ferdinand et Marianne s'imaginent en personnages - elle persiste à l'appeler Pierrot -, jouent à s'aimer, s'aiment vraiment, s'ennuient, se perdent de vue et se retrouvent, hélas trop tard. Le hurlement de désespoir de Belmondo fait mal. Aussi mal que, dans la vraie vie, l'éloignement de Karina, qui abandonne son Pygmalion.

 

Jacques Morice Télérama, Samedi 07 août 2010

 

 

 

Tag(s) : #CINEMATHEQUE

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